Il y a des encres noires
Pour tresser des lettres
En ruban de mots
D’ordinaire
Pour faire beau
On attrape
Une fille jeune
Pour les glisser dans la blondeur de ses cheveux
Sauf à trouver un jeune homme
Emplit de l’ambigüité d’un printemps de Botticelli
Pour les glisser dans la douceur de sa bouche
Il y a des noires idées
Pour dresser des lettres
Tels des chiens de combats
Sans exercice de beauté à tenir
On lâche les chiens dans les plaines
Pour le bonheur
De les voir hurler leurs joies mêlés de peurs devant la vie
Sous la lumière blanche
De la lune en hivers
Il y a cette mer en hivers
Qui promène l’acier des jours gris
Dans son dos d’écaille
Et cette chanson grise mêlés d’écume
Qu’elle rejette sur la grève
Dans une mécanique indifférente
Par habitude
On la dit grosse
Des tourmentes de décembre
Puis dans angoisse révoltée
On la devine aussi grosse
Des derniers rêves
De ces gosses avallés
Non qu’elle soit ogre
Rappelle-toi !
Tous ces jeux d’enfants
Ces châteaux sous le soleil
Tous ces rires entre deux vagues
Là
Ces temps lui offrent
Des âmes
Enfants, femmes, hommes
Aux creux des vagues
Chacun à leur solitude
Se bat en silence
Se noie en silence
Et la mer
Désormais
Murmurent
Les derniers rêves des mourants
Je déchire une page d’agenda
Nous allons vers le printemps
Les alouettes
Ont dit qu’elles s’en retourneront
Mais je suis une femme de ville
Mon moineau a simplement moins froid
Comme d’autres perdus, là ,sur des bancs
Parfois on se rêve « poète »
Parce qu’enfin humain
C’est pas trop suffisant
Quand on fait poète
On prend la pose dans l’air rose
On lance des mots, hop ! au ciel
Pour qu’ils fassent cerf volant
Entre deux soleils
Quand on est poète on est toujours un peu Van Gogh
Puis on croise un chien
Dans la ville
Il vous suit
De détour en détour
Il attend
Les chiens
Possèdent la patience de la mort
Quand leurs esprits n’appartiennent pas à Méphistophélès
Quand un chien
T’attend au bas de ton lit
Pour lécher ta main glacée
Ton pari
Est en passe d’être gagné
Car la misère et l’agonie
Sont des bons points de départ
Pour obtenir la sainteté
Du martyr obligatoire
Des poètes sur la terre comme au ciel
Que raconter, conter, des choses dans la ville ?
Dans les jardins des banlieues
Les cerisiers fleurissent
Qu’à Paris
Je guette cet arbre
Du jardin des plantes
Immense et noble
Un corps qui part de terre
Et cherche à y retourner
Avec la force de toutes ses branches
Je guette cet arbre
Premier à s’épanouir en bouquet de fleurs blanches
Pour au premier souffle
Inventer la neige aux abeilles mêlées
Je grappille de petites choses
Pour m’abriter de plus grandes
Pour m’abriter des révoltes
Qui me rappellerai la noblesse
D’être simplement un humain
Si ce n’était le silence qui entoure nos révoltes
Et tous ces mots
Mort de n’être entendus
Comme tout ces humains
Morts de n’être accueillie
Alors on voit
Sa révolte, ses mots, ses pleurs
S’enfoncer
Dans l’inertie mouvante des choses
L’aridité d’une mer de sable
Vois-tu
Je ne suis pas pressée de croiser ce chien !
Compagnon des égarés
Les lauriers des poètes tremblent d’inutilité
Mais, quand est-il de ce cadeau de consolation ?
Être humain !
Malheureusement le crédit ne suit plus !
Sauver un navire en mer
C’est une addition que l’on présente !
Si la vie est sans prix
Mais L’humain est parvenu à chiffrer l’humain
Je jette un peu d’encre noir
Sur des pages plus très blanches
Les mots se regardent
En pâles épouvantails
Sur un chant de bataille
Que je ne laboure plus
Pourtant
Je sens en moi
Un manque de lettre
Comme l’ennui d’un désert sans tempête
Mes nerfs me lâchent
Si souvent
Mes mots se regardent
En chiens de batailles
La raison est une vertue
La folie une noblesse
Il me faudrait inventer
De nouvelles plaines pour le plaisir
Une nouvelle gratuité
Pour planter
Des arbres du verger
Cueillir de nouveaux fruits
Trouver un été
Qui rimerait avec éternité
Le tout tiendrait dans une bulle
Au gout de dragée
C’est vrai qu’il reste une chose gratuite
Sur cette terre en inventaire
Le rêve du rêveur !