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Billet de blog 19 janvier 2026

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Après la faute

Publié en 2007 sous le titre Without a Map, "Sans carte ni boussole" de Meredith Hall traduit en français par les Éditions Philippe Rey, toujours inspirées, est bien plus qu'un témoignage autobiographique. C’est un hymne à la rupture, à la liberté, à la consolation.

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Publié en 2007 sous le titre Without a Map, ce roman, traduit en français par les Éditions Philippe Rey, toujours inspirées, est bien plus qu'un témoignage autobiographique. C’est pourtant bien de l’histoire de Meredith Hall dont il s’agit.

Nous sommes dans les années 1960 dans une petite ville puritaine du New Hampshire où la jeune fille vit avec sa mère. A seize ans, elle « tombe » enceinte… Et devient une paria. Son lycée la met dehors, ses anciennes copines de classe se détournent, sa mère la chasse, son père, auprès de qui elle va aller vivre, remarié, s’en fout. Après l’accouchement, on lui retire son enfant sans lui demander son avis. Hall, qui deviendra après de multiples rebondissements qu’elle nous narre, professeur émérite à l'université du New Hampshire, explore méthodiquement les mécanismes de la désaffiliation sociale et familiale, et les stratégies de survie qu'elle impose.

Insurrection intérieure

L’écriture est passionnante. Elle déroule en parallèle, histoire personnelle chaotique et douloureuse et grande histoire des années 1960. Son effondrement personnel fait écho aux guerres et insurrections qui ébranlent le monde occidental qu’elle décline par strates successives. Mai 1967 : 11 058 soldats américains périssent au Vietnam. Des hippies se rassemblent par milliers pour fumer de l'herbe et prôner le flower power. À Newark, un chauffeur de taxi noir est tabassé par la police. Des émeutes éclatent : 23 manifestants sont tués. Détroit s'embrase, 43 morts. En une seule année, 20 000 jeunes hommes fuient au Canada pour éviter la conscription, avec le risque de ne plus jamais pouvoir rentrer au pays. 1968, 401 566 soldats nord et sud-vietnamiens sont tués. Dans tout le pays, les étudiants font grève. A Memphis, Martin Luther King est assassiné. Robert Kennedy aussi. Hall égrène les faits, les événements de ces trois années qui vont changer -pour un temps- la face du monde, percutent ou s’entrelacent avec sa petite vie : après la mise au ban, l'insurrection intérieure qui la mènera jusqu’en Europe et au Moyen-Orient. Les souvenirs surgissent par éclats, les années se télescopent, l'écriture est haletante. Quelle vie ! Quelle écriture !

Sans carte ni boussole s'inscrit dans une tradition américaine du memoir qui va de Mary Karr à Vivian Gornick : genre littéraire distinct de l'autobiographie classique, car se concentrant sur un moment, une expérience, une blessure particulière, qui va façonner l'identité de l'auteur. Ce récit a connu un succès considérable outre-Atlantique dès sa parution et recevant plusieurs distinctions… Méritées.

Sans carte ni boussole, de Meredith Hall, Éditions Philippe Rey, 24 €

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