La tête qui tourne …

Ecouter Nicolas Sarkozy en ce moment, ou n’importe lequel ou laquelle de ses représentants est à chaque instant une cause de sursaut d’indignation, mauvaise digestion, maux de crâne, crampes intestinales,  jambes coupées, cœur serré, rate au court-bouillon et envie de vomir.

Le vrai travail, la légitime défense élargie pour les policiers, la haine des corps intermédiaires et l’amour de la France … j’en ai tête qui tourne !

Au lendemain du premier tour, j’avais déjà un peu la gueule de bois, je ne la trouvais pas très belle, la France, pas très généreuse, pas très ouverte et j’avais un peu de mal à l’aimer … Je n’ai jamais compris en quoi, pourquoi on pouvait être fier d’être Français - ou de quelque nationalité que ce soit - qu’on n’a pas choisi, dont on n’a pas écrit le passé et dont on peine à inventer le présent … Le nationalisme, la nationalité, l’identité nationale, je ne sais pas ce que ça veut dire, vraiment, je ne le comprends pas. Qu’on soit attaché à une culture, pourquoi pas, mais y être attaché n’en rend pas propriétaire, n’en fait pas une chose dont on puisse être fière, qu’on puisse revendiquer comme sienne … Personnellement, je sais que je ne suis absolument pour rien dans la rédaction des essais de Montaigne, des poèmes de Ronsard, de la magnifique Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, des pièces de Molière, de Racine ou de Corneille, je n’ai pas apporté la moindre goutte d’encre ou parcelle de papier aux Misérables de Hugo, à Madame Bovary de Flaubert , à la Mare au Diable de George Sand ni à la Chartreuse de Parme de Stendhal, pas plus qu’à L’Amant de Duras, Enfance de Sarraute ou Les Mémoires d’Adrien de Yourcenar… Je suis pourtant profondément attaché à ces œuvres, elles sont mon port d’attache, ma seule patrie, avec d’autres, toutes celles de Jane Austen, des sœurs Brontë, Middelmarch de George Eliot est un des phares qui éclairent ma route, l’œuvre de Virginia Woolf a fabriqué les murs de ma maison, Pearl Buck enchante une parcelle de mon jardin, Karen Blixen balise mes escaliers, l’Idiot de Dostoïevski est mon étoile polaire, Boulgakov ma forêt préférée , même si elle s’assombrie dans son journal, mon sol est fait de Mallarmé, Rimbaud, Verlaine et Baudelaire, autant que de Goethe, Hôlderlin, Buchner, Zweig, Schnitzler, Kafka, Ibsen, Stringberg, Selma Lagerlöf ou Wislawa Szymborska, mes terres sont littéraires, c’est chez elles que je suis chez moi, d’elles que je me sens le plus l’enfant et la citoyenne, mais jamais, ô grand jamais, je ne me permettrais de m’attribuer la moindre parcelle de ce qu’elles sont.

Pourtant, c’est drôle, dimanche dernier, j’ai eu honte, devant le résultat du vote des français, je me suis sentie pris à partie par ce résultat, part de lui … concernée. Et ce soir quand j’ai entendu monsieur Millard, en digne représentant de L’UMP, brocarder les syndicats en leur expliquant que dans l’arène politique «Il ne fallait pas avoir une peau de jeune fille », je me demande si quelque chose de l’ordre de l’état de légitime défense ne s’est pas mis en branle en moi. Quoi ? Qu’est-ce qu’elles ont ou n’ont pas les peaux de jeunes filles ? Y ‘en a marre de vos poing sur la table, de votre brutalité et de votre machisme ! Sectaires, sexistes, haineux, de mauvaise foi, injustes, menteurs, fabricants de divisions et d’inégalités, je vous hais ! Faute de faire de moi une vraie travailleuse, vous allez faire de moi une vraie parjure et je vais finir par dégainer mon bulletin de vote Hollande au deuxième tour, bien qu’il m’en coûte, bien que ça me fasse mal au ventre, pour être sûre de ne plus vous voir et de ne plus vous entendre empoisonner de votre brise marine l’air qu’on respire !

Vivement les législatives…

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