Montagne d'or en Guyane: une mine de problèmes en vue!

Le projet d'une mine d'or en Guyane «joliment» nommée «Montagne d'or» sonne comme un conte de fées. La réalité est bien loin de ces jolis mots et ne fait pas rêver. Le projet est désastreux pour l'environnement et d'une rentabilité très incertaine...

Le projet

La mine de la Montagne d'or est un projet d'exploitation aurifère du Nord Ouest de la Guyane Française (commune de Saint-Laurent-du-Maroni).
La compagnie minière qui porte ce projet associe une société canadienne "Colombus Gold" et une société russe "Nordgold".
Ce gisement étant un gisement alluvionnaire à faible teneur en or, il est prévu de l'exploiter dans une mine à ciel ouvert qualifiée par ses détracteurs de "monstre": des infrastrucutres couvrant d'une surface de 8 km2, une fosse de 2,5km de long, 500 mètres de large et 400 mètres de profondeur. Il s'agirait de la plus grande mine d'or française, et les deux entreprises prévoient une mise en service en 2021.
Il serait extrait de cette mine 6,7 tonnes d'or pendant 12 ans (de 2022 à 2034) pour une valeur estimée à 3 milliards d'euros (à condition que le cours de l'or reste stable...)
Le principal argument avancé par les compagnies minières est la création de 750 emplois locaux. Cet argument fait-il le poids face aux innombrables menaces que représente cette mine?
Le projet rencontre en effet des oppositions, tant auprès d'organisations de défense de l'environnement que d'associations locales.

Des oppositions farouches

Le collectif "Or de question" s'est créé en 2016 pour dénoncer ce projet. Il rassemble de nombreuses associations locales et ONG de défense de l'environnement (Colibris, ATTAC, Pollinis, Sherpa, Greenpeace, Sea Shepherd...).

Logo du collectif d'opposition à la mine "Or de question" © Collectif "Or de question" Logo du collectif d'opposition à la mine "Or de question" © Collectif "Or de question"

Lien vers son site Internet: http://ordequestion.org/
Une publication du 1er novembre : "Cyanure, explosifs, pollution, métaux lourds, précarité, déchets miniers, risques sanitaires, coûts gigantesques sur fonds publics : le collectif citoyen Or de question qui regroupe plus d'une centaine d'ONG locales et nationales, ne cesse de mettre en évidence toutes les raisons de s'opposer au projet "Montagne d'or" et à la méga-industrie minière en Guyane." (page Facebook du collectif).
"Or de question" a lancé en mars 2017 une pétition qui rassemble à ce jour plus de 196 000 signatures.
La rentabilité et la pérennité du projet, avancées comme principaux arguments sont très discutables: la filière s'épuisera en quelques années, la quantité de métaux disponible est faible, le WWF estime que le projet suit un "modèle économique fragile et potentiellement déficitaire". Les bénéfices liés à cette exploitation sont tributaires du cours de l'or, volatile, et sont dépendants du taux de change euro-dollar (imprévisible)...
Rien ne garantit donc que les 420 millions d'euros de fonds publics investis dans le projet seront rentables...
Et surtout, les organisations d'opposants avancent des arguments écologiques et de sécurité...

Un projet "mortel"...
Cette exploitation minière représente un colossal danger environnemental.
La construction des infrastructures minières engendrera la déforestation de 7 hectares de forêt primaire, mais aussi la destruction de l'habitat et l'appauvrissement de la faune aquatique, dérangeront l'avifaune et les mammifères (le site présente de nombreuses espèces protégées, rares et endémiques).

Schéma d'explication du projet "Montagne d'or" © Collectif "Or de question" Schéma d'explication du projet "Montagne d'or" © Collectif "Or de question"

La Commission nationale consultative des droits de l'homme s'inquiète également de la quantité de cyanure, nécessaire à l'exploitation: "L'extraction d'or suppose d'utiliser en particulier du cyanure qui est extrêmement dangereux même si des précautions sont prises. Il y a tant d'inconnues sur les désastres environnementaux." (Christine Lazerges, présidente de la commission).
Même si le consortium russo-canadien affirme que les eaux contaminées seront contenues par des digues, nombreux sont les cas de ruptures de digues, en particulier avec le climat tropical qui règne en Guyane, et les pluies torrentielles qui s'y abattent... "En cas de rupture des digues contenant les boues cyanurées, la Guyane fera alors face à un désastre écologique d'une envergure sans précédent", conclut la Commission nationale consultative des droits de l'homme.

Les explications de Pascal Canfin, directeur général de WWF France:

Explication de Pascal Canfin, directeur général WWF France © Brut

Un projet qui a les faveurs de Macron depuis 2 ans...
En visite en Guyane en 2015, Emmenuel Macron s'est déclaré très favorable à cette exploitation minière.
Il renouvelle son soutien à ce projet "à condition qu'il respecte des normes écologiques", manière d'essayer de court-circuiter les oppositions basées sur un argumentaire de défense de l'environnement. Mais comment imaginer que ce monstre industriel n'aura aucun impact écologique sur une zone naturelle à la biodiversité riche et fragile, à la forêt primaire encore intacte (mais qui serait bien sûr abattue pour construire cette mine à ciel ouvert)?

Interview d'Emmanuel Macron le 27 octobre en Guyane:

Interview d'Emmanuel Macron en Guyane le 27 octobre 2017 © Guyane 1ère

L'écologie est décidément la dernière roue du carrosse présidentiel!

 

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