Silence dans les rangs !

Des ministres qui s'envoient des noms d'oiseaux, un Président qui fait taire ses ouailles... Chronique d'une démocratie (?) ordinaire...

Je ne résiste pas à me vautrer un instant dans la lecture facile et cocasse de la politique dans ce qu'elle peut avoir de plus ridicule et guignolesque... Le conseil des ministres du 7 novembre dernier a fait une fois encore la preuve de la main de fer qui règne sur l'Etat... La bande de sinistres inconnus qui nous gouvernent se mêlait un peu trop d'ouvrir le bec pour caqueter à tout va et en désordre depuis quelques jours. Ils ont été dûment châtiés par leur Maître... Heureusement que papa Manu était là pour remettre de l'ordre parmi les chenapans turbulents!

 © Blog "Les Crises" © Blog "Les Crises"

Vive l'esprit d'équipe!

Depuis quelques jours courent des rumeurs de remaniement ministériel.
Chacun des membres de la truculente "Macron Team" y va donc de sa petite remarque personnelle et bienveillante sur ses collègues, craignant pour son fauteuil durement gagné à la sueur d'un orgueil mis dans sa poche et d'efforts surhumains pour être sans goût, sans couleur, sans odeur, et surtout sans opinion, et ne pas déplaire au patron...
C'est qu'on y tient, à son strapontin en Macronie, fauteuil grandiose au milieu du désert idéologique et du silence, Mon Général... C'est si bon d'être aux ordres, ça évite de penser...
Doux confort intellectuel de la tyrannie...
Chacun y va donc de se petite douceur sur le voisin, espérant le faire sauter...

La palme de la grâce politique allant toutefois au surnom exquis dont se voit affublé depuis quelque temps Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur: "son altesse Sénilissime", sobriquet que ses camarades lui ont attribué en raison de sa jeunesse et et de sa pétulence, sans doute...

Il n'est pas le seul à profiter des amabilités de la joyeuse équipe!
Le Drian, est décrit comme "inexistant", Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès de Nicolas Hulot "n'imprime pas", d'après quelques vipérines remarques de ses collègues, bref, la solidarité est à son comble au paradis des riches!
C'est à celui qui sera le plus puéril et le plus vilain!
Grandeur et décadence des hommes d'Etat...

Mais ces remous ne sont pas du tout du goût du chef... D'autant qu'ils sont parus... DANS LA PRESSE! Ô fuite, ô désespoir!
Le Parisien s'est fait un plaisir de publier ces exquises saillies et marques d'affection entre potes!

Stress post-traumatique ministériel...

Voilà pourquoi même le Figaro décrivait le 7 novembre les ministres à la sortie du conseil comme des lapins apeurés dans les phares d'une voiture, des enfants à qui le maître a tapé sur les doigts un peu fort... Nos pauvres dirigeants seraient ressortis "les mines grises, tendues", à une heure inhabituellement tardive (soufflante présidentielle oblige), se cachant des journalistes restés sur leur faim de loups, et se précipitant dans leur voiture pour fuir le lieu de leur infamie...

Les Ministres à la sortie du conseil, "visages fermés" © Ludovic Marin, AFP Les Ministres à la sortie du conseil, "visages fermés" © Ludovic Marin, AFP

Le Président s'est fâché tout rouge, à ce qu'il paraît... Il a dit qu'il ne "cautionn[ait] en rien ces propos", en a appelé à la "cohésion de groupe", pour ne pas "retomber dans les travers des quinquennats précédents"...

Il craint les Frondeurs comme la peste, mais cette politique étouffante n'est-elle pas le signe d'une grande fragilité?
Car ne jamais tolérer la contradiction n'est pas un gage de démocratie, d'une part, mais révèle également que les positions seraient bien difficiles à défendre face à un vrai contradicteur...

Faire taire n'est pas un signe de force mais un aveu de faiblesse et d'absence d'argumentaire.

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