Pour une fois, d'accord avec Mme Parisot, interdisons la chasse à courre !

La chasse à courre, cette pratique archaïque et barbare lançant contre un cerf, un chevreuil (ou un lapin) une meute de chasseurs se prenant très au sérieux dans leur velours chic et leurs habits aristocratiques a tout pour heurter un écologiste démocrate...

Un chasseur sachant chasser...

... chasse en groupe, à cheval, avec moult chiens et bruits de trompettes pour se sentir exister... Et pour un chasseur, exister, c'est tuer...
Car voilà bien la fin du scénario... Les chasseurs en général et veneurs en particulier se targuent d'aimer la Nature! Et quand on aime, on tue, c'est bien connu! Jeunes épousées, méfiez-vous, on s'approcherait vite du drame conjugual! Surtout ne vous laissez pas aimer par un chasseur ("coureur" de surcroît!)... Cela pourrait fort bien finir très mal (si l'on applique à tout leur logique de Grand Veneur)...
Outre cette considération sur leur conception quelque peu paradoxale de l'amour, on peut aussi s'interroger sérieusement sur la gloriole que tirent (pardon) nos valeureux veneurs de ce "sport" ô combien méritoire... Il est en effet fort courageux de finir par achever dans un jardin (de l'Oise par exemple, le 21 octobre dernier), un magnifique cerf qu'on a poursuivi et terrorisé pendant des heures, en groupe, aidé de dizaines de chiens entraînés dans ce seul but: ne pas perdre la trace de la "bête" et la poursuivre jusqu'à ce que ses forces ne lui permettent plus d'avancer, et là, les veneurs tout esbaudis par leur réussite, s'en viennent tous autour de l'animal éreinté et l'achèvent... à l'arme blanche (c'est la tradition)...

Mise à mort Mise à mort
D'ailleurs il y a faute dans l'Oise puisque le malheureux cervidé a été bêtement abattu au fusil... Après avoir écœuré la toile, cette scène a tout de même ému le Ministre de la Transition écologique, qui a timidement dénoncé ce fait (et surtout l'intrusion des chasseurs sur une propriété privée): "Quand bien même ces choses-là se seraient faites dans la légalité, la légalité et la moralité ne sont pas toujours associées. Il y a quand même quelque chose de choquant dans le fait qu’on puisse, comme ça, entrer dans une propriété privée" pour y tuer un animal a-t-il affirmé http://www.20minutes.fr/societe/2162247-20171102-cerf-tue-jardin-nicolas-hulot-denonce-pratique-autre-epoque

Bref, s'y mettre à vingt, trente, chevauchant gaillardement et épaulés par une armée de chiens, tout cela pour épuiser un cerf, un chevreuil, ou un lièvre (pour les "petits veneurs" plus modestes), est-ce vraiment très méritoire?...

L'argument principal est celui, classique, du chasseur lambda: il régule la Nature (qui bien entendu sans la main de l'Homme ne saurait pas prendre son pied, pardon, sauver sa tête)... Qui est encore dupe de cette affirmation? Le gibier pullule paraît-il? Evidemment, il est élevé par les chasseurs et relâché juste pour se faire descendre. Il arrive même que les chasseurs soient obligés de lui faire peur pour pouvoir avoir le plaisir de le poursuivre, puisqu'il a grandi au contact de l'Homme et n'a pas le réflexe de se sauver... On y va donc à coups de pieds, pour que les lièvres se mettent enfin à courir et que ça soit un peu rigolo...
Il y a trop de cervidés et sangliers paraît-il... L'agrainage (maïs distribué à foison dans les bois) si courant dans nos campagnes augmente le nombre de petits par portée puisque la nourriture est plus abondante...
Et pour finir ce bref rappel qui pourrait prendre plusieurs volumes : si les mêmes humains n'avaient pas exterminé avec une "belle" obstination les prédateurs naturels (ours, loups, lynx), la Nature évidemment se débrouillerait fort bien toute seule...

Mais comme l'affirment les veneurs, les opposants à la chasse à courre ne sont que de stupides "bobos" des villes ne connaissant rien à la Nature: "Ils calquent leurs propres sentiments sur ceux des animaux. Quand ils voient un cerf, ils pensent à Bambi et ils pleurent", déplore une participante, qui trouve les citadins déconnectés de la nature. "Mais l'animal n'a pas de notion de vie ou de mort, il faut arrêter de lui attribuer une sensibilité humaine", renchérit un autre expert en éthologie...

C'est faire allègrement l'impasse sur des dizaines d'années de recherche scientifique qui prouvent que les animaux sont au minimum dotés de sensibilité et même d'un langage, d'une conscience et que notre humanité est bien prétentieuse de s'estimer Maîtresse du Monde...

Un loisir de riche...

Outre la pratique révoltante, la chasse à courre est un loisir pour le moins sélectif... On se retrouve "entre soi" pour la vénerie... On se travestit à la mode des châteaux, on possède cheval, meute racée et glaive acéré... La cotisation pour adhérer à une association de vénerie au cerf est estimée autour de 2000 euros par an (et il faut aussi pouvoir se payer le cheval, les chiens, le costume de velours, les belles bottes et tout le saint frusquin)...

Ce n'est pas un hasard si Macron rêvait de rétablir la tradition des chasses présidentielles... Un petit air de monarchie qui n'était pas pour déplaire au sieur Jupiter...

Abattage d'un cerf lors d'une chasse à courre © Le Monde Abattage d'un cerf lors d'une chasse à courre © Le Monde

Etonnante Laurence Parisot!

C'est là que je suis tombée des nues, voyant que Madame Parisot appelait Nicolas Hulot à "abolir la chasse à courre" qu'elle juge "sadique et cruelle".

Elle développe dans une tribune publiée par "Le Monde" un argumentaire fort intéressant sur les pulsions de violence et de mort qui dorment (plus ou moins) en chaque humain et seraient mises au jour par la chasse...
Dans son texte, Laurence Parisot tente de rester "rationnelle" et déroule l'argumentaire suivant : la chasse à courre pourrait facilement être remplacé par "le polo" ou "le horse-ball", alors "que manque-t-il à ces distractions pour satisfaire nos veneurs ?", se demande-t-elle : "La proie. La destruction. La pulsion de mort."

D'après elle, la chasse à courre "contribue à entretenir le goût de la guerre", développe "l'instinct belliqueux" et il est "étrange" qu'elle soit reconnue comme loisir sportif.

Elle cite même Freud: "Freud nous a appris la difficulté, voire l’impossibilité, à supprimer le penchant humain à l’agression. C’est pourquoi, bien souvent, il n’y a pas d’autre solution que de le canaliser par la loi."

D'où cet appel à interdire tout bonnement la pratique de la chasse à courre, qui encouragerait les penchants les plus cruels de l'humain...
Et là, je dis "chapeau", et "merci"!

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.