La démocratie selon LREM : tais-toi et marche droit!

On se demande depuis quelques mois comment les 313 éus du groupe LREM à l'Assemblée peuvent continuer à abdiquer toute liberté de penser et toute velléité de débattre... Des voix essayeraient pourtant régulièrement de se faire entendre... Petit bulletin de situation de la "fronde" en Macronie...

 

Dès avant les élection, la mise au pas de tous les Marcheurs était prévue, et elle est toujours d'actualité.

Avant les élections: La Charte du candidat

Les candidats aux législatives pour "En Marche" ont signé une charte les engageant à voter tous les textes proposés par le gouvernement, et à ne pas discuter les décisions et orientations données par le Président de la République.
Pour un parti qui annonçait un renouveau démocratique, c'est plutôt un retour à la pensée unique...
Dans un discours au mois de janvier, Emmanuel Macron expliquait : "Aucun candidat investi ne pourra exprimer de désaccord avec le cœur de notre projet". Puis, un mois plus tard, il prévenait sur France Inter : "Chaque candidat qui sera investi signera avec moi le contrat avec la Nation. C’est-à-dire qu’il s’engage à voter à mes côtés les grands projets, c’est-à-dire à soutenir notre projet. Il n’y a pas de frondeurs […]. Il n’y a pas d’opportunisme, il n’y a pas des gens qui peuvent être investis en disant "eh bien moi, sur le cœur de votre projet […] je ne suis pas d’accord, je ne le voterai pas". C’est ce qu’on vit depuis vingt ans." Après son élection, il réitère dans sa volonté de tout contrôler: il déclare "Nous allons avoir beaucoup d’élus, presque trop, plus de 400. Il va falloir les encadrer pour éviter le foutoir" (propos cités par le Canard Enchaîné juste avant les législatives).

Et pourtant en juillet, dans la chaleur de l'été, les premiers clapotis du désaccord...

Plusieurs mouvements naissent en juillet pour dénoncer le manque de démocratie au sein de la République en Marche: "La Démocratie en marche", emmenée par Rémi Bouton, et les "Marcheurs en colère", dans les pas de Tiphaine Beaulieu, devenu ensuite le "Collectif des adhérents du mouvement en marche".
Une action en justice a été lancée par "La Démocratie en marche" pour protester contre les statuts du mouvement en juillet.
La procédure engagée s'appuyait sur un "vice de forme", le collectif estimant que "la convocation à ce vote ne respecte pas les statuts du mouvement", notamment en ce qui concerne les délais.
"Les statuts proposés cantonnent les adhérents à un rôle de supporteur et les excluent de la gouvernance, aussi bien locale que nationale", dénonce dans un communiqué le collectif "La Démocratie en marche", pour qui "ce ‘verrouillage'révèle une certaine défiance vis-à-vis des adhérents et apparaît en contradiction avec les valeurs de REM". "On a essayé de savoir qui écrivait ces statuts, pourquoi il y avait une telle urgence, ce qui faisait qu'il fallait absolument les faire voter comme ça, au cœur de l'été, et on s'est retrouvé face à un mur", a expliqué Rémi Bouton. "On a vu qu'il y avait un vice de forme dans la convocation, on a décidé d'attaquer pour arrêter le train fou". Le collectif réclame en particulier "la tenue d'un grand débat national qui permette à REM de construire de véritables statuts démocratiques".

L'audience en référé du 25 juillet ne leur a pas donné raison... Mais le collectif veut continuer d'exister: "Nous avons pour objectif de pérenniser notre groupe, de demeurer des lanceurs d'alertes, d'amener une réflexion sur la démocratie participative au sein du parti en s'inspirant de modèles étrangers", explique Rémi Bouton. "En somme, faire correspondre la réalité aux promesses d'origine."

Tiphaine Beaulieu, elle, donne pour objectif à son "Collectif des adhérents en marche" d'amener plus de transparence dans le mode de fonctionnement de LREM: "S'ils veulent fonctionner comme une entreprise opaque, cette association en sera un syndicat", dit-elle, précisant qu'une demande d'affiliation va être envoyée au parti.

Et pourtant, à l'automne...

... Ces clapotis semblent bien dérisoires face au raz-de-marée législatif orchestré par le Président et son gouvernement... Les lois d'importance votées depuis plusieurs semaines n'ont pas concrétisé cette volonté d'introduire de la pluralité et de la démocratie chez les Marcheurs.
La Charte initiale est toujours respectée, les ordonnances-travail ont été votées sans réticence, le budget 2018 et ses cadeaux aux plus aisés n'ont guère soulevé de remous dans les rangs de la majorité, unie comme un seul homme et d'une façon plus qu'inquiétante pour suivre la voix de son maître...

Echos du règne...

La docilité des Marcheurs pourrait s'expliquer par le caractère particulièrement "entier" de leur patron, et par le fait qu'ils ont adhéré non à une communauté d'idées ou à une vision du monde, mais à un homme. Il est donc hors de question de mécontenter celui-ci... à qui la moutarde monte aisément au nez ("qu'il a fort joli d'ailleurs", comme dirait Goscinny)...
Une péripétie révélatrice: la récente annonce dans la presse de la nomination de Christophe Castaner à la tête de La République en Marche a mis en rage le Président. Cela devait rester confidentiel, et ne pas sortir du dîner de Monsieur Macron avec sa garde rapprochée. En effet, le problème est que cette annonce de choix par le Président lui-même révèle l'inutilité des élections qui vont avoir lieu au sein du parti et le mépris du chef pour la démocratie et les adhérents de son propre mouvement... Les élections auront tout de même lieu, pour la forme, le 18 novembre prochain, question de communication, il faut sauver les apparences...

En revanche, le petit malin qui a révélé l'information confidentielle et un peu compromettante pour le chef de l'Etat a pris de gros risques... La colère du chef est terrible! Un macroniste anonyme rapporte d'ailleurs: "Ils sont furieux ! Ils cherchent qui a parlé!", ajoutant même, sans préciser s'il plaisante: "Gérard Collomb va demander les relevés téléphoniques."

Le joyeux bavard va bientôt pouvoir compter ses vrais amis (et aller faire de la politique ailleurs...)

Voilà comment marche LREM: sous surveillance, et au pas...

On nous avait promis une nouvelle ère démocratique, tout cela prend plutôt des airs autocratiques...

Sources: Le Parisien, Libération, L'Express

 

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