Adhérents des partis de la gauche sociale et écologiste que faites-vous pour l’union?

Dans chacun des partis de la gauche sociale et écologiste, il y a des adhérents convaincus que seule l’union à gauche au premier tour peut éviter une défaite dévastatrice à l'élection présidentielle puis aux législatives. Ces adhérents, par sectarisme, par indifférence ou par manque de courage politique laisseront-ils passivement advenir le désastre attendu ?

Le 12 mai dernier, dans la rubrique du Monde, « Paroles de lecteurs », Jean-Louis Gouty, signait un billet intitulé « Présidentielle 2022 : électeurs de gauche, exigez l’union ! » Ce titre soulève plusieurs interrogations, parmi lesquelles celle-ci : comment les « électeurs de gauche » pourraient-ils « exiger » et obtenir,des formations politiques dont ils se sentent proches, une stratégie électorale d’alliance au premier tour de la présidentielle, en vue d’être présentes au second tour avec un programme et un.e candidat.e?

La pression des électeurs peut venir de l’extérieur des partis, elle peut aussi venir de l’intérieur. En effet, parmi les électeurs de gauche, les mieux placés pour pousser à l’union des partis représentant la gauche sociale et écologiste seraient sans doute des adhérent·e·s de ces partis. Il y a de bonnes raisons de penser que dans chaque formation de gauche il y a une partie des adhérent.e.s qui souhaiteraient, voire qui s’enthousiasmeraient à marcher sur un chemin unitaire vers la victoire contre la droite et l’extrême droite. Curieusement, on ne pense pas spontanément à la liberté dont ces militants encartés pourraient faire preuve dans leurs partis respectifs, pourtant réputés démocratiques. Si les directions de leurs partis ne s’engagent pas sur ce chemin, ce qui est le cas pour l’instant, ces militants ne pourraient-ils faire entendre leurs voix par une initiative concrète qui rende visible et audible leur volonté d’union. Par exemple, que se passerait-il si des adhérent.e.s du PS, d’EELV, du PC, de LFI, des Radicaux de gauche, de Génération.s et d’autres encore, partisans de l’union au premier tour, se constituaient en un collectif de frondeurs (à gauche) et, cartes d’adhérent.e.s à bout de bras, tenaient meeting dans tout le pays pour appeler à l’union. À défaut d’une réunion publique, une tribune largement diffusée serait déjà un premier pas significatif. De telles initiatives ayant pour objectif, non seulement de parvenir au second tour avec des chances de l’emporter in fine, mais aussi de faire barrage aux néofascistes du RN, il est probable qu’elles recevraient de la part des autres électeurs de gauche (ceux de l’extérieur) un soutien massif et enthousiaste. Car, si l’on en croit un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Franceinfo et Le Figaro, publié jeudi 15 avril, 80 % des partisans de LFI, 72 % des proches du PS et 87 % des sympathisants d'EELV souhaitent un candidat commun en 2022 (des chiffres qui prêtent à interprétation, bien entendu). Par hypothèse, un tel mouvement pourrait amener les directions des partis concernés à ré-envisager leurs stratégies du chacun pour soi, vouées à l’échec de toute façon et sur tous les tableaux. Aucune chance, pour un parti seul, d’obtenir suffisamment de voix pour passer le premier tour. Et même dans cette hypothèse, face à Marine Le Pen, aucune chance de l’emporter pour un candidat de gauche, représentant le programme d’un seul parti. Selon une enquête Ifop-Fiducial, publiée dans Le Journal du dimanche le 10 avril, Anne Hidalgo ferait jeu égal avec Marine Le Pen, 50/50, mais Jean-Luc Mélenchon serait largement battu avec 40 % des voix contre 60 %. Yannick Jadot serait lui aussi battu par 47 % des voix contre 53 %. Les chances de ces candidats ou d’autres, seraient évidemment plus grandes s’ils étaient porteurs d’un programme de gouvernement et d’une vision pour l’avenir de notre société, partagés par le plus grand nombre des électeurs de gauche.

À cette espérance, on objectera peut-être qu’un tel phénomène de coalition et de mobilisation des frondeurs, poussant leurs formations politiques respectives à rechercher, avec les autres partis, les conditions d’une alliance pour gagner une élection, ne s’est jamais produit et, du coup,aurait peu de chances de se produire cette fois. Si tel était le cas, on peut se demander pourquoi. Peut-être ces militants s’interdisent-ils toute « collaboration » avec les adhérent.e.s d’un autre parti par conviction partisane forte (aucun accord n’est envisageable avec le parti X compte tenu des divergences profondes qui nous opposent sur la plupart des questionspolitiques). Peut-être manquent-ils d’imagination et d’audace (pactiser avec des membres d’autres organisations que la mienne, est-ce seulement possible, et comment faire?). Peut-être, tout simplement, manquent-ils de courage devant le risque de la transgression (ce serait quand même risqué de se désolidariser de la majorité du parti ou de sa direction. Et si on était radiés ?).

Sectarisme, indifférence, abdication, serait-il donc vain d’attendre des encartés qu’ils se mobilisent en faveur d’une union des gauches et des écologistes au premier tour de la prochaine élection présidentielle ? Ça reste à voir.

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