Pétition "Nous ne voterons pas pour vous si... : les commentaires

Notre appel à signer la pétition "Nous ne voterons pas pour vous si..."a provoqué une quarantaine de commentaires en majorité favorables à son contenu et son objectif. Certains autres ne permettent pas nettement de comprendre la position de leurs auteurs. Restent une quinzaine de commentaires nettement opposés à ce que nous proposons. Ce qui suit est une réaction à ces commentaires négatifs.

Pour accéder à la pétition : http://chng.it/Lc8psPV5

Les réactions négatives au contenu et à l'objectif de la pétition Nous ne voterons pas pour vous si...peuvent être rangées sous deux thèmes principaux.

Le premier thème, Abstention ou Vote blanc est abordé par un petit nombre de personnes, la plupart en faveur de l’abstention. Les arguments contre le vote blanc ou pour l’abstention sont de deux ordres. Pour certains, c’est l’interprétation finale du scrutin au premier tour qui serait affectée par le pourcentage d’abstention plus que par celui du vote blanc. Pour d’autres, seule l’abstention est politiquement efficace parce qu’elle « fout la trouille » aux gouvernants qui redoutent que ces abstentionnistes descendent demain dans la rue. Faire porter la discussion sur cette question, abstention ou vote blanc est d’autant plus intéressant qu’on peut supposer que des partisans d’une démarche unitaire à gauche n’apportent pas leur soutien à notre pétition parce qu’ils jugent que c’est l’abstention qui est la meilleure réponse à une absence d’union des forces de gauche et écologistes au premier tour.

La discussion que suscitent les positions résumées ci-dessus est particulièrement éclairée par la lecture de trois pages mises en ligne par le Parti du vote blanc.

https://www.parti-du-vote-blanc.fr/comprendre/le-vote-blanc/

Nous recommandons vivement la lecture de ce document dont nous extrayons un passage correspondant exactement à notre choix du vote blanc : voter blanc indique une volonté de participer au débat démocratique mais porte un message politique dépourvu d’ambiguïté  : « Aucun candidat ne me convient ».

« Les partisans de l’abstentionnisme militant défendent l’idée qu’une abstention massive aurait un impact sur le scrutin. Cette idée est un leurre puisque les règles de notre système représentatif ne prévoient pas de seuil minimal de voix pour qu’une élection soit valide (on parle alors de quorum). Il suffit d’ailleurs de regarder les derniers résultats pour constater que l’abstention est déjà majoritaire sans que rien ne change. Bien que massivement médiatisée (un hasard ?), l’abstention massive n’est rien d’autre qu’une aubaine pour celui ou celle qui sera élu(e) car il aura suffit d’une minorité d’électeurs pour faciliter son élection.

Un vote blanc massif n’aurait pas plus d’influence sur les résultats, mais il adresserait un message unifié et clair. Les électeurs s’exprimeraient d’une seule voix : “Nous refusons une offre politique qui ne nous convient pas”.

Se taire n’est pas un moyen d’expression pertinent. Le seul vote contestataire qui ne profite à aucun candidat, c’est le vote blanc. »

C’est d’ailleurs pour éviter l’abstention, interprétée comme un désintérêt pour l’offre politique, que le candidat Jean-Luc Mélenchon proposait le vote obligatoire dans son programme de 2017. On peut supposer qu’il n’a pas changé d’avis.

Quant à l’argument selon lequel l’abstention serait, plus que le vote blanc, de nature à effrayer les forces de droite et d’extrême droite, on peut objecter a) que c’est une douce illusion et b) que le but de notre combat politique n’est pas d’effaroucher la droite et l’extrême droite, mais de les battre, de les faire reculer, de les éloigner du pouvoir, le plus loin et le plus longtemps possible.

Le deuxième thème, seul le vote LFI est authentiquement de gauche, est abordé par une dizaine de commentateurs se réclamant tous de La France Insoumise ou de Jean-Luc Mélenchon. Des commentateurs assez énervés, « sans muselière et sans laisse »1espérant probablement par leur agressivité agrandir le fossé entre leur parti et les autres.

Deux arguments principaux sont opposés à notre désir d’unité de la gauche. L’histoire de la gauche française, de ses victoires et de ses défaites, avant et après l’institution de la 5ème république, est remplie des polémiques autour de ces arguments.

Le premier argument peut être résumé de la façon suivante : le seul parti qui ait un programme vraiment de gauche et un candidat capable de faire triompher ce programme, c’est LFI. C’est la rituelle prétention hégémonique à gauche. Depuis les débuts de la Vème République, le PC et le PS ont eu, à certaines occasions, la même prétention hégémonique. Depuis 2012, leurs ambitions sont beaucoup plus modestes. Des « petits » partis comme le NPA ou LO peuvent affirmer avec raison qu’ils ont un programme « vraiment de gauche », en tous les cas plus à gauche que les autres partis y compris LFI. Ça ne fait pas d’eux des futurs locataires de l’Élysée...du moins dans un avenir proche. Redescendons sur terre. En 2017, LFI avait un excellent programme, L’avenir en commun, tellement bon que ce parti aura du mal à ne pas proposer le même en 2022. En 2017, LFI avait un excellent candidat, tellement bon que ce parti a décidé de proposer le même en 2022. Avec ces atouts en main, ce mouvement ne peut espérer qu’une seule chose : améliorer son score de 2017 en siphonnant les autres partis de gauche et donc en les affaiblissant encore. Les auteurs de la pétition défendue ici, partent du postulat assez répandu qu’aucun parti de gauche se présentant seul au premier tour n’a la moindre chance d’être en lice au deuxième tour. Et ils ajoutent « Heureusement ». Car si, au hasard, J-LM se trouvait face à MLP au deuxième tour, d’après les sondages, la candidate néofasciste l’emporterait haut la main. Dieu garde !

Le deuxième argument peut être résumé de la façon suivante : comment imaginer une possible alliance entre ce parti et les autres partis dits de gauche, accusés d’avoir par le passé conduit des politiques de droite ou les écologistes bobo d’EELV prêts à s’allier avec LRM pour avoir « des places ». C’est l’argument de la mésalliance. « Ma fille n’épousera pas un roturier » dit l’aristocrate. « Nous sommes trop bien pour vous » dit LFI aux autres partis de gauche. « Car nous au moins nous avons les mains propres ». On pourrait objecter que n’ayant pas encore eu la possibilité de gouverner, LFI peut prétendre, comme le RN, avoir, en effet, les mains propres (ou pas de main ?). Les alliances électorales à gauche ont toujours et nécessairement agrégé entre elles des formations politiques qui par définition n’avaient pas ou n’avaient pas eu le même programme de gouvernement, mais qui, pour empêcher la droite, et aujourd’hui l’extrême droite, de venir au pouvoir, étaient prêtes à rechercher les termes d’un compromis, permettant au Français de garder l’espoir d’une vie meilleure dans une société plus juste, plus égalitaire et, ajouterions nous aujourd'hui, dans un environnement protégé des menaces que l'activité humaine fait peser sur la nature. C’est tellement évident ! Ajoutons pour finir que c’est précisément parce que un parti comme LFI gouvernerait avec le PS que ce dernier ne pourrait pas reproduire les erreurs politiques commises entre 2012 et 2017, quand il détenait seul, l’Assemblée nationale, le Sénat et l’Élysée.

Nous aurions préféré ne pas avoir à défendre notre appel à l’union en bataillant avec un seul parti, en l’occurrence LFI. Car notre but n’est pas, ne peut pas être, d’entrer dans le jeu clivant des antagonismes entre partis de la gauche sociale et écologiste, nous qui aspirons à un rapprochement de ces partis autour d’un projet de changement radical de la société française.

1C’est ainsi, dans ses discours, que J-L M caractérise son mouvement : « La France insoumise et fière de l'être, celle qui n'a pas de muselière ni de laisse »,

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