Cruelle ironie d'un immeuble à la découpe

Au 38 rue Taine, dans le XII ème arrondissement, on découpe à tout va ! Des corps dans une baignoire, des appartements locatifs protégeant quarante ans de vies et de souvenirs annexes. Les banderoles fleurissent à chaque étage de cet immeuble (ainsi qu’au 46 boulevard de Reuilly) rénové pour la circonstance : Non à la vente à la découpe – Immeuble découpée=familles chassées – Spéculation = locataire à la rue.

Au 38 rue Taine, dans le XII ème arrondissement, on découpe à tout va ! Des corps dans une baignoire, des appartements locatifs protégeant quarante ans de vies et de souvenirs annexes. Les banderoles fleurissent à chaque étage de cet immeuble (ainsi qu’au 46 boulevard de Reuilly) rénové pour la circonstance : Non à la vente à la découpeImmeuble découpée=familles chasséesSpéculation = locataire à la rue. Ne manque qu’au cinquième étage : famille découpée=immeuble déprécié, l’appartement n’ayant pas, pour les besoins de l’enquête, fait l’objet d’une mise en conformité. Le fait divers sordide de la nourrice chinoise, qui avait pris au pied de la lettre l’ordre de découpe, avait alimenté bien des conversations horrifiées entre voisins jusqu’à ce que l’affaire s’estompe pour faire place à un évènement qui ébranlerait, plus encore, leurs vies : leur découpe. Comme tant d’autres depuis 2005, lorsque ce type de vente spéculative s’est accentué, ces locataires vivent dans l’inquiétude du rachat de leur logement. Lorsque fin 2011, Gecina, société foncière, décide de se débarrasser de ses investissements locatifs des années 70 au profit d’investisseurs, en l’occurrence BNP Paribas immobilier, de nombreuses associations solidaires de défense des locataires ont vu le jour. Protégés un temps par la loi Aurillac du 13 juin 2006, visant à maintenir les plus faibles (personnes âgées, malades, handicapés) dans leur îlot de paix, alors que les ventes étaient encore négociées par dix lots, les locataires sont aujourd’hui  confrontés à un détournement pur et simple de ce recours juridique et salvateur par la mise en place d’une vente individuelle, appartement par appartement. Alors à qui profite le crime ? Le journal le Parisien nous informe que la députée PS de la 8 ème circonscription de Paris, Sandrine Mazetier  s’est penchée sur la question et présentera le 10 septembre, à l’assemblée nationale, un amendement à la loi Alur (accès au logement et à l’urbanisme) afin d’encadrer ce type de vente appartement par appartement.

 

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