Du devenir de la Monte dei Paschi

 540 ans de bons et loyaux services

Créées au XVème siècle sur des principes managériaux communautaires au service de l’intérêt général, trois institutions européennes de 1472 peuvent se targuer d’être toujours actrices de l’économie du XXI ème siècle.

Références dans leur domaine d’expertise soient l’enseignement, la finance et la viticulture, elles cultivent, en toute discrétion, l’excellence depuis six siècles sans faillir à leur réputation.

La Ludwig Maximilian Université of Munich ou LMU née en 1472 à Ingolstadt sous l’impulsion du duc Ludwig IX de Bavière-Landshut encouragé par l’approbation papale, s’appliquait à enseigner philosophie, médecine, jurisprudence et théologie aux esprits éclairés, toutes souches confondues. Son premier recteur Christopher Mendel de Steinfels deviendra plus tard évêque de Chiemsee. Forte de disciplines diversifiées portant sur les sciences humaines, culturelles, le droit, l’économie, la sociologie, la médecine et les sciences conduites par sept cents professeurs et trois mille six cents membres d’académies, elle s’élève aujourd’hui au rang des établissements d’élite et ne compte pas moins de 34 lauréats au prix Nobel à son actif. L’intégration des quarante-huit mille étudiants s’appuie toujours sur des principes égalitaires.

La Monte dei  Paschi de Siena (Monte Paschi Banque). Instituée en 1472 par décision des Magistrats de Sienne sous l’appellation Monte di pieta, cet établissement de crédit destiné à aider financièrement les populations défavorisées était inscrit dans une charte siennoise de 1419 « Statuto dei Paschi ». Paschi désignant les domaines agricoles de la Maremme. Sa cotation en bourse en 1999 marque le début de son essor territorial et sa croissance exponentiel (acquisitions et participations d’autres banques). Son patrimoine foncier et culturel (sa fondation compte des œuvres remarquables datant du Trecento) peut être considéré comme un gage de stabilité dans le contexte financier actuel.

Le vin le plus ancien du monde date de 1472. Trois cents litres du légendaire millésime sont précieusement conservés dans la Cave Historique des Hospices de Strasbourg fondée en 1395. Institution caritative vivant en autarcie, elle résistera à la dispersion des biens fonciers de l’Eglise sous la révolution grâce à ses patients payant leurs soins en récoltes ou cessions de propriétés de terres agricoles. Si les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg restent en 1789, le propriétaire foncier le plus important, il n’en demeure pas moins que les progrès de la médecine vont limiter l’usage du vin dans la médication alors que la concurrence s’accrut. Condamnée à disparaître en 1995 faute de savoir-faire, de vignes, elle renaît sous l’impulsion de vignerons alsaciens appliquant une nouvelle politique commerciale fondée sur l’excellence qualitative et l’exploitation du lieu mythique.

Ethique et patrimoine : piliers de croissance

Comme le soulignait Jean-Pierre Babelon dans notre publication de janvier, « le présent est toujours dans l’histoire. Il n’est pas toujours axé sur ce que pourrait être demain. Il est matérialisé par ce qu’était hier. » Force est de constater que toutes trois puisent leurs racines dans l’esprit humaniste de l’empire catholique romain et partagent le tronc commun du mécénat cher sous le pontificat du très  controversé Sixte IV (août 1471-1484). Traversant les siècles, elles présentent un modèle originel que François-Xavier de Vaujany˟ mettra en lumière en 2007 (La relation pratiques religieuses-pratiques managériales : une approche historique) révélant ainsi le rôle de l’Eglise et de ses enclaves dans l’émergence de l’organisation comme bureaucratie et lieu de pratiques managériales.

Miser sur sa réputation est une tendance économiste émergente  présentant des corrélations avec ces principes ancestraux. Pour preuve, l’analyse de William Lebedel (conseil et intervenant au Celsa) qui considère le management de la réputation comme une discipline à part entière à explorer comme levier de croissance et souligne de ce fait la nécessité de rompre avec l’hypothèse du libérale Milton Friedman séparant valeurs sociétales des valeurs économiques. « Aujourd’hui, la nouvelle équation consiste au contraire à optimiser les synergies entre l’engagement de l’entreprise dans la cité et sa performance économique. » Il devient, en effet,  impératif de conjuguer intérêts économiques et éthiques en considérant ces valeurs comme fondement de toute entreprise durable.

˟F.X de Vaujany professeur à l’université Paris Dauphine, auteur de nombreux ouvrages traitant du management et de l’organisation.

Lorsque j'avais écrit cet article pour le magazine Actualité de l'Histoire il y a deux ans, j'avais envie d'y croire. J'avais envie de croire que les garants d'une si vieille institution et d'un si précieux patrimoine opèrent des choix judicieux d'alliances, de fusions, d'acquisitions. Je reste perplexe aujourd'hui face à la situation. Ces quelques phrases extraites de Capital.fr ne font que présager un avenir sombre de la Monte dei Paschi:

  • Le montant de l'augmentation de capital projetée, correspondant à la capitalisation actuelle de Monte Paschi et annoncé dimanche soir par le ministère de l'Economie, vient souligner la situation toujours fragile de la banque.
  • En cas d'échec, une nationalisation deviendrait inévitable pour le plus grand embarras du gouvernement d'Enrico Letta déjà confronté à un endettement public de 2.000 milliards d'euros et qui ne tient nullement à assumer le fardeau de la banque toscane.
  • "PAS UNE CHANCE"
  • "Il n'y a pas une chance au monde qu'ils (Monte Paschi) puissent lever 2,5 milliards d'euros sur le marché dans les 12 mois. Ils se dirigent vers une nationalisation", tranche Giuseppe Bivona, un ancien banquier d'investissement de Goldman Sachs et Morgan Stanley qui conseille aujourd'hui l'association de consommateurs Codacons dans son combat judiciaire contre la banque de Sienne.
  • A la Bourse de Milan, le titre recule de 3,47% à 0,2087 euro vers 12h30.

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