Hommage au printemps des peuples pour le printemps des poètes

Quand on parle de pacifisme, on imagine toujours quelques petits tracts mal imprimés donnés à la sauvette, qu'on ne lira pas tout en sachant pertinemment que ces vieux défenseurs de la paix ont raison, mille fois raison, en montrant du doigt les marchands d'armes, les populations décimées, les instances internationales muettes. Comme si la paix, c'était l'affaire des états en guerre, alors que c'est bien la nôtre en tant qu'individus.

 

Ma bibliothèque de quartier a mis en vitrine, pour le printemps des poètes, une anthologie de poèmes pacifistes assez particulière : Non à la guerre. La couverture est déjà entièrement blanche, symbolisant la paix, ce qui est assez inhabituel et courageux.

Les à-côtés sont plutôt pédagogiques : on trouve un article expliquant l'origine de la colombe comme symbole de la paix, une histoire du mouvement pacifiste depuis Erasme jusqu'à Alfred Nobel, des biographies des poètes.

Chaque poème est accompagné d'une photographie en lien avec la guerre dont il parle. Nous sommes confrontés à un panorama d'images inédites ou méconnues, parfois violentes, souvent émouvantes, depuis la guerre de Crimée de 1853, qui marque les débuts du journalisme de guerre, jusqu'à la guerre israëlo-libanaise de 2006. Panorama vertigineux, quand on songe au nombre de morts, de blessés, de traumatisés, ou à ce qu'ont pu devenir les personnes photographiées...

1918 - Une femme ramène son époux blessé au foyer. 1918 - Une femme ramène son époux blessé au foyer.

Les poètes choisis par Lionel Ray viennent du monde entier : on retrouve Guillevic, Apollinaire, Césaire, Brecht, Darwich, Hikmet, Miron, Neruda, Dib, Tsvétaiëva,Yourcenar...

Ces voix parlent de la paix, des guerres ressenties dans la chair et jusque dans la mémoire de ceux qui ne les ont pas vécues. C'est une condamnation sans égale de ce qu'est la guerre, et un appel tout aussi fort d'une paix qui tarde à venir.

Demain nous tisserons

les couronnes de la paix

ensemble nous chanterons

l'unité qui se fait.

Nous serons. - Ghjacumu Thiers, inédit, p 195.

Les autres voix, ce sont celles des soldats : des voix connues ou inconnues, de la Première guerre mondiale au conflit israëlo-palestinien. Là aussi, un constat partagé : face à l'horreur et à l'indicible,

reste un devoir sourd planté tel un clou dans le poignet - Krzystof Kamil Baczinsky, « Aux morts au combat », p 258.

 

Reste aussi le désespoir d'une pureté perdue :

Seuls ceux qui n'ont pas de couleur

seuls les transparents sont bons

qui me laissent dormir la nuit en paix

et apercevoir le ciel

à travers eux. - Yehuda Amichaï, « Quatre poèmes de guerre et de paix », p 265.

Le mot de la fin appartient... Au lecteur ! Un petit chapitre de pages blanches, pour écrire la paix, pour éviter de s'habituer tous les jours aux images de guerre...

 

A offrir, à parcourir, à regarder, à relire, cette anthologie est un plaidoyer pour la poésie, pour la paix, pour ces deux sources indispensables à la vie, comme l'air, et l'eau.

Nov. 1946 : A Varsovie, un portraitiste tente de masquer les ravages de la guerre sur la capitale polonaise. Nov. 1946 : A Varsovie, un portraitiste tente de masquer les ravages de la guerre sur la capitale polonaise.

 

Non à la guerre, Anthologie, Poésies du monde – Photographies – Histoire, L. Ray, O. Müller, F. Fabbri, éd. Turquoise, 2006, 335 p, 38 €.

 

 

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