Dominations, uniques objets de mon ressentiment

" La démocratie n'est ni la forme du gouvernement représentatif ni le type de société fondé sur le libre marché capitaliste.

Il faut rendre à ce mot sa puissance de scandale. Il a d'abord été une insulte : la démocratie, pour ceux qui ne la supportent pas, est le gouvernement de la canaille, de la multitude, de ceux qui n'ont pas de titres à gouverner. Pour eux, la nature veut que le gouvernement revienne à ceux qui ont des titres à gouverner : détenteurs de la richesse, garants du rapport à la divinité, grandes familles, savants et experts. Mais pour qu'il y ait communauté politique, il faut que ces supériorités concurrentes soient ramenées à un niveau d'égalité première entre les "compétents" et les "incompétents".

En ce sens, la démocratie n'est pas une forme particulière de gouvernement, mais le fondement de la politique elle-même, qui renvoie toute domination à son illégitimité première. Et son exercice déborde nécessairement les formes institutionnelles de la représentation du peuple."

 

Jacques Rancière, extrait d'une interview parue dans Libération en 2006, consultable en ligne sur Multitudes. J.-B Marongiu l'interrogeait sur son livre La haine de la démocratie, édition La Fabrique.

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