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Billet de blog 24 janv. 2011

Marche pro-vie, mais quelle vie ?

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Hier à Paris s'est tenue une marche "pro-vie" qui a réuni approximativement 5000 personnes. Eux disent 25000, évidemment.

Je ne mettrai pas d'images, je ne copie-collerai pas leur argumentaire, j'en ai mal au ventre rien que de le lire. Si vous vous en sentez le courage, voici la dépêche AFP et le direct du site Chrétienté Info.

Cette marche n'a pas réuni que des familles catholiques, évêques, vicaires, Gollnisch et amis de Gollnisch, militants du MPF et du FN, petits étudiants d'extrême-droite appelés à participer par Christine Boutin. (La liste des collectifs présents est ici).

Il y a eu une petite poignée de manifestant-e-s pro-avortement, une toute petite, mais bien là.

Voici le mail d'une amie, qui était présente à cette contre-manifestation fortement réprimée :

" En face des tarés de tous les âges mais d'une seule confession, il y avait ... Nous : des femmes, des hommes, des homosexuel-le-s, des trans. Jeunes, moins jeunes. Sans partis, sans syndicats pour la plupart. Une petite centaine de personnes : les seuls soutiens de la loi Veil qui fêtait le même jour son 36è anniversaire.

Quand on a été incité-e-s à partir de République par les forces de l'ordre, on n'a rien dit. On n'était pas là pour aller à la confrontation. On était là pour donner des tracts* d'un des collectifs présents, on était là pour dire que l'avortement est un choix individuel pour lequel des générations de femmes se sont battues et qu'il n'est pas question pour nous de subir les conséquences des fermetures de centres IVG.

Quand on a été encerclé-e-s par les gendarmes place de l'Opéra, on n'a rien dit non plus, on a juste hurlé nos slogans en espérant que cette foule à 500 m comprenne que si la préfecture autorise ces manifestations, on sera toujours là pour les contrer.

Quand on les a vus défiler alors que nous étions dans les paniers à salade pour vérification d'identité, avec leur ballons rouges et blancs, avec leurs enfants bien nourris, tous bénis par Benoit XVI, béats, on s'est dit qu'on ne venait pas de la même planète.

On s'est dit que c'était le monde à l'envers : celles et ceux qui défendent une loi encadré-e-s par les forces de l'ordre et ceux qui la contestent, réactionnaires de tous poils venus d'il y a 30 ans, libres de leurs mouvements et ravi-e-s de leur promenade dominicale.

Puis on a réfléchi, et on s'est dit que c'était bien le monde "à l'endroit" : des jeunes, des "sales gauchiss", des "sales lesbiennes et des sales pédés" encadré-e-s par les forces de l'ordre, et des familles qui ont voté ou voteront Sarkozy en face.

Clivage entre ceux qui Tavaillent dans le système capitaliste, ont une Famille selon les codes du patriarcat, et que la Patrie protège ; et puis celles et ceux qui refusent de vivre dans des cadres hétéronormés, refusent l'idéologie du travail ou sont exploité-e-s par tous les employeurs et organismes de gestion du chômage, pour qui la Patrie et la République sont des synonymes de Police et Répression.

Celles et ceux qui ne sont pas "pro-mort", qui ne sont pas "pro-vie à tout prix" celles et ceux qui pensent que la vie c'est quelque chose qui se choisit en fonction de la qualité de la vie, des envies, des possibilités. Celles et ceux qui pensent qu'avorter, c'est laisser aux femmes le droit d'être seules maîtresses de leurs corps, de leur esprit. Celles et ceux qui pensent que l'euthanasie, c'est redonner le choix du suicide aux personnes qui ne l'ont plus.

Ce qu'on appelle "loi" n'est en réalité que notre droit le plus fondamental à disposer de nous-mêmes, à faire nos choix de vie et de mort : et ce ne sont pas des choix faciles. Que les pro-vie continuent d'appartenir corps et âme à leur Dieu, qu'ils fassent leurs choix de vie : moi je m'appartiens, et je suis peu disposée à ce qu'on m'enlève mon droit "primitif" pour faire plaisir à une frange d'intégristes catholiques d'un autre âge.

Ce qui n'était pas normal, c'est que nous ayons été aussi peu, nous qui défendons l'avortement, et le droit des femmes à disposer de leurs corps. "

Photo : Dominique Verin, " pochoir féministe pro avortement à Buenos Aires ", http://picasaweb.google.com/lh/photo/PMNBRCX21B-uEZ6Cp0Kdcw.

A noter, un panorama de l'avortement en Europe plutôt peu rassurant quand on regarde les prix comparés et les délais légaux, plus le débat sur la dépénalisation de l'avortement en Espagne.

* Texte du tract, collectif Rage de Nuit :

Qui sont les « pro-vie » ?

Les pro-vie sont nés de l’opposition à la loi Veil légalisant l’avortement en 1975. Catholiques intégristes, d’extrême droite ou bien réactionnaires de tous bords, ils réclament l’abolition du droit à l’avortement et se posent en défenseur des embryons et des fœtus. Dans les cliniques et les centres IVG, ils culpabilisent les femmes qui viennent chercher de l’aide pour avorter voire essayent d’empêcher des avortements. Ils sont influents dans les milieux politiques de la droite au pouvoir actuellement : l’accès à l’avortement est constamment fragilisé par la diminution des financements et la fermeture de centres IVG.

Pourquoi nous devons lutter aujourd’hui ?

Parce que toutes les femmes ont droit à disposer de leur corps et de leur vie, sans qu’aucune autorité extérieur n’intervienne. Parce que l’avortement dans de bonnes conditions ne doit pas devenir un privilège réservé à celles qui ont les moyens de se payer une clinique privée. Parce que nous pensons que notre vie est ailleurs que dans la procréation et la maternité.

A ceux qui pensent qu’avec les moyens de contraception nous ne devrions plus avoir besoin de recourir à l’avortement nous proposons que les hommes se chargent aussi du poids financier et de la contrainte physique que représente la contraception.

Aujourd’hui, nous avons le droit d’avorter, cependant le soutien moral est faible par rapport aux pressions qu’exercent la famille et la société qui tentent de nous imposer la maternité comme un passage obligé pour être « une femme accomplie ». De plus, il ne s’agit pas seulement d’élever un enfant mais surtout de s’accoupler avec un homme, d’être enceinte et d’accoucher : inutile de préciser qu’un couple de lesbiennes qui aurait le droit d’adopter ne serait pas considérées comme des « femmes accomplies » parce qu’elles auraient un enfant.

Ce mélange de catholiques intégristes et de réactionnaires ne manifestent pas seulement pour défendre des embryons, ils perpétuent ainsi la défense du modèle familial blanc, hétérosexuel, patriarcal, celui qui a toute sa place dans le système capitaliste, vecteur d’oppression pour toutes celles qui tentent de s’en libérer ou qui en sont exclues.

Avortement, contraception, libre, gratuite et accessible !

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