Bread and roses*

Les gilets jaunes ont déjà rétabli deux belles valeurs : la fraternité et la dignité.

Macron n’ayant rien compris à ce qui se joue, ses réponses sont minables. La colère en est encore une fois amplifiée, et le mouvement va se poursuivre (malgré le déclenchement si opportun du plan Vigipirate urgence attentat). Les gilets jaunes ont déjà montré qu’ils avaient des idées, ils contourneront les interdictions de manifester.

Mais ce mouvement a déjà accompli de grandes choses. Je pense que la toute première, c’est d’ouvrir une brèche dans ce que le capitalisme a mis en place : l’atomisation de la société. Ce monde où tout est fait pour nous séparer, nous isoler, et ainsi nous réduire à des machines ou à des consommateurs, ce monde-là, les peuples n’en veulent pas.

Les gens ordinaires, les « riens » désirent juste un monde humain. Celui que le capitalisme n’a eu de cesse d’abolir. Celui où règne la solidarité, où l’on prend soin de son voisin, où l’on s’inquiète les uns des autres, où l’on échange, où l’on donne. C’est ce que l’on voit refleurir sur les ronds-points, où se mêlent toutes les générations, toutes les situations de vie, et où, au-delà des opinions diverses, on se soutient, en ayant conscience de créer du commun. On voit la joie sur les visages, malgré la fatigue. On est prêt à passer Noël sur le rond-point s’il le faut. On y fera la fête. Même ceux qui ne font que passer ont envie d’en être. Ils apportent de la nourriture, du soutien, du confort, ils applaudissent. Les gilets jaunes remettent à sa place le joli mot de Fraternité, inscrit sur nos mairies et si longtemps ignoré. Belle victoire, déjà. C’est une bouffée d’oxygène, on respire mieux. Et un témoignage : c’est ça la vie.

De cette vie retrouvée, découle un sentiment nouveau, une dignité regagnée face au rouleau compresseur libéral qui croyait pouvoir tout écraser.

Car nous, le peuple, pouvons maintenant afficher fièrement tout ce que nous voulons, rien de moins que nos droits : retrouver notre souveraineté, des moyens pour vivre dignement, de la considération.

Nous ne nous contenterons pas de miettes. Nous voulons du pain, et nous voulons des roses.

 

* Bread and Roses, titre d’un beau film de Ken Loach (pléonasme), fut d’abord le titre d'un poème de James Oppenheim, publié en 1911, repris comme slogan lors de la manifestation des ouvriers textiles de Lawrence, Massachussetts en 1912.

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