Lettre au Père Noël

Ecrire au Père Noël, c'est gratuit. Un service public qui n'a pas encore disparu, profitons-en vite!

Cher Père Noël (c'est une formule de politesse, je ne te chéris pas du tout),

Je sais bien que tu n'existes pas. Ou plutôt si, mais seulement pour quelques-uns, les riches. C'est peinard, ils sont moins nombreux. En plus, tu embauches des petites mains - dans les légendes des pays nordiques, ce sont des nains qui triment pour toi, mais tu as trouvé mieux. Tu as des macron, des trump, des bolsonaro, des ayatollahs... bon la liste est longue, ce sont des emplois très demandés, tu n'as qu'à te servir parmi les candidats, des bons petits serviteurs donc, qui font ton boulot tel que tu l'as défini: prendre aux pauvres pour donner aux riches. Et il faut dire que tu les as bien dressés, ils sont de plus en plus compétents.

Tu dois te demander pourquoi je t'écris, père noël des riches, alors que je suis pauvre. Je ne fais pas partie de tes administrés, ni de tes patrons, mais de tes proies. Je suis de ceux pour qui tu n'existes pas. Peut-être, mais comme tu cherches à maintenir les apparences, tu as une boîte aux lettres et, comble de bonheur, on peut t'écrire sans affranchir le courrier, tu l'as voulu ainsi pour asseoir ton image de générosité.

Pour une fois que je peux encore profiter d'un service public, je vais me gêner! Alors même si je sais que je n'existe pas plus pour toi que toi pour moi, je m'exprime. Tu pourras transmettre à tes petits nains, à commencer par macron.

Voilà, moi, pour Noël, je voudrais le retrait de cette scélérate réforme des retraites.

Et d'ailleurs, il faudrait aussi retirer les autres malveillances du dernier petit nain et des deux précédents: la réforme de la sncf, la casse du code du travail, la destruction de l'hôpital... c'est fastidieux à lister. Pour aller plus vite, remets-moi les institutions créées par le Conseil National de la Résistance en 1945, ce sera déjà pas mal. Et ne dis pas que j'en demande trop: à l'époque, ils y sont arrivés, alors que notre pays était beaucoup moins riche.

Mais je ne suis pas égoïste, je veux aussi des choses pour les autres. Je voudrais que tu rendes aux populations des pays pauvres, anciennement colonisés, les richesses qu'on leur a piquées à l'époque et qu'on ne leur a jamais rendues: tous les gisements de minerais, les matières premières, bref les sols et les sous-sols. Et que tu empêches les transnationales criminelles de baisser toujours plus les prix d'achat aux cultivateurs des trucs qu'elles nous revendent à prix d'or: le café, le cacao, tout ça...

Un dernier petit truc: une justice qui mérite son nom.

Ce sera tout pour cette année. Tu vois, je n'en demande pas beaucoup. Je vais prendre le temps pour penser aux cadeaux de l'an prochain, il y en a tellement que tu me dois depuis longtemps!

Je sais bien que tu ne liras même pas ma lettre, mais tu es obligé de la recevoir. D'ailleurs, ma première demande, tu vas bien être obligé aussi, parce que sinon mes copains vont tout bloquer pour Noël, et là même tes clients, les riches, ne seront pas contents du tout. Et je parie qu'on arrivera à leur faire d'autres misères.

A l'année prochaine

PS. Tu remarqueras que je n'ai pas demandé de "cadeaux", seulement que tu rendes ce que tu nous as volé.

Pour de vrais cadeaux, par exemple une planète propre, des êtres vivants en bonne santé et des enfants heureux, il faudrait que je m'adresse plus haut. Dieu? Ben il n'existe pas plus que toi. Ceux qui croient en lui disent qu'il est bon et tout-puissant. C'est bien la preuve qu'il n'existe pas. Donc il n'y a plus que les humains. Pas tous bons, et pas très puissants tout seuls, mais quand ils se rassemblent... Je crois que c'est à eux que je m'adresserai.

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