Le capitalisme à l'agonie?

C’est à mourir de rire – jaune. En attendant les larmes et le sang.

Je pense partager avec la majorité des gens d’ici et d’ailleurs deux sentiments concernant la finance. D’une part l’effroi et le dégoût des calamités qu’elle engendre. D’autre part un total désintérêt pour sa mécanique et ses rouages, si complexes, complexifiés à l’infini, et si éloignés de toute vie. Il va sans dire que je ne lis pas la presse économique.

Mais l’écume de toute chose finit par atteindre nos sens. J’ai donc, comme tout le monde, appris que les taux d’intérêts négatifs gagnaient du terrain. Et que les politiques comme les milieux d’affaires s’en inquiètent. Il y a de quoi.

Ce que je n’ai lu nulle part, c’est ce que cela m’inspire d’abord : un grand éclat de rire. Les riches ne savent vraiment plus quoi faire de leur fric ! Au sens propre. Le dépenser ? Impossible, tellement ils en ont. Le placer, donc, pour en avoir toujours plus, même si ça ne leur sert à rien - c'est ce qu'ils font depuis des lustres.

Mais voilà, comme il y en a trop (parce qu’il ne correspond pas aux richesses produites mais aux crédits accordés), ils savent que ça va craquer. Où et quand, c’est la seule inconnue. Donc ils ont peur de perdre des fortunes. Alors, les détenteurs de capitaux préfèrent placer 1000€ pour n’en recevoir que 900€ à terme – plutôt que de risquer de tout perdre. On vous a toujours dit que l’enrichissement du capitaliste était la rémunération d’un risque ? Ce n’est plus vrai. Ils veulent s’enrichir vite, beaucoup et à coup sûr. Et aujourd’hui, la trouille les étreint. Et plus ils paniquent, plus la confiance s’envole et plus l’argent ne sait pas où se mettre. Comique, non ?

Sauf que bien sûr, ils entraîneront tout le monde dans leur chute. Notamment les tout petits épargnants qui ont 2000€ sur un livret d’épargne populaire, par exemple. Epargne déjà bien grignotée.

Déjà, avant même l’implosion, les banques vont répercuter les taux d’intérêts négatifs sur leurs clients, en taxant les dépôts. Vous avez aimé la baisse de rémunération du livret A, jusqu’à un niveau très inférieur à l’inflation ? Vous allez adorer voir taxer votre compte courant. Du coup, réflexe sensé d’un péquin moyen : je retire l’argent de ma banque et le mets sous mon matelas. Cela a déjà commencé.

Là, les puissances qui nous mènent en Titanic, et qui ont toujours un coup d’avance puisqu’elles sont aux commandes, deviennent encore un peu plus vicieuses : pour coincer les petits récalcitrants au vol de leur argent, certains ont eu une idée lumineuse : diviser la monnaie en deux catégories, la monnaie électronique et la monnaie fiduciaire, ayant des valeurs différentes. Vous croyiez échapper à la taxe avec votre bas de laine ? Vous paierez plus cher les produits et services en cash.

L’inventivité des voleurs est sans bornes. Pile, je gagne. Face, tu perds. Rien de nouveau dans le meilleur des mondes.

Un motif de réjouissance quand même : nous assistons peut-être à l’agonie du capitalisme. N'est-ce pas d’ailleurs ce que propose le dernier livre de Thomas Piketty?

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