annick vignes
économiste, enseignant-chercheur, ne collectionne pas les timbres.
Abonné·e de Mediapart

12 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 févr. 2017

annick vignes
économiste, enseignant-chercheur, ne collectionne pas les timbres.
Abonné·e de Mediapart

Le revenu universel, choc positif de demande ou choc négatif d’offre?

Alors que les critiques se focalisent sur le problème de financement du revenu universel, il s’agit d’évaluer son impact en estimant les coûts et les bénéfices macroéconomiques. Cet article traite d'une mise en place du RU seulement pour les jeunes et titulaires du RSA, tel qu'envisagé par B. Hamon. Article de Abdelkader Slifi, hébergé sur ce blog.

annick vignes
économiste, enseignant-chercheur, ne collectionne pas les timbres.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Alors que les critiques se sont jusqu’à présent focalisées sur le problème de financement de la mesure, il s’agit bien d’évaluer son impact macroéconomique pour estimer si son coût global sera inférieur ou supérieur aux bénéfices escomptés en termes de stimulation de l’activité économique. Cette évaluation suppose de s’intéresser aux deux côtés du marché, à savoir l’offre et la demande. Benoit Hamon envisageant de mettre en oeuvre, du moins dans un premier temps, le Revenu Universel pour les bénéficiaires du RSA et les 18-25 ans, le raisonnement qui suit s’applique donc dans ce cas particulier.

Si la classe d’âge des 18-25 ans ne bénéficie pas du RSA, il faut noter qu’il existe déjà une « garantie jeunes » mise en place en 2013 et qui devrait bénéficier à 150000 jeunes à raison de 452 euros par mois et par personne. Il s’agit d’un dispositif ciblé sur les « ni-ni », ces jeunes ni en emploi ni en formation et en situation de grande précarité sociale, qui représentent 17% d’un classe d’âge. Ce dispositif, porté par les missions locales dans le cadre d’un accompagnement vers l’emploi, semble déjà faire ses preuves, puisqu’il affiche un taux de succès c’est-à-dire de sortie en emploi ou formation de 40% au lieu de 34%[1]. Mais tous les jeunes éligibles n’y ont pas accès, puisqu’il faut être suivi et sélectionné par une mission locale pour y avoir droit. 

Accorder un revenu de 650 € (selon le principe du revenu universel) à 5,2 millions de jeunes de 18 à 24 ans (sans distinction de parcours, de diplômes ou de revenus) se distinguerait par l’ampleur de son coût de 34 milliards d’euros.

Du côté des ménages, cette mesure provoquerait un choc positif qui mettrait en jeu un multiplicateur, estimé à 1.2, stimulant la consommation des ménages et provoquant une hausse de l’activité de 41 milliards soit 1.5 points de PIB.

Or, Benoit Hamon prévoit de financer en partie sa mesure par une réduction du crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises de 42 milliards d’euros. Du côté des entreprises, cette mesure se traduirait à court terme par une baisse de leurs marges et potentiellement de leurs dépenses en investissement. D’où un ralentissement de l’activité que  l’on peut estimer à 21 milliards d’euros, en retenant un coefficient multiplicateur de l’ordre de 0.5 (estimation OFCE).

Ainsi, la mise en place du revenu universel pour les jeunes provoquerait un effet de relance presque deux fois supérieur à celui du CICE, soit de près de 20 milliards. Ce petit exercice montre que l’efficacité de la mesure repose sur l’hypothèse selon laquelle le multiplicateur fiscal pour la réduction des impôts des entreprises est moins élevé que le multiplicateur budgétaire pour la hausse des prestations versées aux ménages, notamment parce que la propension à consommer des ménages est plus forte et stable que la propension à investir des entreprises. On retrouve dans une certaine mesure le débat sur le pacte de responsabilité à l’occasion duquel s’opposaient les défenseurs d’une relance par les dépenses des ménages et ceux d’une relance par les dépenses des entreprises. On a qualifié à tort ce débat d’opposition entre politique de l’offre et politique de la demande. Or, dans les deux cas, qu’il s’agisse du CICE ou du RU, nous avons bien affaire à une politique de demande, car on considère l’investissement des entreprises comme une composante de la demande globale au même titre que la consommation des ménages.

En fait, si l’on veut considérer l’impact sur l’offre, il faut prendre en compte le marché du travail et s’intéresser à l’impact du RU sur les prix et les salaires à moyen et long termes. Si le RU provoque une hausse des salaires réels supérieure aux gains de productivité, cela se traduira par un choc négatif d’offre, c’est-à-dire baisse du taux de marge des entreprises, avec un risque de baisse de l’investissement et contraction de la demande de travail de la part des entreprises. Toutefois, dans un contexte à fort taux de chômage tel que nous le connaissons, l’hypothèse la plus probable serait plutôt que les salaires de première embauche stagnent. Le risque serait alors de voir diminuer la motivation des jeunes sans emploi et des chômeurs de longue durée de retourner sur le marché du travail. La critique du revenu universel pourrait s’interroger sur ces deux points, plutôt que de se centrer sur une approche purement comptable.

Abdelkader Slifi, économiste. 


[1]http://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_garantie_jeunes.pdf

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le ministre Éric Dupond-Moretti est renvoyé devant la Cour de justice
Éric Dupond-Moretti devient le tout premier ministre de la justice en exercice à être renvoyé devant la Cour de justice de la République pour des faits commis dans l’exercice de ses fonctions. Le garde des Sceaux est accusé de « prise illégale d’intérêts » après avoir fait pression sur plusieurs magistrats anticorruption.
par Michel Deléan
Journal
Au moins 25 % des chômeurs ne réclament pas leur allocation
Entre 390 000 et 690 000 personnes ne demandent pas d’allocation chômage alors qu’elles y ont droit, soit de 25 % à 42 % de taux de non-recours, essentiellement chez les plus précaires. Des chiffres communiqués au Parlement par le gouvernement.
par Cécile Hautefeuille
Journal — France
« Ruissellement » : la leçon de Londres à Emmanuel Macron
Le gouvernement britannique a dû renoncer ce lundi à une baisse d’impôts sur les plus riches sous la pression des marchés. Une preuve de la vacuité du ruissellement auquel s’accroche pourtant le président français.
par Romaric Godin
Journal — France
Sélection à l’université : « Quand réfléchit-on au droit à la réussite ? »
Des écarts scolaires qui se creusent avant le bac, un financement inégalitaire dans le supérieur et un régime de plus en plus sélectif symbolisé par Parcoursup : la « démocratisation des savoirs » prend l’eau, s’inquiètent les sociologues Cédric Hugrée et Tristan Poullaouec, dans leur livre « L’université qui vient ».
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Voix d'Iran - « Poussez ! »
À ce stade, même s'il ne reste plus aucun manifestant en vie d'ici demain soir, même si personne ne lève le poing le lendemain, notre vérité prévaudra, car ce moment est arrivé, où il faut faire le choix, de « prendre ou non les armes contre une mer de tourments ».
par sirine.alkonost
Billet de blog
Artistes, écrivains et journalistes iraniens arrêtés
Une traduction de la chanson « Barayé » (Pour...) du chanteur Shervin Hajipour, arrêté le 29 septembre.
par Mathilde Weibel
Billet de blog
Appelons un chat un chat !
La révolte qui secoue l'Iran est multi-facettes et englobante. Bourrée de jeunesse et multiethnique, féminine et féministe, libertaire et anti-cléricale. En un mot moderne ! Alors évitons de la réduire à l'une de ces facettes. Soyons aux côtés des iranien.nes. Participons à la marche solidaire, dimanche 2 octobre à 15h - Place de la République.
par moineau persan
Billet de blog
Iran - Pour tous les « pour »
Les messages s'empilent, les mots se chevauchent, les arrestations et les morts s'accumulent, je ne traduis pas assez vite les messages qui me parviennent. En voici un... Lisez, partagez s'il vous plaît, c'est maintenant que tout se joue.
par sirine.alkonost