Questions françaises

En ce deuxième jour de rentrée, on pourrait s'inquiéter des conditions de début d'année scolaire de milliers d'élèves et d'enseignants qui ont vu leur ministre changer, il y a une petite semaine. le ministère peine à recruter le nombre d'enseignants prévus, la nouvelle ministre en charge essuie une campagne de dénigrement aux relents nauséabonds, différentes villes s'insurgent contre la réforme des rythmes scolaires, allant jusqu'à affirmer, comme Claude Gaudin à Marseille, que cette réforme ne serait pas appliquée. On pourrait s'interroger aussi sur la façon dont le gouvernement envisage de lutter contre le chômage, quand le ministre du travail déclarait hier vouloir faire la chasse aux soi-disant fraudeurs. Dans un contexte social largement fragilisé par les déclarations d'amour tonitruantes du premier ministre à l'égard des plus libérales et des plus puissantes des entreprises françaises, faire reposer la faute du chômage sur le dos des chômeurs (les supposant paresseux et profiteurs du système) est lourd de sous-entendu. Le modèle économique néo-classique, fondement de l'économie libérale (on parle aussi d'économie de marché) parle non pas de chômage mais de chômage volontaire: c'est à dire que sont chômeurs ceux qui se retirent volontairement du marché du travail, car les salaires proposés sont trop bas. Il suffirait que ces salaires soient acceptés pour qu'il n'y ait plus de chômage, ce qui fait d'ailleurs dire à certains analystes, qu'il n'y a pas de chômage dans le modèle néo-classique. Dans une première étape, notre ministre du travail s'est demandé si les chômeurs "cherchaient bien un emploi" sans vraiment préciser de quel emploi il s'agissait: correspondant à leurs compétences? à leurs attentes en termes de salaire ou conditions de travail? De là à ce qu'on exige des chômeurs qu'ils acceptent n'importe quel emploi, à n'importe quel salaire, il n'y a qu'un pas à franchir, qui avait déjà tenté bien des gouvernements. Le tollé provoqué par les propos de Rebsamen ont momentanément enterré l'affaire: mais jusqu'à quand?

Mais il faut bien reconnaitre que ce qui agite aujourd'hui le landernau politique et les médias qui l'observent, ce n'est ni l'école, ni le chômage, mais le roman à l'eau de rose publié par une femme éplorée (toujours?). D'après ces experts de la vie des nations, ce qui va définitivement provoquer la chute du Président de la République, ce n'est pas la politique suréaliste menée par le gouvernement actuel (réduire drastiquement les dépenses publiques quand on est en déflation, faire des cadeaux fiscaux à de grandes entreprises pour l'essentiel peu innovantes et ce, sans exigence de contrepartie), ce n'est pas une politique européenne tâtonnante, faite de rotomontades et d'incapacité face au monopole Merkel, non, c'est la révélation de secrets d'alcôve peu ragoutants. Les différents journaux nous expliquent en détails comment l'ex-presque couple présidentiel a vécu le choc de la "nouvelle Gayet", chacun assis d'un côté du lit, le côté où il avait l'habitude de dormir nous précise t-on (ah bon? Peut-être que s'ils avaient changé de côté, les choses se seraient mieux terminées?).  V. Trieweiler aurait été régulièrement humiliée, son Président d'amant lui expliquant par exemple que tout ce qu'on lui demandait "c'était d'être belle". 

Je veux bien croire que F. Hollande soit un machiste de première (lui prêtant là les caractéristiques moyennes de son groupe social, pour reprendre le vocabulaire des spécialistes des analyses du genre). Mais c'est aussi quelqu'un qui a promu des jeunes femmes à des postes importants dans ses différents gouvernements. Je me fous complètement de ce qui a pu se passer entre lui et Mme Trieweiler, qui doit ressembler furieusement à ce qui se passe au sein de beaucoup de couples, entre passion, fusion et exaspération. 

 Je n'ai plus envie d'entendre parler de bêtises quand l'Europe et la France sont sur le point de brûler. Je n'ai pas envie d'être salie par les histoires d'alcôve des autres. Ma vie privée me passionne bien plus que celle de F. Hollande et j'imagine que nous sommes des millions dans ce cas. 

Mesdames et messieurs les journalistes, s'il vous plaît, parlez-moi d'économie, de politique, de société: s'il vous plait, parlez-moi de moi. 

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