On peut se faire importuner dans le métro, mais pas à la station la Chapelle.

Il est naturel que la femme libérée se fasse importuner, mais pas par n'importe qui, pas n'importe où. En résumé, on peut se faire "frotter" dans le métro, mais pas à la station la Chapelle. C'est du moins ce qu'on peut penser en analysant les différentes prises de position d'Elisabeth Levy, sur la question des femmes et du harcèlement.

100 progressistes (dont Elisabeth Levy, de Causeur) ont écrit il y a peu et dans le Monde, que c'était quand même trop cool de se faire harceler, frotter -surtout dans le métro et surtout quand c'est bondé, que ça pue et que tu dors debout (non, ça c'est moi qui le rajoute). Elisabeth Levy, c'est celle qui il y a quelques mois s'horrifiait du harcèlement que pouvaient subir les femmes dans le quartier Chapelle-Pajol (Paris 18ème). "Les femmes sont en première ligne du choc des civilisations " confiait-elle au FigaroVox, revenant aussi et lourdement sur ce qu'elle appelle "l'affaire de Cologne". Il semblerait naturel que la femme libérée se fasse importuner, mais pas par n'importe qui, pas n'importe où. En résumé, on peut se faire "frotter" dans le métro, mais pas à la station la Chapelle. 

Bien sûr, depuis lundi, de nombreuses femmes très intelligentes (Michelle Perrot, Caroline de Haas, et bien d'autres), ont répondu très intelligemment,  renvoyant  nos 100 héroïnes à leurs taxis ou leurs chauffeurs privés.

Personnellement, la question que je me pose vraiment, c'est pourquoi le Monde a accepté de publier un tel recueil d'ignominies. Est-ce pour prouver à Emmanuel Macron que ce journal si sérieux peut lui aussi promouvoir des fake news? Il est en effet écrit: "On nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices". Qui nous intime de nous taire? Qui nous dit de cacher ce qui fâche? J'avais pourtant cru comprendre que ce qui fâchait, c'était ce que nous ne taisions plus. 

Continuant la lecture de l'article, il nous est difficile de retenir une larme quand vient l'histoire des malheureux harceleurs, dénoncés sur twitter et en passe d'être licenciés à cause de ça. J'ai eu beau chercher sur le web, aucun article ne relatant un quelconque licenciement suite à une dénonciation n'est sorti. Nos héroïnes, emportées par leur grand élan altruiste n'auraient-elles pas confondu victimes de #metoo et victimes de la loi travail? Combien y a t-il eu de dénonciation personnalisée? Il semblerait très peu, mais très peu c'est encore trop pour nos libératrices de la gent masculine.  

 Peut-être que le Monde en publiant cette tribune cherche simplement à s'accorder à l'air du temps, qui pue vraiment et pas seulement à cause des vieux camions diesel.  D'ailleurs, en parlant de camions diesel, pas loin de l'agitation déployée pour défendre les frotteurs, s'agitait aussi un autre groupe social, celui des automobilistes réclamant leur droit à conduire vite, bourrés et à se garer tout pareil. On pourrait imaginer des liaisons dangereuses, des rencontres à toute vitesse, pleines de frottements et de grincement d'acier. La liberté d'importuner serait totale, entre sifflements de drague, cris d'insultes à l'égard des coincées qui ne répondraient pas, grincements de frein et vrombissements de moteur.

Progressistes de tout bord, unissez-vous, euhh, je veux dire, frottez-vous, mais s'il vous plait, fichez-nous la paix!

 

 

 

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