Vote de confiance : l’abstention et après ?

Mardi 16 septembre après-midi,  une trentaine de frondeurs  se sont abstenus, lors du vote de confiance à l’assemblée nationale.  Ponce Pilate modernes, ils se sont lavés les mains du sort de la France, expliquant  comme par exemple Mathieu Hannotin qu’il allait s’abstenir car  « Nous avons besoin d’un rééquilibrage, il aurait fallu annoncer des mesures fortes… » ou comme Pascal Cherqui que «Cette politique ne produit pas de résultats et divise la gauche…. ».  Ainsi, le gouvernement Valls va continuer de bric et de broc une politique que l’on peut sans exagérer qualifier de droite (énormes avantages fiscaux donnés aux entreprises sans demande de garanties, durcissement de la politique de l’immigration, stigmatisation des chômeurs et atteintes aux droits du travail) en faisant face à la fois à un rejet de la classe politique de droite (UMP et UDI ont voté la défiance à l’unanimité) et à une indifférence affichée d’une partie de la gauche (qui n’adhère ni ne rejette).

L’argument principal avancé par les frondeurs pour justifier leur attitude est qu’ils « ne tiennent pas à changer de majorité ni de gouvernement »  Donc, beaucoup d’entre eux n’hésitent pas à dénoncer un gouvernement qui ne leur parait pas fiable (divise la gauche, mène une politique inefficace etc. ) mais ne veulent surtout pas en changer.  Cette attitude confuse risque de faire plus de mal que de bien, tant au pays qu’à ce même gouvernement qu’ils décrient si fort mais cherchent tant à protéger. Partant avec une piètre majorité (seulement 269 voix contre 306 lors du dernier vote), le gouvernement Valls n’aura d’autre choix bien souvent que de passer en force, imposant les réformes les plus impopulaires par décret (le fameux article 49-3).

Manuel Valls, aussi brillant qu’il soit, se trouve maintenant acculé à un dangereux numéro d’équilibriste, moqué par la droite et le Medef (la déclaration de Pierre Gattaz à la veille du vote de confiance constituait une extraordinaire provocation) et rejeté par une partie de sa majorité qui, sans même se donner la peine d’exprimer clairement sa méfiance, se contente de s’abstenir. D’ailleurs jusqu’à quand s’abstiendront-ils ces fameux frondeurs ? Comment justifieront-ils leur présence à l’assemblée ? Vont-ils cesser de siéger, se contentant de quelques déclarations fracassantes et continuant à toucher leurs émoluments de  députés ? Ou vont-ils continuer à jouer le jeu, votant loi après loi, mesure après mesure, pour une politique qu’ils rejettent ? Dans les deux cas ils ne pourront que décrédibiliser et leur mouvement, qu’une partie de la France observe depuis quelques mois avec espoir et la classe politique dans son ensemble, renvoyant une image d’inconstance dont les Français ont la nausée.

Un internaute écrivait sur twitter dans la soirée de lundi « et que les abstentionnistes d’aujourd’hui ne viennent pas donner des leçons aux électeurs qui s’abstiendront lors des prochaines élections ». Ce n’est effectivement pas un très bel exemple que nous ont donné les frondeurs cet après-midi, entre manque de courage et inconséquence politique. A court terme, ils ont peut-être réussi à éviter une dissolution, mais à quel prix? 

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