24 heures avant d'aller voter.

Dans une campagne électorale qui tenait plus de Verdun que des nymphéas, être idéaliste s'est avéré une faute majeure.

 

Voilà plusieurs semaines que je m'interroge. Comme beaucoup d'électeurs me direz-vous: enfin, surtout comme beaucoup d'électeurs potentiels de Benoit Hamon. Beaucoup de copains se sont déjà ralliés au "vote utile" même si la notion d'utile n'est pas la même pour tous, puisqu'il y a ceux qui rallient Mélenchon et ceux qui rallient Macron. Certains vont être plus utiles que d'autres mais on ne sait pas encore lesquels. Ce qu'il y a de sûr, c'est que voter Hamon ne va pas être très utile, ou alors je cesse définitivement de croire à la statistique. 

J'étais convaincue jeudi: je voterais pour mon candidat de prédilection et voterais bien sûr contre la crétine blonde ou le voleur/ menteur au second tour. Puis jeudi soir, il y a eu le meurtre de ce pauvre policier sur les Champs et les deux immondes qui s'en sont gargarisé.....Risque qu'ils soient tous les deux au second tour et dans ce cas, je fais quoi?

Réveillée tôt ce matin, j'épluche soigneusement tous les sondages: les Français, les pas Français les pro du Big data, les classiques mais avec des panels élargis....J'ai l'impression que Macron devrait s'en sortir sans moi (pour Mélenchon, ça m'a l'air plus mal parti), me voilà rassérénée, je voterai pour qui me plait. Puis je tombe sur un entretien avec Jean-François Laslier dans Mediapart. Voilà, le conseiller qui me faut, JFL est une vraie référence en matière de sondages. Las, deux pages pour nous expliquer... que même lui ne sait rien.

A cette heure-ci, j'en veux à Benoit Hamon. Je lui en veux de ne pas avoir su mener campagne, je lui en veux d'avoir commis de telles erreurs stratégiques, de ne pas avoir su s'entourer, de s'être ridiculisé le soir du 1er débat, juste parce que (ni lui, ni son équipe) n'avaient pensé qu'on n'affronte pas un moment aussi important d'une campagne après avoir fait un meeting de 4 heures face à 30 000 personnes. Je leur en veux de n'avoir pas compris qu'une campagne se faisait aussi sur les réseaux sociaux. Quand les tweets de Mélenchon sont RT entre 2000 et 3000 fois, ceux de Hamon le sont, au mieux, quelques dizaines de fois. Je lui en veux d'avoir passé un mois à courir après Mélenchon, alors qu'il suffit d'avoir écouté ce candidat et ses Insoumis pour comprendre que 1) les divergences, notamment concernant l'Europe étaient bien trop importantes pour permettre un accord 2) la dynamique de soutien autour de Mélenchon, focalisée sur sa personne et hostile aux autres candidats (définition du Politoscope, https://politoscope.org/)  ne pouvait se transférer à un candidat pour lequel les idées et le programme comptaient bien plus que l'individu. 

Benoit Hamon s'est enfermé dans son utopie, croyant qu'un bon programme et des intellectuels sexy en conseillers, gagneraient sur les querelles partisanes, sur les égos démesurés de ses concurrents PS, sur le culte de la personnalité développé par Mélenchon.

Le Politoscope https://politoscope.org/  qualifie Hamon et ses militants d"idéalistes". Sur twitter, ils constituent la communauté qui dit le moins de mal des autres, parle le moins de son candidat, discutant essentiellement idées et programmes. Dans une campagne électorale qui tenait plus de Verdun que des nymphéas, être idéaliste s'est avéré une faute majeure. 

Je ne sais toujours pas ce que je ferai demain. 

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