Le revenu universel, mais pour quoi faire?

Le Revenu Universel exigerait des transferts financiers importants mais son coût serait inférieur à ce qu’on veut prétendre. Ces avantages sont nombreux: relance du pouvoir d’achat, meilleur pouvoir de négociation pour les plus précaires, soutien à la formation continue, meilleure protection des jeunes. Par le biais de l'imposition à la source, son mode de financement peut être maîtrisé.

Quelques réflexions sur le revenu universel.

  

Une bataille fait rage autour de la proposition du candidat Benoit Hamon, de mettre en place un revenu universel, si jamais il remportait les présidentielles. Arnaud Montebourg notamment, alors qu’il en avait à un moment envisagé la possibilité a porté une charge violente contre cette proposition, la qualifiant d’irréalisable. «Le revenu universel est dans le champ stratosphérique de l'irréalisme » affirmait-il il y a peu, expliquant que cette mesure ne pourrait être financée qu’à travers un superprélèvement, obligeant à augmenter de 50% les impôts de tous les Français.  Et de préciser que «le revenu universel coûterait entre 300 et 600 milliards d'euros par an : 300 milliards d'euros, c'est déjà le budget de l'État!».

 

Ces chiffres mériteraient néanmoins quelques justifications. Effectivement, un Revenu Universel allouant 750€ à 50 millions d’individus de plus de 18 ans coûterait 450 milliards d’euros par an, ce qui est l’équivalent du budget actuel. Mais on sait aussi que les recettes fiscales représentent à peu près 70 % du budget actuel. Bien évidemment, l’impôt levé sur des revenus supérieurs (puisque chaque citoyen majeur toucherait 750€ en plus, à revenu perçu par ailleurs constant) assurerait un montant de prélèvements plus important.  Ainsi donc, le budget de l’Etat serait bien supérieur à 450 milliards d’€. Un impôt progressif tel qu’il se pratique actuellement en France permettrait même de récupérer plus que les montants distribués, au moins sur les revenus supérieurs.

Le revenu universel qui viendrait remplacer des allocations déjà existantes comme le Revenu de Solidarité Active (RSA) ou les allocations logement n’aurait pas en fait un coût de 450 milliards d’€, par rapport au système passé. En 2013, 34 milliards d’€ ont été dépensés pour le RSA par les départements, 13 milliards d’€ pour les allocations logement, 2 milliards d’€ pour Le complément (optionnel) libre choix d’activité, 7, 5 milliards d’€ pour l’allocation Adulte handicapé, 4, 5 milliards d’€ pour L’assurance vieillesse des parents au foyer etc. Ces allocations fragmentées, pas toujours faciles à obtenir pour les bénéficiaires (on sait par exemple que seuls, 60% des personnes pouvant bénéficier du RSA en bénéficie réellement) sont aussi extrêmement coûteuses et requièrent les compétences de nombreux services et personnels. Certes le Revenu Universel exigerait des transferts financiers importants mais son coût, certainement non négligeable, ne serait pas à la hauteur de ce qu’on veut prétendre.

Du côté des avantages, ils sont nombreux. Au-delà de la relance directe du pouvoir d’achat (qui ne pourrait être que bénéfique dans la situation de dépression dans laquelle nous sommes), Daniel Cohen a souligné récemment à quel point le revenu universel redonnerait du pouvoir de négociation aux emplois les plus précaires. Il permettrait certainement de multiplier les emplois partiels, ce qui reviendrait à mieux partager le travail entre les différents citoyens et donc, pourrait avoir une action positive contre le chômage.

Avec l’opposition au RU, on touche plutôt à un argument fondamental d’organisation sociale. Le revenu universel risquerait d’ébranler la valeur fondatrice de notre société, qui est bien la valeur travail, valeur largement défendue par le candidat Montebourg, avec le peu de succès que l’on sait.  

Nombreux sont ceux qui craignent que nos concitoyens ne se prélassent au soleil, tels des bergers d’Arcadie, en comptant sur le revenu universel pour assurer leurs besoins fondamentaux. Mais quel sens cela a-t-il de rêver désespérément du plein emploi, quand depuis 1982, le chômage n’est plus  repassé en dessous des 8%, atteignant des taux vertigineux pour les plus jeunes et/ ou les moins qualifiés? Comment espère-t-on lutter durablement contre le chômage, quand on prévoit une destruction massive d’emplois dans les 20 ans qui viennent, sous le double effet de la désindustrialisation et des nouvelles technologies ?

 L’instauration du revenu universel devrait permettre aux plus jeunes de prendre le temps dont ils auront besoin pour étudier, aux moins formés de réintégrer des cursus de formation continue, aux demandeurs d’emploi de mieux chercher l’emploi qui leur correspondra. En valorisant les activités non marchandes dans la société (réseaux sociaux, trocs, aides intergénérationnelles..), il permettra indirectement la création de certains emplois, en libérera d’autres. Avec l’imposition à la source qui se met en place, il ne s’agira pas de déverser des centaines de milliards d’€ sur des populations avides mais de moduler les revenus de chacun, sur un principe proche de l’impôt négatif (ou positif, selon sur quelles tranches de revenu l’on se trouve). 

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