GAUDIN IV vs ECOLE PUBLIQUE : la mise à sac continue !

 

Les premières « affaires» scolaires de l’ère Gaudin IV inscrivent cette nouvelle mandature dans une inquiétante continuité pour les minots marseillais. La gestion municipale de l’Ecole Publique de la deuxième ville de France est largement controversée et depuis longtemps. Elle  déverse à nouveau, ces derniers jours, son flot habituel de cynisme.  Obstruction à toute concertation, opacité des dossiers, autoritarisme des décisions, flirt avec l’anti-républicanisme et revendication obtuse d’une singularité marseillaise, singulièrement peu progressiste… Oui, qu’on se le dise vite et bien, on est repartis pour 6 ans avec tout ça !

Pour 6 ans, et ça risque d’être du lourd, depuis le temps que ça pèse !  Pourtant, l’adjointe au Maire en charge des écoles, Danièle Casanova, reconduite dans ses fonctions, a, si j’ai bien compris le trombinoscope de la « nouvelle » équipe municipale, pris du galon : passée au rang de 15ème adjointe, alors qu’elle était reléguée à la 28ème place sur 29 lors de la précédente mandature, on pouvait espérer y voir le signe d’une reconsidération de l’école publique et d’une prise en main enfin volontaire et responsable des dossiers graves qui minent le quotidien scolaire de la deuxième ville de France. Mais ces derniers jours, le refus de la Grande Frondeuse de Marseille (la Mairie, hein, note de la rédaction) le refus, donc, de mettre en place la réforme des rythmes scolaires, plus quelques nouvelles « affaires qui sortent »  donne le la de cette nouvelle et déjà si vieille équipée « barbare »[1]. Ils indiquent aussi et surtout la poursuite revendiquée de la grande braderie de l’Ecole Publique marseillaise, qui s’organise, dans une quasi indifférence générale, depuis longtemps. Personne n’est dupe, pourtant, quant à la « désinvolture » assumée de ces édiles dans la prise en charge de l’Ecole Publique à Marseille. Personne n’est dupe quant aux répercussions de cette gestion sur les enfants en difficulté, qui ont besoin de croire en l’école, d’aller à l’école. Et faut-il rappeler que Marseille en regorge, de ces enfants ? Alors, la question est : que faire, que faisons-nous, contre cette gestion et ces discours, dans cette ville à la traîne, avec son école qui décroche, qui charrie de plus en plus de gamins décrocheurs, de plus en plus jeunes … Ces petits décrocheurs qui passionnent tant en ce moment nos hiérarques de l’EN, des ministres aux petits inspecteurs, férus, en ces temps de manque et de manquements aux Humanités, de pédagogies raccrocheuses, « innovantes » forcément, dont les enseignants ne voient pas le bout du nez d’une formation continue… Ca décroche à Marseille ? On raccrochera et on va mettre le paquet ! Vous allez voir ce que vous allez voir… On a des idées… Ben, voyons… En attendant, où est la prévention, où est la coordination, où sont les mots et les actes surtout pour parer les attaques portées par la Mairie contre les écoles primaires dont elle a une charge importante, ces attaques qui altèrent de toute évidence le contrat éducatif que ces écoles doivent mettre en oeuvre. La Mairie brade nos écoles, elle brade l’idée de l’éducatif, elle brade le goût de nombre d’enfants de s’éduquer, d’être éduqués[2], elle brade le goût de nombre d’éducateurs d’éduquer, ce,  en toute impunité. Que faire ?

Que faire ? Chto dielat’ [3], comme disait l’homme de rien russe, l’Oblomov inutile et magnifique, l’Oneguine désabusé, le lichnyi tchiloviek… Sommes-nous ces hommes-là ? Non, nous avons des enfants, nous les avons faits. Allons au bout de nos actes.

L’Ecole publique à Marseille, donc… une priorité pour Monsieur Gaudin ? Allons donc…

Tenez, les deux petites affaires de cette semaine, en amuse-gueule…Tout d’abord, comme le site Médiapart en faisait état la semaine dernière[4], une enquête  est en cours actuellement, sur une subvention à hauteur de 250 000 euros, accordée par la Mairie à une école confessionnelle du 7ème secteur, pour construire un beau gymnase dans cette école privée. Outre l’opacité du montage financier,  sur lequel la justice se prononcera, on ne peut vraiment que se désoler de ce que signale ce projet dans un secteur où la Mairie Centrale a laissé, parallèlement, péricliter la plupart des équipements sportifs du 7ème secteur, un des quartiers Nord de la Ville : « piscines fermées du jour au lendemain, stades impraticables, gymnases vieillissants aux plafonds effondrés, vestiaires insalubres, etc. En 2012, la Ville n’a par exemple alloué que 563 000 euros de crédits sportifs pour les 155 000 habitants de ces deux arrondissements. Et pour l’ensemble des 285 000 habitants des quartiers nord, qui regroupent cinq arrondissements, il ne subsiste plus que quatre piscines selon Le Monde[5] ». Cet état  des lieux a été dénoncé par le maire de secteur d’alors, Garo Hovsépian [6], sans grands effets, le périmètre de compétences des maires de secteurs étant très réduit à Marseille…Et le Garo n’aura même plus loisir de jouer le rôle d’alarme citoyenne, il a été délogé par Ravier, du Front National, nouveau maire d’un secteur vécu par beaucoup de ses habitants comme une terre de désolation… Et oui, c’est ce même secteur qui a atterri, le 23 mars dernier, dans le panier à crabe du FN…  qui fait son beurre, on le sait, du démantèlement des services publics de proximité et du clientélisme… les gamins n’ont rien pour s’ébrouer, que la rue. Ils doivent y être bruyants, sous tension … En classe, ça doit être agité… Les parents, les voisins, les enseignants[7], eux, vont voter. CQFD.

L’école à Marseille, cette semaine, c’est aussi la diffusion par la communauté éducative de l’Ecole primaire National, dans le 3ème arrondissement, du rapport édifiant et accablant de la commission CHSCT[8] quant à l’état de cette école. Lisez-le, vraiment - en pièce jointe ici même!  Il y a du texte et de belles photos, qui distrairont votre œil blasé… Les parents de cette école, mobilisés ce lundi 5 mai avec collectifs, associations, ont relayé les insupportables manquements aux règles élémentaires d’hygiène et de sécurité auprès des services municipaux et réclament la fermeture de cette école indécente.  Toujours sans réponse la veille de la mobilisation … comme toujours, à Marseille… Qu’en est-il de cette école, qui n’est pas une exception, loin s’en faut : « pas d'accès pour les pompiers, pas d'issues de secours aux normes, pas d'accès pour les personnes handicapées, aucun garde-corps et protections au niveau des fenêtres, cour de récréation trop petite (prévue pour 5 classes maximum – il y en a 18), préau trop petit et trop sombre, points d'eau insuffisants, nombre insuffisant de toilettes (enfants et adultes), classes trop petites pour le nombre d'élèves, réfectoire de la cantine trop petit pour le nombre d'enfants, nuisances sonores constantes (boulevards, travaux...), insalubrité des locaux : fuites d'eau , moisissures, insectes, cafards dans les casiers des enfants, rampants, pigeons morts dans les faux plafonds, absence de porte-manteaux dans des couloirs adaptés, dysfonctionnement du chauffage (thermostats des radiateurs cassés) ». Dans de nombreuses écoles, le même constat… Bien sûr, toutes les écoles ne se ressemblent pas. Du 8ème au 1er arrondissement, ce ne sont pas les mêmes locaux, pas les mêmes espaces, pas la même lumière, pas les mêmes infrastructures. Pas les mêmes enfants non plus, ni les mêmes parents, ni les mêmes électeurs. Pas les mêmes histoires d’école, de langue, pas les mêmes trajectoires. Pas la même réactivité des uns et des autres. Mais dans une très grande proportion d’écoles, c’est compliqué. Qu’y vivent les enfants[9] ? Qu’ont-ils envie d’y vivre, dès leurs premiers pas à l’école ? Etonnez-vous que certains, déjà en difficulté chez eux, ne s’y (re)connaissent pas, ne s’y (re)trouvent pas, préfèrent la rue, même la rue du fini-parti marseillais, autre singularité marseillaise là-encore, la rue des poubelles qui dégueulent la consommation courante et frénétique, la rue des rats qui s’en pètent la rate des petits arrangements locaux… C’est pas grave, ces gamins dans les rues, dans le secondaire, je le redis, on débloque des fonds pour le raccrochage scolaire. C’est la nouvelle Passion de l’Education Nationale… Faut l’entretenir, la nourrir, la gaver, elle aussi, comme les rats… Alors, courez dans la rue, les enfants, on vous récupérera, on vous raccrochera, on n’a que ça à faire, à l’EN…

 

Attentisme, frilosité, discours sucrés, peu suivis d’actes bien salés, de belles babeluttes[10] comme on en mange aux antipodes ! et les vieilles chapelles, pusillanimes et névrosées, d’un monde éducatif en ordre, certes bien moral, mais dispersé : il faut en parler. Qu’attendons-nous pour nous coordonner ? Car de nombreux acteurs de la communauté éducative veulent changer les choses. En tout cas le disent. Mais rien ne se coordonne. Des mobilisations d’école, trop isolées, ont lieu régulièrement, au gré des scandales et dysfonctionnements qui s’enchaînent. Des initiatives, vraiment trop isolées là encore, comme celle d’un enseignant [11] qui refuse l’imposture et qui sait bien qu’il ne peut pas mener à bien ses missions éducatives, se font pour alerter et rappeler à leurs responsabilités, la Mairie mais aussi l’Inspection Académique bien sûr. Qui nous fait, elle, le coup de la Grande Muette. Martiale, menaçante pour les gentils enseignants qui ne se contentent pas d’obéir dans la souffrance[12] et bien fermée au dialogue… Peu de réponse aux courriers des parents, d’ailleurs, les inspecteurs de l’EN… A bon entendeur, même muet… Salut ! Pourtant, à Marseille, existent, résistent des antennes de dialogue et d’informations, comme Mille Babords[13], On n’est pas des Sardines[14]. Marseille fourmille de structures et de possibilités de liens ! Des radios locales concernées et engagées qui ne demandent qu’à relayer[15]. Des associations et collectifs, dont les derniers nés La Coordination des Parents d’Elèves du 13[16], le Collectif des Quartiers Populaires de Marseille (CQPM)[17], le collectif Dz (Des aides pour les écoles)[18], ou encore des centres sociaux en contact avec les écoliers et les familles[19], tous tentent d’alerter, chacun à leur manière[20], et c’est un bien, et c’est un mal car rien ne se rejoint, des dysfonctionnements majeurs de la gestion municipale. La gestion calamiteuse des travaux, le transfert opaque des budgets, l’indifférence à l’hygiène des tout petits (pénurie organisée de papier toilette, par exemple), des locaux inadaptés et insécurisés, un accès empêché aux informations pour les enseignants, les associations comme pour les parents, un cadre périscolaire fortement inégalitaire et non structuré, l’encadrement insuffisant, avec des ATSEM disqualifiées dans leurs missions, des apprentissages malmenés forcément, tous ces éléments sont connus, répertoriés, prouvés, dénoncés, par beaucoup, sans effet jusqu’à présent… Des propositions concrètes, chiffrées sont étudiées, avancées par des communautés éducatives inquiètes et qui se veulent concernées mais qui ne se rassemblent pas, ne se trouvent pas.  La demande d’une concertation minimale, comme la proposition exemplaire d’un comité paritaire faite par la Coordination des parents d’élèves du 13 dans son Grenelle des Ecoles de Marseille[21] - est jetée aux oubliettes par la Mairie[22] ? Qui relaie, qui ramène sa fraise, qui fait pression à la suite ? La Mairie Centrale, quand elle daigne répondre, ce qui est rare, rejette la responsabilité sur les mairies de secteur pourtant bien dépourvues de capacité d’actions, sur les élèves inciviques qui ne respectent rien, sur la pauvreté de la ville, sur des communautés[23] qui empêcheraient les cours de bien se dérouler, etc. C’est aisément contestable. Mais rien n’avance, les énergies se dispersent, sont ventilées. On se coordonne quand ? On fait lien quand ? On rhizome[24] quand, comme dirait l’ami Redon ?

 

Car cela risque fort de continuer ainsi… Et là, le traitement de la réforme des rythmes scolaires par la Mairie de Marseille est éloquent. On peut penser ce que l’on veut de cette réforme. Elle a deux mérites. Elle rappelle d’abord un fondamental : l’aménagement du temps scolaire doit se faire autour de l’enfant et de son développement[25]. La réforme des rythmes scolaires oblige également, dans ce qui semble un peu oublié par B. Hamon, ces derniers jours, à mobiliser tous les acteurs éducatifs autour d’un projet éducatif au sens large, le PEDT[26], elle oblige à faire le point, dans toute commune de France, sur l’encadrement, les locaux, les transports, l’accès aux différents lieux culturels et sportifs, les échanges entre partenaires éducatifs, ce qui signale aussi la possibilité du décloisonnement de l’école que d’aucuns ont plaisir encore à sanctuariser (depuis quand un sanctuaire donne à vivre et à conquérir, ouvre des chemins, envisage l’aventure ? un asile, un repli, une solitude, oui…) . C’est ce travail qui devrait se faire, qui s’est fait déjà dans 20% des communes, certainement celles qui n’avaient pas attendu cette réforme pour donner la priorité à l’éducation et à la penser globalement[27]. Les autres vont suivre, avec les ajustements consentis par le gouvernement. Toutes les communes ? Sauf Marseille bien sûr, Marseille Toute Puissante[28], « Marseille la belle, Marseille la rebelle, Marseille la métisse »[29] … Le mythe, quoi ! Marseille, enfin son équipe municipale, ne va donc pas faire le point sur la situation. Elle vient d’annoncer son refus d’appliquer cette réforme et vient  de voter en faveur d’un moratoire[30]. Bien sûr, les arguments sont de massue : « Roland Blum, adjoint au maire chargé des finances, a chiffré le coût de la réforme à « 25 millions d'euros », somme nécessaire pour recruter des animateurs dans les 445 écoles communales, renforcer le personnel municipal et organiser les activités. « Quand l'Etat impose aux communes une charge supplémentaire, il doit la restituer par ailleurs, ce qui n'est visiblement pas le cas », a dénoncé le sénateur-maire (UMP) Jean-Claude Gaudin, qui n'a jamais caché son hostilité vis-à-vis de cette réforme.[31] » En filigrane, ce qui apparaît, bien plus que la question du coût qui ne pèse pas lourd face à d’autres choix budgétaires pharaoniques de la Ville de Marseille, c’est que la ville n’a jamais investi à hauteur des besoins dans l’animation socio-culturelle, elle ne s’est jamais dotée d’un encadrement municipal digne de ce nom[32] et les activités éducatives marseillaises sont totalement désorganisées, des isolats valeureux au prorata de leurs difficultés quotidiennes et des menaces qui pèsent sur leur maintien. Le tissu éducatif à Marseille est malade. Et depuis longtemps. C’est la sclérose. Cette sclérose est bien entretenue d’ailleurs, sur le plan de l’encadrement, par le syndicat majoritaire FO, qui, une nouvelle fois, ce lundi 28, jour du Conseil Municipal, s’est distingué par son art de prendre en otage les débats et en reprenant gaillardement  son statut de co-gestionnaire avec la Mairie. « Quelques centaines d'agents territoriaux Force ouvrière (FO) des écoles ont manifesté avant le conseil municipal pour dire leur opposition à la réforme. Joint par l'AFP, Patrick Rué, secrétaire général du syndicat, craint que sa coûteuse mise en œuvre fasse « passer à la trappe les revendications salariales » et affecte le recrutement. Il prédit également « une surcharge de travail pour les agents » qui, en outre, « ne veulent pas travailler le mercredi [33]». A quoi joue FO ? Quand on sait que les agents dans les écoles sont en nombre insuffisant, affectées à des multi tâches, déplacées d’établissement en établissement, les Atsems rarement en classe en accompagnement éducatif mais plutôt au nettoyage ou à la surveillance[34], que FO, syndicat majoritaire, a accepté le recours à des Asic, personnel très précaire, pas formé, sans perspective de formation, pour colmater les failles de cet encadrement municipal… Où sont les revendications salariales portées par ce syndicat ? Quand les agents de ce syndicat s’expriment-elles librement sur leurs conditions de travail ? Les avons-nous vues, nous, parents, enseignants, lors de manifestations devant les écoles ou devant la Mairie ? L’omerta. Poser la question d’une réforme, c’était aussi mettre leurs conditions de travail et de formation à Marseille sur la table et c’était nécessaire. Mais FO a visiblement d’autres soucis en tête. Botter en touche et ne rien faire, c’est la stratégie municipale depuis la mise en place de ce décret. Depuis 2012, rien n’a été fait par la Mairie, si ce n’est la mise en place d’un vague audit par KPMG qui n’a pour l’heure, abouti qu’à faire pousser des cris d’orfraie aux édiles UMP quant au coût, qui serait exorbitant, de la réforme et à leur faire agiter la menace d’une hausse d’impôts substantielle… Après s’être abritée derrière les élections municipales pour ne rien faire, en attendant de refiler éventuellement la patate chaude à des socialistes surestimés, l’équipe municipale reconduite dit non au décret. Au culot, et ça va passer, parions-le. Décret quasi inapplicable, c’est vrai, en l’état actuel des choses.  « A Marseille, le retard est tel dans le domaine (périscolaire) que la réforme est difficile à mettre en place", dit Annie Levy-Mozziconacci, conseillère municipale PS, très impliquée dans les affaires scolaires. L’Inspection Académique semble absente du débat, malgré le rôle central qu’elle était amenée à jouer dans la réforme. Quelques quartiers, comme l’Estaque, ont tenté de faire des propositions, un diagnostic local mais sans suite, on leur répond qu’il y a un cadre commun à respecter, et comme il n’a jamais été fixé… C’est l’absurde bien organisé. Un beau saccage et une école, des enfants qui s’installent décidément à la traîne des autres, à l’image de la ville. C’est peut être ça, la singularité de Marseille, si bien entretenue. On s’y complaît, comme dans ses petites odeurs…

Ubu rôde et règne dans cette ville. « A la trappe », les enfants ! Et « Madame sa Femelle »[35] fait des annonces[36]… Championne du décrochage scolaire, Marseille et ses édiles invoquent la misère, l’acculturation, le délitement des modes de vie dans les milieux populaires, fortement bigarrés… La Mairie a ainsi beau jeu de venir nous parler, ce même 28 avril, au Conseil municipal, « échec scolaire », d’ambitionner de le combattre…  Oui, imaginez-vous que, pour éviter d’être accusée d’anti-républicanisme par refus d’appliquer un décret républicain, elle avance un plan B,  qui consisterait à "doubler l'effort municipal de lutte contre l'échec scolaire", en instaurant des heures de soutien financées par la Ville, avec des enseignants volontaires, des retraités de l'Éducation nationale ou des étudiants payés en heures sup… Les « larbins de phynance », de notre Père Ubu, oui, c’est sûr, seront, là encore, à l’œuvre pour un petit aménagement bien à côté de la plaque : ce n’est pas un plan B qui est joué, ici, c’est la série Z de l’éducation … De l’art de noyer la sardine…et les bébés avec…  Que la Mairie mette à plat l’encadrement qu’elle organise, qu’elle occupe un moment les lieux éducatifs qu’elle « entretienth, qu’elle emprunte, donc,  les moyens de s’y rendre, dans ces lieux, les moyens logistiques de les faire se lier[37], dans un vrai projet éducatif auquel elle réfléchirait, qu’elle répertorie le matériel qu’elle met à disposition des écoles… Que les enfants, petits-enfants, plutôt, des élus, vivent les petits désastres quotidiens qu’elle autorise, voire encourage[38] … Qu’elle interroge principalement les pratiques éducatives que les enseignants ne peuvent pas mettre en œuvre dans ces conditions. Certains, peu, osent encore parler… Tous devraient. Et là, devraient intervenir l’Inspection Académique et les syndicats d’enseignants, avec force et autorité. Où sont-ils ? Les réunions polies à la Mairie, les manifestations polies devant la Mairie ne changent pas la donne. Quelles attentions portent les inspecteurs EN aux conditions de travail des inspectés? Quel projet éducatif portent les syndicats du primaire dans cette ville si exposée? Est-on enseignant pour soi ? Que font aussi les collectifs qui oeuvrent en petites chapelles au lieu de se coordonner ? A quoi bon se greffer sur un échéancier électoral, courir les réunions politiques des prétendants à l’alternance, le temps d’une campagne, pour se retrouver, au lendemain du scrutin, gros Jean comme devant, la même équipe municipale reconduite, renforcée en plus ?  Et que font les enseignants, les parents au quotidien? Pourquoi continuer, accepter, se dédire au quotidien, en laissant les enfants dans ça ? Pourquoi ne pas dire stop, ensemble, invoquer le droit de retrait, par exemple? Y a de quoi, je crois… Faire pression, exister, reprendre la main et les décisions, ne plus voir confisquer l’éducation et le bien-être des enfants.

Et construire une éducation « dans son acception la plus noble[39] ».  Quelle éducation, et en premier lieu, ce lieu qui nous rassemble tous, quelle école est proposée aujourd’hui à Marseille pour beaucoup trop d’enfants? Pour beaucoup, elle n’est pas un « chemin[40] », elle n’y est pas non plus une « aventure[41] », elle n’y est surtout pas une « conquête[42] », elle est trop souvent une multitude de diverticules où échouent trop d’enfants et où s’épuisent, en pure perte, des enseignants, des agents ; ces diverticules tristes s’appellent le dégoût, la crainte, l’ennui, le doute face à des « grands » qui laissent  faire, le renoncement à y croire, des enfants qui se carapatent comme ils peuvent de ce lieu démissionnaire et des adultes, enseignants, agents, parents, syndicats, qui y deviennent très vite aussi démissionnaires… La laideur et le reniement, la lâcheté, que les responsables en charge de l’Ecole montrent aux enfants de Marseille ne sont pas les chemins de l’enfance, ne sont pas les aventures de l’enfance, ne seront jamais des conquêtes d’hommes en devenir.

Les enfants et parents et enseignants de l’Ecole National, ce lundi 5 mai, refusent de démissionner.

 Et maintenant, et ensuite, et pour en finir avec ça, que fait-on?  Annie-Claude Jeandot[43]

 


[1] Un petit clin d’œil au « tamis barbare » qu’instaure l’école des « compétences » selon Miguel Benasayag in  « les défis de l’éducation  » :
http://www.youtube.com/watch?v=kUHTF-WHb4A

[2]  C’est quoi, au fait,  éduquer ? Tiens, je vous embarque sur les pas d’un homme qui se préoccupe des petits, tout petits et même des plus grands, un marseillais, en plus, P. Ben Soussan, qui sort un passionné et passionnant bouquin, Qu’apporte la littérature de jeunesse aux enfants ? Et à ceux qui ne le sont plus, Ed. Erès, 2014. A la  page 19, il nous indique un chemin : « Le terme éducation a pour racine latine dux, ducis (guide, chef) d’où ducere (conduire, commander) et les verbes educere (conduire hors de) et educare (élever – pour les hommes et les chevaux- former, instruire). Educare renvoie à nourrir, à la nourriture, et nous pourrions évoquer là le domaine de la puériculture : il s’agit de faire fructifier ce fruit fragile qu’est l’enfant, de le soigner, lui apporter une bonne nourriture (qui serait ici la somme des savoirs de notre humanité). En un raccourci formel, éduquer serait remplir, rassasier, gaver l’enfant, né vide et nu. Educere suggère que éduquer consiste à faire sortir l’enfant de son état premier, à faire sortir de lui, à éveiller ce qu’il possède virtuellement : l’éducation est un chemin, une aventure, une conquête. »

C’est drôle, une des dernières déclarations de D. Casanova portait sur les efforts considérables que faisait la Mairie pour nourrir, « gaver » ? les gamins sur le temps de cantine, et elle reconnaissait, presque contrite, reconnaissons-le lui, que ces efforts - de gavage- se faisaient au détriment d’une autre … éducation…

[3] En russe : Что делать?  Roman écrit par le philosophe, journaliste et homme de lettres russe Nikolaï Tchernychevski .Continue de faire des vagues, jusqu’aux rives marseillaises, aujourd’hui. Que faire ?

[4]   Voir sur le site de Mediapart : http://www.mediapart.fr/journal/france/280414/la-justice-enquete-sur-une-subvention-de-marseille-une-ecole-privee

[5] idem

[6]  Livre noir des équipements sportifs des 13 et 14 arrondissements de Marseille, Garo Hovsépian : www.snepfsu.net/equipe/docs/livre_noir_marseille_pdf_6081.pdf 

[7] Car de plus en plus d’enseignants sont tentés, par l’abstention oui mais aussi par le vote FN, qui change de stratégie vis-à-vis de l’école et des éducateurs. Collectif Racine, hmmm… y a bon le beau programme… Allez voir :  http://leplus.nouvelobs.com/contribution/793346-si-ca-continue-je-vais-voter-fn-a-ces-profs-qui-se-laissent-draguer-par-marine-le-pen.html

[8] Voir fichier joint sur le site de Mille Babords, http://www.millebabords.org/spip.php?article26012

[9] Entendre le témoignage de Miya, élève à l’Ecole National à Marseille, dans l’émission mensuelle L’école républicaine, le Diable n’est pas que dans les détails, lien de l’émission 17 décembre « Rythmes Haine Blues à l’Ecole, l’école mal dans ses murs »
http://www.radiogalere.org/node/5003 ou https://soundcloud.com/annieclaudejeandot/mission-17d-c-rythmescolaires

[10] Op. cit.

[11] Les actions et réflexions éducatives menées, avec le soutien des parents, par Erwan Redon, enseignant marseillais en maternelle, sont à relayer, de toute évidence… :

http://praticiens-chercheurs.3type.org/2014/03/la-vie-au-grand-air-effet-structurel/      

http://praticiens-chercheurs.3type.org/wp-content/uploads/2014/03/S%C3%A9curit%C3%A9-et-espace.pdf            

[12] et relayons aussi, malgré, ou plutôt même en raison de la pression exercée par la hiérarchie en lien avec la Mairie… et de beaux appels à la délation d’anonymes bien intentionnés, apparemment du cheptel bêlant EN… cette autre action que nous appelons de nos voeux ! http://www.marsactu.fr/societe/erwan-redon-eternel-rebelle-de-la-maternelle-31365.html

[13] http://www.millebabords.org/

[14] "sardines" <onestpasdessardines@millebabords.org>

[15] Comme Radio Galère et l’émission mensuelle L’école républicaine, le Diable n’est pas que dans les détails », op.cit,

[16] https://fr-fr.facebook.com/coordinationparentsdu13

[17] https://www.facebook.com/lecqpm

[18] https://fr-fr.facebook.com/Collectif.dz

[19]Comme le Centre Social L'Agora        https://plus.google.com/115702753445451825325/about?gl=fr&hl=fr

[20] Deux exemples d’initiatives :

Rapport et propositions « Grenelle des Ecoles Marseillaises », par la Coordination des parents d’élèves du 13

http://www.provenceducation.com/wp-content/uploads/2014/02/grenelle-des-%C3%A9coles-marseillaises.pdf                

Vidéos Collectif DZ, sur l’encadrement, les fournitures scolaires, l’apprentissage de la natation à Marseille, les sorties culturelles …. sont disponibles sur le lien http://cgteducaix.ouvaton.org/spip.php?article1116

[21] Op. cit.

[22]Un autre exemple de l’incommunicabilité avec la Mairie : le compte rendu de la rencontre en mars 2013 du Collectif DZ avec l’adjointe au Maire Danièle Casanova : http://www.sudeduc13.ouvaton.org/IMG/pdf/communique-DZ-mars.pdf

[23] Les Comoriens, par exemple… voir http://www.laprovence.com/article/actualites/2648594/gaudin-accuse-peillon-de-ne-pas-dire-la-verite.html

[24]  Voir le blog éducatif rhizome.3type.org/   RHIZOME. "Tout élément peut affecter ou influencer tout autre." (Deleuze & Guattari).   A qui le dis-tu, mon Redon !!!

[25] Or, le passage aux 4 longues journées d’école par semaine avait été décrié par les spécialistes du développement de l’enfant.  Remarquons tout de même que cette semaine de 4 jours n’a pas fait l’objet d’une si grande contestation que cela chez les enseignants. Qui s’est étonné de voir Sarkozy, l’apôtre du « travailler plus pour gagner plus » leur offrir, à eux qu’il n’a pas estimés tant que cela, une demi-journée supplémentaire à la maison, deux heures de cours en moins ? Juste en passant, le vrai enjeu de cette réforme de 2008 n’était pas tant de faire un cadeau aux enseignants, de faire des économies ou de repenser le rythme hebdomadaire des enfants mais bien évidemment de fragiliser davantage le lien entre les enseignants, les agents et leur lieu de travail, de le distendre davantage, quand bien même et peut être même pour cela, ce faisant, on distendait le lien entre l’école et des enfants, lien si nécessaire pour les plus exposés socialement, culturellement, économiquement. Mais ce n’est pas Sarkozy qui se préoccuperait de ces enfants-là. Et le lien semble plus distendu que jamais aujourd’hui, si l’on en croit les réticences multiples des syndicats enseignants à se positionner sur quelque sujet que ce soit, comme le refus, 6 ans plus tard, pour les agents et certains enseignants de revenir travailler le mercredi ou le samedi … l’intérêt des enfants, sûrement, priorité à leur développement, là encore…

[26]Voir le site de l’EN sur les PEDT et leurs expérimentations :

http://www.education.gouv.fr/cid74325/enquete-sur-les-projets-educatifs-territoriaux-pedt-les-premiers-enseignements.html

[27] Voir le constat établi par Séverine Gil de la Coordination des Parents d’Elèves du 13 dans l’émission Actualités du mercredi matin, du 29 avril 2014, sur Radio Galère, animateur Anthony

[28] Petit clin d’oeil (de loin et un peu torve) au club de fans de foot du presque même nom…

 26  Psalmodie sirupeuse que nous a chantée la sirène Mélenchon sur la plage du Prado en 2012… Il faut vraiment être d’Ailleurs pour entonner des sornettes pareilles. Personne de Marseille n’a sauté à la mer… Le chant lyrique tue le politique…

[30] Voir la déclaration de Danièle Casanova  au Conseil Municipal du 28 avril 2014 suivi de l’intervention de Annie Lévy Mozziconacci, conseillère municipale PS.  A environ 3h20 intervention de D. Casanova      http://event.novialys.com/Datas/vdm/239071_535a37df3bb08/

[31] http://www.laprovence.com/article/actualites/2858280/marseille-enterre-la-reforme-des-rythmes-scolaires.html

[32] Le quota d’encadrement est calculé par la Mairie de Marseille sur la base du nombre de classe par école moins un poste, calcul unique en France ! Nombre de classes de moyennes et grandes sections de maternelle à Marseille se voient privées de l’encadrement éducatif dont bénéficient les autres écoliers de France. Nombre d’activités sont de fait empêchées, toute logistique est de fait compliquée pour l’enseignant seul en classe (changer un petit, faire sortir un enfant de 4, 5 ans seul aux toilettes, gérer un conflit, consoler…)

[33] Op.cit. http://www.laprovence.com/article/actualites/2858280/marseille-enterre-la-reforme-des-rythmes-scolaires.html

[34] Ecouter l’émission Actualités du Mercredi Matin du 28 mars 2013 sur radio Galère, animateur Anthony, invités : DZ

[35]C’est Jarry qui le dit ! Lire, oh oui ! Ubu Roi, d’A. Jarry dans toutes les éditions possibles et imaginables…

[36] Op. cit. http://event.novialys.com/Datas/vdm/239071_535a37df3bb08/

 

[37]En partant de la Savine, par exemple, se taper, pour aller vers la Culture, le tram, ah non n’existe pas, là ! le métro, ah non, n’existe pas, là !… le bus, ouuiii, mais sans encadrement et tous ces changements, dur ! dur !) . Voir note suivante pour tout ce qu’il y a à expérimenter les élus ou mieux, pour les chères têtes blondes des élus …

[38] En vrac : le chemin de croix des écoliers de l’école Korsec chaque midi, faute de cantine promise depuis des lustres, l’apprentissage du dénombrement avec les blattes en classe pour les enfants d’Hôtel des Postes, le chauffage pas réparé pendant des semaines en plein hiver aux Abeilles, les fesses souillées de tout plein d’enfants privés de papier et de gentils accompagnateurs, le pipi retenu et les infections qui s’ensuivent car là aussi, il n’y a pas assez d’accompagnants, les tensions dans les cours étroites et les cantines-à-la-chaîne, l’angoisse des enseignants acheminant seuls 30 petits dans des escaliers délabrés, l’épuisement des agents trimballées d’une école à l’autre, l’impossibilité d’accéder aux piscines ou de descendre en ville, au Musée lorsque l’on est scolarisé dans les quartiers périphériques… des exemples en pagaille, liste non exhaustive. Un livre noir des écoles de Marseille à écrire ? Non, les choses sont déjà trop dites…

[39] Ben Soussan, op. cit.

[40] Ben Soussan, op.cit.

[41] Ben Soussan, op.cit.

[42] Ben Soussan, op.cit.

[43] Parent d’élèves, enseignante, etc.

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