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Billet de blog 20 févr. 2015

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Un mal peut en cacher un autre

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Un mal peut en cacher un autre!

Coulibaly et les frères Coachi, chez nous, Al Quaïda et Daesch ailleurs, incarnent les forces du mal.

Leur insoutenable barbarie est décuplée par la sur-exposition médiatique de leurs crimes. Ils organisent eux-mêmes cette visibilité pour répandre la terreur. Les Français, abasourdis ont manifesté dignement pour dire leur effroi. Dans quelle mesure étaient-ils dupes? Combien d'entre eux croient-ils en ce gouvernement qui, il ya peu, a causé la mort de Rémi Fraisse?

Le mal le plus abominable est-il celui qui se montre ou celui qui se cache? Combien de crimes commis au nom du profit? Les ismamistes ne visent pas le capitalisme, seulement l'Islam à visage humain et les Juifs. Ils prospèrent sur la misère orchestrée par l'oligarchie financière mondiale. Fixer leurs crimes des yeux, c'est détourner notre regard de tous les crimes silencieux perpétrés au nom de l'argent. Ils sont le symptome du mal, ils n'en sont pas la cause.

Le capitalisme transforme tout homme en loup virtuel.

Mêm si la tentative communiste a mal tourné au Xxème siècle, il n'y pas lieu de renoncer à inventer les formes nouvelles d'une société de partage et de solidarité.

La politique fait l'objet d'un discrédit sans précédent parce que la sauvagerie du capital impose sa loi quel que soit le parti au pouvoir. Il est donc opportun de se demander pourquoi l'anticapitalisme n'a pas le vent en poupe. Quelles sont les causes de la résignation généralisée?

Au-delà de l'échec de la tentative communiste mise en place pendant à peu près soixante dix ans ans, il y a l'idée tenace que le capitalisme correspondrait à la nature des choses et mieux encore, à la nature humaine.

Ainsi, pour croire en la politique, il faut se livrer à une déconstruction totale des idées dominantes de notre époque. Cela ne fera pas advenir, illico, le communisme, mais évacuera ses obstacles présumés, ce qui n'est pas si mal.

Mine de rien, le capitalisme repose sur un socle idéologique en béton armé; si l'on veut en finir avec ces idées tenaces, la tâche est rude.

Autrui serait un obstacle à ma liberté

Chacun croit citer correctement l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen en affirmant: Ma liberté s'arrête là où commence celle des autres. Ainsi, autrui apparaît comme obstacle à mes désirs, à mes projets!

Le texte original est très différent, il se contente de dire que la liberté consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pas à autrui! Phrase qui ne présente pas l'autre comme un intrus mais comme quelqu'un à respecter: nuance!

Pourquoi l'autre est-il perçu comme un frein, une limite? Pourquoi oublie-t-on désormais qu'autrui est celui qui peut me dépanner, m'appuyer, me donner son soutien, me consoler? Pourquoi veut-on nous faire croire que nous sommes des individus autonomes, alors que nous dépendons en permanence du travail, du regard, de la compagnie nécessaire des autres?

Admettre notre lien intrinsèque à autrui ne nous transforme pas en pion interchangeable, cela ne nous fait pas renoncer à notre singularité. Je peux revendiquer ma différence, mais je ne peux pas me passer des autres.

L'idéologie libérale a besoin de compétition, elle se nourrit de nos égoïsmes, elle repose sur le postulat de l'individualisme forcené et l'entretient sans relâche. Ne voit-on pas que nous mourrons à petit feu de cette désolante vie où on est toujours seul pour trouver un boulot, gagner sa vie, vivre?

Le mal serait ancré dans la nature humaine.

La conception dominante est désolante, elle considère, bien évidemment que si nous sommes par nature des ennemis, la morale est une dure conquête hasardeuse. Il faudrait apprendre à respecter, bon gré mal gré son prochain. Le sens moral viendrait de l'éducation et serait relatif à celle-ci:telle est la croyance trop largement partagée.

Si l'on change de postulat, si l'autre n'est plus d'emblée, un ennemi, la conception de la morale s'en trouve modifiée. La pulsion de mort qui fait florès depuis Freud, s'évanouit. Si l'autre n'est plus mon rival, pourquoi aurais-je envie de le tuer? S'il est mon semblable et mon allié, je souffre de le voir souffrir, parce que j'ai un sens moral. A l'heure où l'éthologie n'en finit pas de découvrir de nouvelles espèces animales capables d'empathie, pourquoi l'ôter à l'homme?

Pourquoi l'idée de bonté humaine engendre-t-elle des railleries? Reprenons l'argument de Hutcheson, philosophe trop dédaigné. Les innombrables erreurs commises par nos cerveaux intelligents ne nous font pas douter de notre intelligence, pourquoi les ignominies commises nous feraient douter de notre sens moral? Ne constate-t-on jamais des actes de dévouement subimes? Des solidarités magifiques, des sacrifices grandioses? Oublie-t-on les pastilles de cyanure des résistants? Et si certains hommes valent mieux que d'autres du point de vue moral, n'est-ce pas le cas aussi pour les autres facultés?

Les hommes seraient libres de choisir le mal.

Si nous avons un sens moral pourquoi tant d'hommes choisissent-ils le mal?

Il faut, en réalité poser la question autrement. La bonne question serait de savoir pourquoi le mal s'impose trop souvent comme la seule réponse possible à tant d'hommes encore?

Erich Fromm utilise l'analogie avec le jeu d'échecs. Il arrive un moment dit-il, où on ne peut revenir en arrière, les jeux sont faits, la partie est si mal engagée qu'elle est perdue. Lorsque les coups portés par la vie sont trop rudes, lorsque votre survie ou votre besoin d'exister, d'être reconnu, sont en cause, le mal devient une réponse. La cruauté et l'injustice subies appellent la violence sous forme de vengeance, le cercle est infernal. Il suffit de fouiller le passé des criminels pour constater la souffrance qu'ils ont endurée avant de passer à l'acte, avant de se perdre définitivement.

Le pschanalyste admet toutefois la possibilité d'un caractère agressif inné, qui serait le lot de quelques rares individus, mais il n'en fait pas un système d'explication. Cette éventuelle agressivité innée pourrait d'ailleurs être combattue grâce à des conditions de vie et un entourage positifs.

Autrement dit, non seulement l'individu est relié aux autres mais il est aussi dépendant des circonstances de sa vie. Ceci vient gommer l'idée d'un libre arbitre tout puissant.

Ainsi croire en la liberté absolue, c'est poser un sujet indépendant qui n'existe pas. Il reste possible de s'arracher à telles et telles influences, mais pour cela, aussi, certaines conditions doivent être réunies, nul ne vit hors sol.

Tout cela ne détruit pas l'idée de liberté mais la modifie en la déplaçant.

La liberté ne réside pas dans le choix avant d'agir, celui-là est plus ou moins déterminé, elle réside dans la possibilité réelle d'agir. La liberté n'est pas métaphysique, elle est politique.

Je prendrai l'exemple de l'avortement pour illustrer cette différence.

Pouvons-nous savoir si la décision d'avorter est libre? Ne pourra-t-on chercher des circonstances familiales, économiques, qui motiveront ce choix? A mon avis, la question métaphysique de l'origine du choix est insoluble, et finalement secondaire. Elle n'intéresse que les accusateurs. En revanche, la bonne question est de savoir si une femme qui a pris cette décision, pourra effectivemnet la réaliser dans la société qui est la sienne.

La morale est perçue comme étant relative et pire encore comme devant l'être.

Une morale relative nous préserverait du dogmatisme! Elle garantirait le pluralisme! Cessons de croire à cette vielle lune disent nos postmodernes bien pensants!

Quelle habileté! Quel beau stratagème! Pour ne pas être totalitaire il faudrait dire que tout se vaut?

A chacun sa morale? On relègue la morale au rang des opinions vulgaires.

J'ose prétendre que la morale ne peut être qu'universelle. Cela ne veut pas dire que je détiens la vérité morale, mais que je crois à son existence. Je prétends tout simplement que le partage vaut mieux que l'égoïsme, que la confiance est plus belle que la méfiance, que le don est meilleur que l'exploitation, que l'égalité est préférable à l'esclavage. Je prétends que ces vérités sont des conquêtes historiques. Ainsi, une époque crée aussi bien des connaissances scientifiques, à jamais acquises, mais susceptibles d'être utilisées ensuite pour aller plus loin. La morale fonctionne de la même manière, elle a ses trouvailles qui servent de tremplins pour d'autres valeurs. Einstein n'était pas posible sans Newton. L'idée de communisme est née de l'invention de l'égalité. Le communisme a échoué, comme le premier avion s'est écrasé, comme la première démocratie a déçu. Nous ne renoncerons pas, car, comme le dit Badiou, l'idée est vraie. La morale a une histoire, comme la science, cela n'en fait pas une erreur, il s'agit de croire aux progrès de la raison et du sens moral. Nous avons brûlé des sorcières, ils ne couperont plus les mains, c'est une question de temps. Nous avons aboli l'esclavage, nous abolirons le travail à la chaîne, nous partagerons les tâches ingrates.

La morale ne sera jamais achevée, comme la science, mais elle progressera au fil des critiques successives dont elle fera l'objet.

Conclusion

Si l'homme est d'emblée relié aux autres et au monde, s'il a conscience de partager l'humaine condition, il vit en empathie naturellement, il possède un sens moral. Si le mal perdure, c'est qu'il est contraint d'y avoir recours, car il ne supporte pas de ne pas être traité en égal.

Pour en finir ainsi avec le nihilisme du consumérisme et de l'individualisme pour faire vivre, pas à pas, l'espérance communiste, il faut admettre que nous avons des principes à défendre.

De même que les hommes de 1789 ont osé proclamer l'égalité des droits, il faut à notre tour proclamer le fait que tout homme a d'emblée sa place dans la société, sans avoir à la gagner.

Que chacun a un rôle à jouer et des décisions à prendre avec les autres, et non pas contre eux.

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