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Billet de blog 6 décembre 2011

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Trouvé sur l'excellent site "Actuchômage" (qu'il faut absolument soutenir)

Attention, l'OCDE vire à gauche !

Mardi, 06 Décembre 2011 Sophie Hancart

L'organisation internationale, qui prêche l'ultralibéralisme au monde entier, préconise des politiques de lutte contre les inégalités.
Incroyable mais vrai ! L'Organisation de coopération et de développement économiques, qui regroupe les 30 pays les plus riches de la planète, a présenté hier son deuxième rapport sur les inégalités. S'alarmant de leur accroissement dans la plupart des pays industriels, elle insiste sur leur impact négatif sur la croissance mondiale. «Ce n’est même pas une question morale. C’est une question économique», a déclaré en toute franchise son secrétaire général Angel Gurria.
Pour l'OCDE, les inégalités provoquent le désespoir de nombreux jeunes, freinent la mobilité sociale, et par là même les performances économiques des pays où elles sont les plus élevées. Elles alimentent un sentiment "antisystème" et contribuent à propager les idées protectionnistes. Voilà pourquoi, pour ces fervents défenseurs de la mondialisation, il faut les combattre au moment où elles s'accroissent partout ou presque.
Son constat détaillé
L'OCDE souligne que l'augmentation des inégalités de revenus dans la plupart des pays industriels est liée aux écarts de salaires grandissants, ainsi qu'à la progression du temps partiel et des emplois faiblement rémunérés. On note que l'organisation explique ce creusement mondial notamment par les politiques de déréglementation du marché du travail (flexibilisation, baisse du coût du travail, précarisation)… qu'elle a elle-même préconisées ! Des politiques qui ont lourdement pesé sur les salaires en bas de l'échelle.
Même revirement hypocrite pour les prestations sociales où l'OCDE insiste sur leur maintien à un niveau suffisant, ses économistes estimant que leur trop faible progression a contribué à l'accroissement des inégalités… alors que depuis des lustres, par exemple, elle nous a seriné que ce qui créé du chômage, c'est les allocations, et qu'il fallait les diminuer.
Revenant à des conseils plus classiques, Angel Gurria a expliqué que, outre le fait de développer l'emploi, «la meilleure manière de réduire les inégalités est aussi d’investir dans le capital humain en développant la formation tout au long de la vie».
Puis, soudain, c'est le scoop : l'OCDE nous avoue qu'elle ne croit plus en la théorie du ruissellement ou trickle down, tarte à la crème des ultralibéraux ! «Cette étude balaie l’hypothèse qui voudrait que les bienfaits de la croissance économique se répercutent automatiquement sur les catégories défavorisées et qu’un surcroît d'inégalité stimule la mobilité sociale. Sans stratégie exhaustive de croissance solidaire, le creusement des inégalités se poursuivra», a encore déploré le secrétaire général.
Plus étonnant encore, l'OCDE préconise de continuer à lutter contre les paradis fiscaux, ainsi que des hausses d'impôts sur les plus hauts revenus et les plus fortunés. «Il faut accroître l’imposition des 1% les plus riches en relevant les taux seniors", l'OCDE recommandait en 2005 d'en finir avec la dispense de recherche d'emploi (DRE) qui, selon elle, validait «l’idée que le marché du travail est fermé aux travailleurs âgés» — ce qui est, pourtant, la triste réalité… — et proposait de «rétablir graduellement l’obligation de recherche d’emploi pour les nouveaux demandeurs de plus de 55 ans tout en renforçant les mesures actives de placement adaptées aux seniors». En parallèle, l'OCDE pointait leur «coût élevé» pour les entreprises...
Enfin, rappelons qu'en 2006, dans son rapport sur les “Perspectives de l’Emploi”, au chapitre “Stimuler l’emploi et les revenus”, l'OCDE écrivait : «Les réformes structurelles qui commencent par générer des coûts avant de produire des avantages, peuvent se heurter à une opposition politique moindre si le poids du changement politique est supporté dans un premier temps par les chômeurs. En effet, ces derniers sont moins susceptibles que les employeurs ou les salariés en place de constituer une majorité politique capable de bloquer la réforme, dans la mesure où ils sont moins nombreux et souvent moins organisés.»
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas, nous direz-vous. Mais ont-ils vraiment changé ?
A l'annonce de la terrible cure d'austérité que Mario Monti va infliger au peuple italien dès Noël, plan qui aura pour effet de creuser davantage les inégalités dénoncées dans son rapport, Angel Gurria a salué ces mesures, estimant qu'elles «contribueront de manière significative à renforcer l’euro»... On ne se refait pas.

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