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Billet de blog 28 mars 2012

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Dans la semoule...

Bonjour tristesse et remerciement collectif.Vous avez été très nombreux à me soutenir et me manifester votre amitié depuis que ma maison a brûlé. J'ai reçu de multiples dons (financiers, livres, objets...) et une kyrielle de petits mots tellement gentils. Cela m'a énormément touché et je vous en remercie tous

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Bonjour tristesse et remerciement collectif.

Vous avez été très nombreux à me soutenir et me manifester votre amitié depuis que ma maison a brûlé. J'ai reçu de multiples dons (financiers, livres, objets...) et une kyrielle de petits mots tellement gentils. Cela m'a énormément touché et je vous en remercie tous, collectivement, en attendant de le faire en particulier pour chacun de vous, dès que j'aurais plus de temps disponible et un endroit où me poser pour le faire. De même, mon entourage proche, réseaux familiaux, amicaux et associatifs, m'a soutenu pareillement. De toute cette aide solidaire, je suis profondement touchée personnellement et collectivement de savoir qu'elle existe, cette fraternité, que certains voudraient nous faire oublier, dans leurs propos clivants, prônant "le chacun pour soi"... Et des dieux improbables pour tous... Je peux en témoigner, vous existez pour de vrai et vous êtes magnifiques ! Pour cette splendide lumière, je vous embrasse tous et vous remercie fraternellement. Les petits ruisseaux ont fonctionné et je suis sortie matériellement de l'urgence. J'ai de quoi repartir au minimum pour de nouvelles aventures, payer une caution d'appart, une assurance multi-risque (c'est fait !..) et quelques effets pour me réhabiller dans l'urgence, passant brusquement de l'hiver au chaud printemps. Sans compter les livres à lire, qui s'empilent... Une magnifique théière et ses mugs, du thé... Bref, de l'amour !

Je n'arrive malheureusement pas à répondre rapidement à tous les messages, aussi gentils possibles, faute de temps, de moral dans les chaussettes, d'endroit fixe où me poser sereinement, de connexion internet personnelle... Et sachez bien que je le regrette et m'en excuse ici, mais ce n'est en aucun cas de la négligence, j'essaie juste de surnager et de faire tout mon possible pour retrouver un toit (si possible agréable), une autre tranche de vie sereine. Dès que possible, je le ferais.

Après le sas protecteur de la famille durant trois semaines, où j'ai longuement eu le loisir de réfléchir aux différentes alternatives que je pouvais retrouver, je me suis étonnée moi-même d'être finalement aussi sereine et aussi solide. Mais le retour à la réalité m'a envoyé un retour de flammes, sous la forme d'une sérieuse déprime quand je suis repartie, seule sur le chemin de la recherche de logements de fortune. J'ai une pensée fraternelle et solidaire pour tous les sans-logis du monde, qu'ils soient SDF, réfugiés économiques ou de guerre, c'est la croix et la galère pour se loger !

Je le savais déjà, là je le touche du doigt. La demande étant plus étendue que l'offre et les propriétaires échaudés par les loyers impayés, qui se multiplient crise aidant. Les "agences" garantissant le paiement de loyer se multiplient, les propriétaires y souscrivent et demandent de la paperasse à n'en plus finir, exigée par ces officines : plusieurs "garants" de cautions solidaires (que j'ai moi, la chance d'avoir) devant gagner plus de 3 fois le montant du loyer (avec charges !) hors leurs propres loyers (au vu des salaires moyens, ça va devenir de plus en plus difficile, faites le compte !). Leurs 2 dernières déclarations d'imposition, leurs 3 derniers bulletins de salaires (en CDI ! préféré aux retraités, allez savoir pourquoi ?), leur contrat de travail, leurs charges familiales, leur engagement écrit (innénarable !).... Une incursion dans leur vie privée, à  laquelle mes cautionnaires solidaires se plient (j'ai moi, cette chance) mais qui les exaspèrent au plus au point. Quand à moi, je dois fournir la même chose, pratique quand on n'a plus aucun papier (pour cause d'incendie) et que les administrations prennent leur temps et que l'on est sans adresse fixe pour les recevoir ! Sans compter une assurance pour un appart que l'on n'a pas encore (j'ai fini par souscrire, en ligne pour gagner du temps, mais faudra que l'on m'explique)...Une course à l'échalotte entre locataires potentiels avec le coup de fil (comme encore ce matin, pour un meublé visité hier) qui vous dit : "désolé, j'ai loué à quelqu'un !" alors que vous courriez à envoyer ces foutus papiers par e-mail, jonglant entre imprimante qui renâcle et clé USB. Sans compter les "illégalités" juridiques, telles 3 mois de cautions, qui font florès dans la jungle du non-choix de cette fichu loi de l'offre et de la demande.

J'ai visité des taudis sans nom, des garages (taille une seule auto) chez des particuliers, ou des caves, transformés en "studette" où le canapé BZ fait rage, face à la "cuisinette américaine" entre lesquelles on peut juste glisser ses pieds. Des "trous à rats" non déclarés, donc ne donnant pas droit aux allocations logements, des meublés infames, au mobilier fait de bric et de broc (retour du revival formica et vieux clic-clac avachi)... Bref, la galère !

J'ai arpenté tout le département de l'Hérault, accrochée quotidiennement aux annonces du "bon coin" et autres annonces, en d'incessant aller et retour épuisants (je marche avec des béquilles) chez des copains ou à Montpellier dans le studio de ma fille, trimballant mes sacs et les larmes aux yeux, dégoulinant, à chaque fois que l'on me demande : "ça va ?" Je viens de me rapatrier dans l'Aveyron, à Millau, le week-end dernier, où les loyers sont de 25 à 50% moins chers que dans l'Hérault. Me posant de multiples questions sur mes propres choix de vie et les contingeances que celle-ci m'impose dans l'immédiat. Pas folichon... Je passe sur les galères de (vieille) bagnole, qui se rajoute à ça, histoire d'en remettre une couche.

Voilà, les nouvelles du front de la galère, que nous sommes quelques millions à partager. J'espère donner de meilleures infos dans quelques temps. Je suis revenue épisodiquement sur Mediapart, parsemer les commentaires au gré de mes connexions wifi alléatoires, empruntées aux voisins solidaires, pour partager au moins l'enthousiasme des copains (nombreux) à la Bastille le 18 mars. Pour l'instant, j'ai abandonné l'idée de militer avec les copains de l'Hérault sur les marchés ou ailleurs (l'associatif, l'écologie), plus la force ni le temps et l'énergie. D'abord un toit, des murs, un cocon protecteur et une connection wifi.

Le cerisier du jardin de mon fils est en fleurs, ça sent bon, y'a du soleil, faut que je fasse des crêpes à mes petits-enfants, je retourne au combat.

Bise à tous et à bientôt.

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