L'avenir de la Grèce et de l'économie politique

C’est en lisant le Monde Diplomatique de juillet  , ainsi que plusieurs articles sur la Grèce que l’idée de ce billet m’est venue. Certes, les questions en jeu dans le cas grec sont plus que vitales alors qu’elles ne le sont pas ( ou pas dans le même sens) dans le cas de l’enseignement de l’économie en France. Mais il y a une logique commune à cette question de l’avenir, celui des peuples, grec et européens et celui de la vision du monde qui se transmet par l’enseignement d’une discipline universitaire.

On assiste aujourd’hui à une hégémonie de la pensée économique néoclassique, orthodoxe, à l’université ( on parle ici de la France mais c’est vrai ailleurs dans le monde, aux EU notamment) ; les universitaires hétérodoxes étant de moins en moins nombreux et devant se contenter des postes de maître de conférences, l’accès aux postes de professeurs des universités leur étant quasiment fermé.  Et comme ce sont les professeurs qui sont habilités à diriger les thèses, la boucle est bouclée : auto- renouvellement de la caste des néolibéraux. Un chiffre marquant : sur 120 nouveaux recrutements entre 2005 et 2011, seuls 6 sont des hétérodoxes, soit 5% du total….

Cette hégémonie au niveau universitaire se retrouve évidemment au niveau politique : qui sont les conseillers du prince ? Essentiellement des économistes orthodoxes. On comprend mieux ainsi que les dirigeants politiques, des partis de gouvernement de droite comme de gauche (  étiquettes officielles ) soient tous acquis aux thèses néolibérales. Et ceci au niveau national comme au niveau européen.  On comprend mieux ainsi la machine infernale dans laquelle nous sommes enfermés avec la construction européenne et surtout celle de l’eurozone. Il n’y a de salut que par les marchés car les marchés sont efficients. On a aisément pu le vérifier avec la crise des  subprime, on le vérifie avec la crise grecque qui est en fait un élément avant – coureur des crises des dettes publiques européennes, qui sera peut-être suivie d’une crise de la bourse mais surtout de l’immobilier chinois ( l’immobilier,  cela doit rappeler de tristes souvenirs à nos amis espagnols….), en attendant la crise des dettes publiques et privées des Etats – Unis ( pays qui, faut-il le rappeler, est le plus déficitaire et endetté au monde, que ce soit pour son déficit public, pour le déficit de sa balance commerciale ou pour les dettes des agents économiques privés) ; si cela n’est pas une bombe à retardement, j’aimerais que l’on me l’explique. Quelques chiffres pour rappel : jusqu’à il y a peu, le déficit public des EU était de 12% du PIB américain (bien  loin des 3% imposés aux pays de l’eurozone ! ) , leur dette publique approchait les 17000 milliards de dollars, soit plus de 103 % de leur PIB en 2013. La dette totale ( publique plus privée) des EU dépasse les 60000 milliards de dollars en 2014….

Voilà l’épée de Damoclès suspendue sur nos têtes aujourd’hui dans cette économie financiarisée, l’économie – casino, qui repose sur des inégalités croissantes entre une toute petite minorité et la grande masse des citoyens à la merci du chômage, de la pauvreté, de l’exclusion. Mais cet état de fait est le résultat de décisions politiques  prises à partir des années 1970 (et c’est en cela que l’économie est politique, elle ne peut pas ne pas l’être, contrairement à ce que nous assènent les néolibéraux qui aimeraient tellement en faire une vraie science avec ses équations ) ; il est donc possible de défaire ce qui a été fait ( et de refuser TINA ), mais qui le fera ? Merci à la Grèce de nous montrer un peu l’exemple. 

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