La honte de l'Ecole de la République

Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu la semaine passée sur les défaillances de l’Ecole républicaine ! Comment ? Des élèves n’ont pas voulu participer à la minute de silence demandée / imposée par le Ministère de l’Education nationale, certains s’y sont même violemment opposés. Des enseignants se sont sentis dépassés. Etc , etc….Mais qui devrait avoir honte ? Les élèves, les enseignants, les parents d’élèves ? Je pense que le rouge de la honte devrait plutôt colorer le visage du personnel politique, nos dirigeants et nos élus, eux qui ont abandonné l’Ecole de la République depuis une trentaine d’années maintenant. En laissant s’installer de véritables ghettos scolaires dans des quartiers eux-mêmes ghettos où se cumulent difficultés économiques, relégation sociale et stigmatisation ethnique et culturelle.

Je relisais ces jours-ci Banlieue de la République de Gilles Kepel, une vaste étude sur « société, politique et religion à Clichy-sous-Bois et Montfermeil »  parue en 2011, et qui cerne bien la multiplicité des problèmes concentrés dans ces quartiers de relégation. L’auteur y pose cette question fondamentale à propos de l’école : « Comment peut-elle [l’éducation] favoriser insertion sociale et mobilité ascendante des populations , pour inverser les logiques de stagnation et d’enclavement, propices aussi bien aux incivilités, à la déviance et à la délinquance qu’à des resocialisations fondées sur la clôture communautaire et la rupture en valeurs avec un pays auquel on n’identifierait plus son destin ? » L’auteur insiste sur l’importance de la mixité sociale à l’école, mais aussi de la socialisation au travers des activités péri et extra – scolaires ( sports , culture, etc…), ou encore le rôle des familles , des parents, des frères et sœurs aînés. Il y a des trajectoires bien spécifiques qui conduisent à la rupture scolaire qui est aussi une rupture sociale : «  Outre le diplôme, les décrocheurs et élèves en difficulté ont souvent en commun d’avoir une histoire personnelle chaotique, faite de ruptures dans la filiation, d’éloignement ou de disparition d’un parent et d’éclatement de la structure familiale. »

Et que fait le Ministère de l’EN devant toutes ces urgences ? Il met en pièce l’éducation prioritaire en déshabillant Pierre pour habiller Paul, il nous « pond » un programme d’Enseignement moral et civique, et il lance une pseudo- consultation des enseignants sur ce programme entre le 5 et le 23 janvier, (6 questions sont posées, auxquelles il faut répondre « plutôt d’accord ou plutôt pas d’accord » et il reste une question ouverte à la fin : observations complémentaires), il va créer un livret de laïcité…. On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer… 

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