Grecs ou paysans, une même maladie : la dette

Je tente un rapprochement : analyser le problème grec et celui des éleveurs/ producteurs de lait français avec une même grille. Il me semble en effet qu’à la base de ces deux « problèmes », il y a la question de la dette. Bien sûr, on se situe à des niveaux très différents, quelques centaines ou milliers d’exploitations agricoles d’un côté, un pays tout entier de l’autre. Et des spécificités propres à chaque situation bien sûr.  Mais dans les deux cas, on en arrive à une dette insoutenable pour le débiteur, pressuré de toutes parts par son ( ses ) créancier(s).  A partir de là, on peut essayer de montrer que l’endettement est une des clés de voûte du système capitaliste actuel : s’endetter permet de faire croire aux individus qu’ils vont pouvoir réaliser leurs projets, leurs rêves, alors qu’en fait, la dette devient une façon de les asservir. On pourrait aussi appliquer ce schéma à la société américaine, où tout le monde ( ou presque ) possède un nombre impressionnant de cartes de crédit : tout, même les achats quotidiens de nourriture, se fait à crédit. On prend même un nouveau crédit pour payer les anciens crédits !!! Sans parler des étudiants qui commenceront leur vie active avec un boulet aux pieds : une dette qui atteint par exemple les 140 000 dollars pour des études de médecine spécialisée. Arrive un moment où l’illusion de la richesse n’est plus possible : c’est la récente crise des subprime par exemple.

La dette est donc un outil de prédation propre au capitalisme financiarisé : elle consacre le pouvoir exorbitant des banques et des marchés financiers. Pour produire ( agriculteurs ) ou consommer ( ménages ), pour assumer ses dépenses ( l’Etat et l’ensemble des administrations publiques ), la seule possibilité est la dette, étant donné que les ressources propres sont insuffisantes : décennies d’austérité salariale, décennies de cadeaux fiscaux  aux riches et aux grandes entreprises et insuffisance de la lutte contre fraude et évasion fiscale, course à la taille et à la modernisation en agriculture, ce qui au passage, fait vivre tout un système sur le dos des agriculteurs ( banques, semenciers, producteurs de phytos, producteurs de machines agricoles, système vétérinaire, abatteurs, agro – alimentaire, divers intermédiaires, FNSEA ). Conséquence : tout le monde est piégé, sauf ceux qui auraient eu la sagesse de ne pas entrer dans ce système.

Posé ce constat, reste la question de l’action : il faudrait ne plus culpabiliser de ses dettes, voire même demander leur annulation et/ou se mettre en faillite, mais le pas à franchir est énorme. Le gouvernement grec n’a malheureusement pas réussi à le franchir… 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.