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Billet de blog 20 avr. 2022

Les affaires franco-russes dans le domaine du nucléaire échappent aux sanctions !

Il y a un domaine dans lequel les affaires continuent discrètement, c'est celui du nucléaire dans lequel EDF, Orano/Areva et le géant russe Rosatom continuent allègrement de collaborer et de se soutenir mutuellement. On se garde bien d'évoquer en haut lieu et dans les médias* les relations qui lient l'industrie nucléaire de la France et de la Russie, qui échappent jusque là aux sanctions.

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De l'hypocrisie de l’État : Les affaires franco-russes dans le domaine du nucléaire échappent aux sanctions !
Pierre Péguin,avril 22

Dans les belles déclarations enflammées, il est beaucoup question du gaz dont l'Europe dépend, de famines engendrées par le manque de blé, d'inflation et autres conséquences des sanctions infligées à la Russie. Mais il y a un domaine dans lequel les affaires continuent discrètement, c'est celui du nucléaire dans lequel EDF, Orano/Areva et le géant russe Rosatom continuent allègrement de collaborer et de se soutenir mutuellement.

En effet le nucléaire français a grand besoin du géant russe Rosatom pour écouler la production de turbines nucléaires Arabelle, pour se débarrasser de ses encombrants excedents d'uranium de retraitement dont on ne sait que faire, ou encore pour la construction du réacteur à fusion ITER pour lequel des pièces essentielles doivent être livrées par la Russie qui contribue au financement du projet.

Bref ces échanges mutuels sont essentiels à l'économie du nucléaire des deux pays étroitement liés, au point que Henri Proglio, qui fut PDG d’EDF de 2009 à 2014, assure des missions de conseil à deux filiales de Rosatom.

C'est pour cela qu'on se garde bien d'évoquer en haut lieu et dans les médias* les relations qui lient l'industrie nucléaire de la France et de la Russie, qui échappent jusque là aux sanctions.

* hormis les médias indépendants tels que Médiapart ou Reporterre et les associations telles que Greenpeace ou Robin des bois qui ont dénoncé cette situation.

A propos des turbines nucléaires Arabelle. Il s'agit de cette entreprise vendue à General Electric en 2015 (opération pilotée par E. Macron alors ministre), avec tout le secteur énergie d’Alstom, et maintenant en passe d'être rachetée, au prix fort. EDF n'en prendrait que 80 %. pour que le géant russe Rosatom puisse en acquérir 20 %, sachant que la moitié des commandes à l’usine de Belfort lui sont destinées!

Ce fabricant fournit les turbo-alternateurs à vapeur des gros réacteurs tels que EPR, et a reçu les commandes de Rosatom qui doit en équiper la centrale qu’il construit à Akkuyu, dans le sud de la Turquie, plus tard celle d’El-Dabaa, dans le nord de l’Egypte, et d'autres projets.

Il s'agit donc d'une affaire stratégique pour la Russie, mais aussi pour EDF qui souffrirait de sanctions sur Rosatom, acteur actif sur le marché mondial du nucléaire qui connaît une timide relance.

Le scandale de la sous-traitance à la Russie de la gestion de l'uranium de retraitement.
Un autre accord particulièrement scandaleux lie la France à la Russie. Il s'agit de se débarrasser de l'uranium issu du retraitement à la Hague dont on accumule des stocks encombrants et dont on cherche à se débarrasser. EDF prétend que cet uranium n'est pas un déchet car il serait réutilisable, à condition d'être ré-enrichi.

Sauf que cet uranium est difficile à re-enrichir et à ré-utiliser car pollué par des produits de fission formés pendant leur utilisation en réacteur. Et les stocks s’accumulent, déja 33 000 tonnes sont entreposées, et la seule usine capable de le traiter et re-enrichir est Tenex, à Tomsk en Russie. Contrats ont alors été passés pour l'expédition d’environ 1 000 tonnes par an.,

Sur les milliers de tonnes d’uranium de retraitement déjà envoyés en Russie, moins de 600 tonnes enrichies sont revenues en France pour alimenter bientôt les réacteurs de la centrale de Cruas-Meysse, seule habilitée à utiliser ce combustible.

Ainsi, encore très recemment , les 29 octobre, 20 janvier, 12 fèvrier plusieurs dizaines de tonnes par transport ont été chargées depuis Dunkerque ou le Havre en directoion de Saint-Petersbourg. Ces transports vont-ils continuer dans le cadre des sanctions?….

Pour en savoir plus sur l'uranium de retaitement : Après avoir été utilisé à peu près 3 ans en réacteur, le combustible nucléaire "usé" est fortement chargé en produits radioactifs de fission, les plus dangereux. Il faut alors le « refroidir » pendant plusieurs années dans des piscines pour pouvoir ensuite le retraiter.
Le « retraitement », que seule la France pratique, permet d'en extraire les 1 à 2 % de plutonium contenus dans les déchets, soit une dizaine de tonnes par an transportés vers Marcoule pour la fabrication du combustible MOX (mélange d'uranium et de plutonium) qui alimente une partie du parc de réacteurs.
Sont mis à part également les 3 à 4 % de « déchets ultimes » comprenant les élements radioactifs les plus dangereux et de plus longue durée de vie voisins essentiellement du plutonium. Ce sont eux pour lesquels aucune solution satisfaisante de gestion n'existe et que l’État veut léguer à nos descendants pour des temps infinis en les enfouissant à Bure, comme on mettrait la poussière balayée sous le tapis…
Reste alors 95 à 96% de cet
uranium de retraitement contaminé par les produits de fission et si compliqué à re-utiliser.
La France en stocke actuellement 33 000 tonnes dans des hangars situés à Pierrelatte, dans la Drôme, dont on ne sait que faire et qu'EDF cherche à évacuer en partie vers la Russie.

Participation de la Russie à la construction à Cadarache du réacteur à fusion nucléaire ITER.

La Russie est impliquée dans le projet international de construction du réacteur à fusion nucléaire Iter à hauteur de 9 %, au même titre que le Japon ou les États-Unis. Et il se trouve que 2022 est une année importante, certains éléments fabriqués en Russie sont en attente d'être livrés dont la plus petite des bobines poloïdales, fixée en dernier, qui attend dans le port de Saint-Pétersbourg. Il est vrai que, en tant qu’organisation internationale créée en 2007, ITER échappe à la juridiction française pour ce qui est des sanctions.

Un peu moins d’une centaine de citoyens russes travaillent au centre nucléaire de Cadarache, ils sont accompagnés par leurs familles.

Coté russe, il a été annoncé qu’Iter n’est pas concerné par le décret mettant fin aux exportations de technologie. Mais qu'en est-il du coté international occidental ? Soyons sûrs que l'on fermera les yeux sur la guerre et les sanctions que l'on prétend appliquer.…

Ainsi au-delà des déclarations sur les sanctions dont la Russie fait l'objet, mais aussi des critiques faites aux Allemands et autres Européens qui peinent à restreindre leurs importations d'hudrocarbures russes, le nucléaire francais continue discrètement à faire des affaires avec la Russie.
Le scandale éclatera-t-il un jour ?

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