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Billet de blog 10 août 2022

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Émile Parisien au chapiteau de Marciac

Emile Parisien et son saxophone soprano est l'enfant musical de Marciac. Il y a fait ses classes au sens premier du terme au collège jazz. Il y est revenu avec chaque nouveau projet accueilli chaque fois à bras ouvert, à cœur ouvert et à oreilles ravies.

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Emile Parisien et son saxophone soprano est l'enfant musical de Marciac.

Il y a fait ses classes au sens premier du terme au collège jazz. Il y est revenu avec chaque nouveau projet accueilli chaque fois à bras ouvert, à cœur ouvert et à oreilles ravies.

Ses nombreuses collaborations avec Daniel Humair, Vincent Peirani, Joachim Kühn, Mikaël Wollny ou Michel Portal ainsi que ses innovations aux côtés de Jeff Mills ou avec son Quartet chez ACT, en ont fait un acteur majeur de la scène française. D'étoile en devenir, il est devenu un chercheur important, un innovateur curieux avec un goût affirmé pour le free jazz et la complexité des œuvres.

C'est un vrai funambule que ces dernières années ont confirmé comme une pièce maîtresse de la scène jazz européenne, dont il avait poussé la porte dès l’adolescence. Il n'a de cesse à la fois de creuser son sillon mais aussi de se renouveller et de s'enrichir.

Avec Louise, nouvel album ainsi nommé en hommage à la sculptrice Louise Bourgeois et ses gigantesques araignées, le saxophoniste franchit l’Atlantique pour s’associer aux Américains Joe Martin,à la contrebasse, Nasheet Waits aux drums et Theo Croker à la trompette. Ajouté à ces pointures là, le guitariste Manu Codjia et le pianiste Roberto Negro dont on connait par ailleurs les énormes qualités et les belles expériences,voici de quoi célébrer un nouveau répertoire et une entrée exigeante dans une esthétique fertile.

Le morceau éponyme « Louise » débute par une intro au sax soprano pour un appel tendre, repris ensuite par la trompette en une élégie harmonieuse.

Emile Parisien se met beaucoup en retrait, il laissera une place réelle à chaque instrumentiste pour des solos très personnels pendant tout le concert. Les textures sonores en sont variées, tranchantes par moment et extrêmement décalées. Sur une même pièce plusieurs thèmes se succèdent et prennent du champ. « Memento » est un hommage tendre à sa mère dans des bruits familiers, le son est en émouvant, l'accroche délicate et la nostalgie affectueuse. On y découvre un duo trompette sax à l'unisson, puis à deux voix particulièrement réussi. « Jojo » est dédié à Joachim Kühn.

Les maitres mots de ce set sont surement l'intuition et l'existentialisme. Mais j'avoue avoir eu du mal tout de même à lire la ligne directrice des morceaux, à y trouver une cohérence, un champ collectif ; la présence conjointe et prégnante des deux soufflants effacant la belle guitare de Manu Codja que l'on distingue peu, hélas pour nous.

Des tas de choses m'ont échappées, des tas d'intention m'ont laissée perplexe et les impros fiévreuses qui semblent vivre pour elles même, m'ont paru déconnectées les unes des autres, parallèles plutôt que complémentaires.

J'ai pensée cette « tourbillonance » comme voulue. Cette expérimentation de plusieurs mondes non joints a l'intéret de créer en effet une tension véritable. On attend donc le fil, la crête qui va réunir tout cela. Les nombreuses rupetutes permettent alors de respirer.
Du coup, j'ai cherché l'image qui me tournait en rond dans la tête depuis un grand moment . A quoi cette singulière musique me faisait elle penser ? Et soudain j'ai trouvé.

Ce concert m'évoquait en trait direct le livre de George Perec « la vie mode d'emploi. » : l'histoire d'un immeuble où chaque fenêtre abrite une histoire, des mondes, des gens, des tragédies, des bonheurs qui à la fin se rejoignent ou s'opposent.

Ce concert fonctionne à l'identique, des fenêtres s'ouvrent avec leur couleur différente, leur instruments différents et par instants se rejoignent, battent à l'amble sur un même monde. Elle s'ignorent quelques fois, se tiennent la main à d'autres. Elles jouent de toutes façons une partition ancrée dans la vie.

Le concert se poursuit avec « Madagascar », un titre écrit par Joe Zawinul, largement détourné et se se clôt pour le rappel avec « Prayer for Peace » de Théo Croker, un morceau solennel et évocateur, joliment tourné. Ce concert est au fond un exercice intellectuel exigeant, à distance plutôt que sensoriel et immédiat. Mais le groupe est brillant, l'exercice libre et libéré.

Forcément pas si simple. La perplexité le dispute à l'émerveillement.

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