Zapatisme, quand la lutte des femmes devient internationale

Du 8 au 10 mars 2018 des milliers de femmes se sont réunies, dans le caracol de Morelia (Chiapas) au Mexique pour la “Première rencontre internationale, politique, artistique, sportive et culturelle des femmes engagées” organisée par le mouvement zapatiste de l’EZLN.

Le mouvement zapatiste impulsé par l’EZLN (Ejército zapatista de liberación nacional) a été rendu public le 1er janvier 1994, date où le Mexique signe l’accord de libre échange avec les Etats Unis et le Canada connu sous le nom de NAFTA. Ce jour-là, les troupes zapatistes prennent par les armes 5 chefs lieux du Chiapas qu’ils souhaitent déclarer autonomes.Le mouvement est à la fois social et politique, leur principale revendication est le droit à l’autonomie au nom des peuples indigènes mexicains.

Ils prétendent à un système d’une toute autre nature. Au vue des maintes tentatives d’accords avec l’Etat mexicain ils ont aujourd'hui décidé de se couper de celui-ci et recherchent la liberté à l’intérieur de l’Etat. Au sein des caracols zapatistes, sobriété et autosuffisance sont les maîtres mots.

Les zapatistes jouissent d’un vaste réseau de soutien dans le monde, pour n’en citer qu’un, Noam Chomsky, grand intellectuel américain engagé, qui considère le mouvement comme l’initiative révolutionnaire la plus radicale de notre époque.

Encuentro de mujeres zapatistas, Chiapas, Mexico © Anouk Anglade Encuentro de mujeres zapatistas, Chiapas, Mexico © Anouk Anglade

 La rencontre du 8, 9 et 10 mars est une rencontre de femmes, organisée par des femmes zapatistes et uniquement réservée aux femmes. Les hommes ne sont pas conviés, ils peuvent cependant venir aider en cuisine, mais ne passerons pas la porte d’entrée.

Le mouvement zapatiste a représenté pour les femmes indigènes une manière de s’émanciper d’une situation doublement difficile; être indigène au Mexique, et être femme au sein de cette population. Beaucoup de femmes ont rejoint le mouvement car elles n’avaient que peu de droits à l’échelle de leur communauté. Au sein de l’exercice zapatiste elles ont pu retrouver la reconnaissance qu’elles méritent. En effet, l’homme indigène est marginalisé, mais la femme indigène l’est d’autant plus. Elles sont les oubliées parmi les oubliés. Dans les rangs de l’EZLN, ces femmes apprennent le castillan pour pouvoir communiquer entre les différentes communautés que comprend l’exercice zapatiste. Elles y apprennent aussi à lire, et reçoivent des cours sur l’histoire et la politique. Elles sont considérées au même niveau que les hommes, et reçoivent les mêmes responsabilités. Le mouvement prône une égalité des sexes radicale.

 

L'événement a rassemblé un nombre significatif et inattendu de femmes, beaucoup plus que les estimations. Selon un communiqué du 10 mars de l’EZLN, soit le dernier jour de la rencontre, plus de deux mille zapatistes venues de divers caracols, et environ 5 mille femmes de nationalités différentes étaient présentes sur les lieux. Une importante variété de conférences, spectacles, expositions et activités sont proposés sur ces deux jours. On entend parler un peu toutes les langues, majoritairement espagnol, mais aussi divers langages indigènes qui subsistent dans ce pays qui reconnaît officiellement en plus de l’espagnol, plus de 60 langues indigènes.

Les salles où se déroulent les activités se transforment en dortoirs pour la nuit, et les tentes recouvrent les espaces verts. Le soir on peut profiter du calme. Au matin à 7h presque tout le monde est levé. Le paysage est magnifique, on se retrouve dans la nature la plus authentique, au sein des montagnes ensoleillées du Chiapas. Les activités et conférences sont proposées à la fois par des femmes zapatistes mais aussi, et en majorité, par des femmes hors du mouvement. On apprend et partage sur différents sujets lors des conférences et workshops; mouvement de libération de terres indigènes dans le monde, luttes féministes, principes zapatistes, médecine naturelle... Mais l’on a aussi l’occasion d’assister à des spectacles en tout genre; concerts, pièces de théâtre, danse. Marichuy, première femme indigène candidate à la présidence était présente et a pris le micro lors du premier jour de l’évènement.

 

Encuentro de mujeres zapatistas, Chiapas, Mexico © Anouk Anglade Encuentro de mujeres zapatistas, Chiapas, Mexico © Anouk Anglade

L'idée est de nous permettre d’apprendre les unes des autres. Le communiqué publié suite au festival sur site de l’EZLN remercie les autres “femmes engagées” de leur partage, et nous témoigne à quel point elles ont appris, qu’elles se serviront de tout cela pour faire avancer leur lutte. Une table à l’entrée est dédiée aux critiques constructives que nous pourrions apporter aux suites de l'événement. Les critiques ont été publiées sur le site, une grande marque d’humilité de leur part.

Les femmes zapatistes expliquent dans leur communiqué à quel point cela a été difficile de créer l'événement, qu’elles sont conscientes que des erreurs ont été commises et que tout n’a pas était parfait. Elles nous disent combien elles ont été préoccupées par toute l’organisation, la mise en place des toilettes, douches, nourriture, activités. Mais aussi la difficulté de savoir comment nous regarder et échanger avec nous. Elles insistent sur le partage et le respect que l’on doit se montrer les unes envers les autres: “[...] il est important que nous nous comprenons et écoutons toutes,  car vous avez fait l’effort de venir jusqu’ici et il est juste que nous nous écoutions toutes. Même si on peut ne pas être en accord avec ce que dit l’autre.” (traduit depuis enlacezapatista.ezln.org.mx)

 

Les jeunes zapatistes étaient en charge de la clôture. Les mots de la fin nous invitent à continuer à nous battre, et surtout à garder la tête haute et une grande dose d’espoir;  “Ce que nous voulons, c’est que jamais plus une femme du monde, de n’importe quelle couleur de peau, taille, âge, culture, ou langage n’aie peur”. (paroles traduites d’une organisatrice). Une seconde édition est prévue pour l’année prochaine, à vos agendas!

 

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