Péruanistes et latinoaméricanistes se prononcent sur la crise au Pérou

Le 10 novembre, après la destitution du président Martín Vizcarra, le président du Congrès M. Merino a assumé de manière autoritaire la présidence de la République jusqu'à sa démission le 15 novembre. La violence policière a provoqué la mort de deux jeunes, laissé des centaines de blessé.es et personnes portées disparues.

Des organisations populaires exigent une nouvelle Constitution © La República Des organisations populaires exigent une nouvelle Constitution © La República

A la veille des célébrations du bicentenaire de son indépendance, le Pérou traverse une grave crise politique et sociale qui a débuté le 9 novembre. Le pays a été l'un des plus touchés du monde par la pandémie de covid-19. Celle-ci a frappé non seulement la santé mais aussi la condition de vie de millions de Péruvien·nes. Dans ces circonstances et à seulement cinq mois des élections présidentielles et législatives, le Congrès - qui compte des dizaines de ses membres compromis dans des affaires de corruption - a décidé de mener à terme la procédure de destitution du président Martín Vizcarra, mettant ainsi en danger la stabilité politique du pays. Après avoir démis Martín Vizcarra de ses fonctions, le président du Congrès, Manuel Merino, a assumé la présidence de la République de manière autoritaire, jusqu'à sa démission ce dimanche 15 novembre. Dans ces circonstances, des milliers de Péruvien·nes sont sortis dans les rues pour demander un gouvernement désigné légalement et démocratiquement. Le président Merino et son gouvernement, au lieu d'écouter la clameur populaire, ont répondu de manière autoritaire et répressive. En six jours de manifestations, la violence policière a déjà coûté la vie de deux jeunes, laissé des centaines de blessé·es et une dizaine des personnes disparues.

En tant que chercheur·es travaillant sur des thématiques liées au Pérou et à l'Amérique Latine, ainsi que Péruvien·nes du monde universitaire français, nous nous opposons à tout type d'actions antidémocratiques et de violence contre la population du pays qui se mobilise de manière pacifique pour un futur meilleur. Nous ne soutenons pas le président Manuel Merino qui a quitté ses fonctions le dimanche 15 novembre et qui doit encore répondre pour la mort des deux victimes, ainsi que pour la violence perpétrée par la police sous ses ordres. Nous enjoignons toute la classe politique péruvienne à participer et veiller à ce que le système démocratique du Pérou, fragilisé par cette crise, se maintienne debout et que l'on puisse organiser pacifiquement et dans la légalité les élections prévues en avril 2021.

Notre soutien va aux manifestant·es qui font usage de leur droit à manifester ainsi qu'aux familles endeuillées par la perte de leurs enfants durant les manifestations. Le Pérou et nous-mêmes sommes en deuil et faisons un appel aux organisations internationales, universitaires et aux médias de communication français pour qu'ils se solidarisent avec le Pérou. Nous demandons aux professeur·es et universitaires de diffuser ces informations, notamment dans leurs cours, séminaires ou autres activités scientifiques.

En tant que chercheur·es en lien avec le Pérou et l'Amérique Latine, nous avons la responsabilité de soutenir le peuple péruvien avec lequel nous avons un engagement universitaire et éthique. Nous vous invitons à signer et partager ce communiqué dans vos réseaux personnels et professionnels. Vous pouvez également faire des dons aux Brigadas de Salud qui aident les manifestant·es blessé·es: Brigada Médica Lima, Primeros auxilios marchas et Apoyo 1 Línea Perú.

A travers ce communiqué, nous espérons contribuer au respect des droits humains au Pérou et à fortifier la démocratie péruvienne.

France, le 15 novembre 2020.

Signataires:

Sharie Neira Rios, Université de Paris

Ana Vanessa Valenzuela, Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3

Lissell Quiroz, CY Cergy Paris Université

Rosa Muriel Mestanza García Godos, Université de Paris LCSP-CEDREF

Jules Falquet, Université de Paris

Artemisa Flores Espínola, Université Paris Est Créteil/LIRTES

Juliette Roguet, Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine (IHEAL)-CREDA

Kyra Grieco, EHESS - LISST/CAS

Raoul Maïwenn, IHEAL

Maud Delevaux, Université Paris Nanterre

Josefa Mora, Université Paris 8 Vincennes

Carmen Minchan-Benard, AmaruArt-Europe

Mónica Cárdenas Moreno, Université de la Réunion

Carlos Estela-Vilela, Université Bordeaux Montaigne

César Itier, Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO)

Maïlys Lanquy, Paris 3, IHEAL-CREDA

Nadege Guilhem, Université Toulouse Jean Jaurès

Valérie Fonné, IHEAL

Maud Yvinec, Université Paris 1

Paulina González Geisse, Université de Paris

Morgana Herrera, Université Toulouse Jean Jaurès

Diana Burgos-Vigna, Paris Nanterre Université

Charlotte Cumer, Université de Paris

Jimena Sierra Andrade, EHESS

Tania Romero Barrios, Université Paris 8, LER - INALCO, CERLOM

Diego Trelles Paz, écrivain

Alvar de la Rosa, Universidad Lyon 2

Claudia Rivera, Université Paris 8 Vincennes Saint Denis

Paul Baudry, CPGE Lycée Lakanal

Paulina Lasota, Sorbonne Nouvelle

Maïwenn Raoul, IHEAL

Cristina Castellano, Université Paris 8, Universidad de Guadalajara

Sophie Large, Université de Tours

Anaïs Vidal-Jaumary, IHEAL-CREDA, Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3

Rosmeliz Alva Zapata. Université Bordeaux Montaigne

Françoise Aubes, Université Paris Nanterre

Lise Segas, Université Bordeaux Montaigne

Arthur Morenas, Université de Strasbourg

Ludivine Tomasso, Université du Québec à Montréal

Laura Henry, IHEAL-CREDA

Carolina Cordova, EHESS, Paris

Anouk Guiné, Université Le Havre Normandie, Red Iberoamericana Resistencia y Memoria (RIARM)

Ombelyne Dagicour, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Michèle Guillemont, Université de Lille

Olivier Compagnon, Université Sorbonne Nouvelle, IHEAL

Franck Gaudichaud, Université Toulouse 2-Jean Jaurès, FRAMESPA

Yolande Rigault, Présidente du CECUPE (Centre Culturel Péruvien de Paris)

Jean-Michel Rodrigo, documentariste

Samantha Faubert, Université Le Havre Normandie

Hélène Roy-Labbé, Université de Poitiers 

Nadia Tahir, Université de Caen

Juan José Carrillo Nieto, Paris 1-Panthéon Sorbonne 

 

Pour signature et diffusion:

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSerWYi8YPGCnRT6KRuV73DYynaU-9n4CAwHhNSL-b5j6DDKnw/viewform?usp=sf_link

 

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