Pérou: criminalisation de la dissidence et persécution politique

Déclaration du Groupe de Travail "Mémoires collectives et pratiques de résistance" du Conseil Latinoaméricain de Sciences Sociales (CLACSO) sur les violations des droits des personnes, la répression, la criminalisation de la dissidence et la persécution politique actuellement au Pérou.
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Au beau milieu de l'une des crises sanitaires mondiales les plus graves de ces dernières décennies, la société péruvienne traverse une période de grande instabilité politique. Au début du mois de novembre 2020, des journées de manifestations massives ont eu lieu pour exiger la démission du président par intérim Manuel Merino, dénonçant la corruption de l’État et de la classe politique. 

Manifestations contre Manuel Merino, Lima, 14-11-2020 © Sebastián Castañeda Vita Manifestations contre Manuel Merino, Lima, 14-11-2020 © Sebastián Castañeda Vita

La réponse aux protestations a été une violente répression qui a provoqué, comme triste résultat, la mort de deux jeunes manifestants, des centaines d’arrestations arbitraires et illégales, y compris l'enlèvement et la torture de la population civile [1].

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Une situation similaire s'est produite à la fin du même mois, suite aux manifestations des travailleurs et travailleuses de l'agro-industrie et du secteur agro-exportateur de la région d'Ica, dans lesquelles un jeune homme est mort aux mains de la police.

Manifestations à Ica (Sud de Lima), décembre 2020 Manifestations à Ica (Sud de Lima), décembre 2020

Le climat d'instabilité et de menace de la part des agents de l'État a été aggravé par la violation de domicile et l'arrestation de plus de 70 personnes accusées d'appartenance au Mouvement pour l'Amnistie et les Droits Fondamentaux (MOVADEF) et au Parti Communiste du Pérou, connu sous le nom de «Sentier Lumineux», parmi lesquels des militant.e.s, étudiant.e.s, enseignant.e.s, musicien.ne.s, acteurs, actrices et écrivain.e.s, à qui l’on attribue le fait de mener des activités de prosélytisme, d'infiltrer des universités et des organisations sociales, ainsi que de faire l’apologie de la violence politique.

Arrestations dans le cadre de l'Opération Olimpo, 1-2 décembre 2020 Arrestations dans le cadre de l'Opération Olimpo, 1-2 décembre 2020

Invoquant la lutte contre le terrorisme, l'État péruvien a surveillé, infiltré et placé sur écoute des groupes sociaux sous prétexte qu'ils planifient des activités terroristes, portant ainsi atteinte au droit à la liberté d'expression, d'opinion et de participation politique, et violant, en matière pénale, le principe de présomption d'innocence dès lors que les détenu.e.s sont publiquement présentés comme des terroristes, avec ce que cela implique en termes de stigmatisation et de sanctions sociales et juridiques.

Nous observons avec inquiétude la manière dont l'État péruvien utilise les accusations de terrorisme pour intimider la population et la dissuader des protestations et de la dissidence d’opinions. Du point de vue des processus de mémoire collective, on pourrait penser que la logique des deux démons a imprégné une partie de la société civile qui se tait face à ces abus. Cette logique a souvent servi de fondement à la mémoire hégémonique dans la région, et semble être toujours présente dans les secteurs qui justifient la violence d'État, en relativisant leurs crimes et en diluant les responsabilités de ceux qui considèrent que toutes les formes de violence sont identiques et qui diabolisent les luttes sociales.

En tant que groupe de travail du CLACSO, nous refusons l'utilisation de toute forme de violence répressive et défendons la nécessité de reconnaître et de respecter le droit légitime des peuples à protester et à défendre des idéaux contre les idéologies dominantes. Nous sommes préoccupés par le rétablissement de la violence en Amérique Latine et la persécution de celles et ceux qui luttent pour la transformation sociale. Nous appelons les forces sociales engagées en faveur des Droits Humains en Amérique Latine et au Pérou, à résister à la réaction autoritaire qui, par différents moyens et stratégies allant contre les garanties fondamentales, a l’intention de démobiliser et d’intimider la population. Nous sommes solidaires des personnes qui aujourd'hui souffrent de violations de leurs droits humains alors qu'ils et elles sont en quête d’un avenir plus juste et démocratique.

[1] https://derechoshumanos.pe/2020/11/verdad-y-justicia-para-la-generacion-del-bicentenario-y-para-todo-el-pais/

21 décembre 2020
Groupe de Travail CLACSO Mémoires collectives et pratiques de résistance

Déclaration en espagnol: https://www.clacso.org/rechazo-a-las-violaciones-a-los-derechos-humanos-en-peru-a-la-criminalizacion-de-la-disidencia-y-a-la-persecucion-politica/?fbclid=IwAR2LWBOBfvyfF0iMVJLgXrPNNqlV7m23fw_OR51ifbd-QJ8uSR1CrOIBOuw

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