Anouk Guiné
Sociologue, angliciste, hispaniste, poète, enseignant-chercheur (Etudes de genre, Amérique Latine, conflits armés), rédactrice en chef de la Revue Epistemological Others, Languages, Literatures, Exchanges and Societies (EOLLES); Maître de conférences, Faculté des Affaires Internationales, membre du Groupe de Recherche Identités et Cultures (GRIC), Université Le Havre Normandie. Membre du Réseau Ibéroaméricain Résistance et Mémoire / Red Iberoamericana Resistencia y Memoria (RIARM).
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Billet de blog 28 oct. 2019

Déclaration des universitaires en France sur la situation au Chili

En tant qu’universitaires latino-américanistes travaillant en France nous souhaitons par cette déclaration rendre public notre rejet clair face à la vague de répression en cours et exprimer notre solidarité avec l’ensemble du peuple chilien, en particulier avec les étudiant.e.s et les jeunes, victimes de la répression.

Anouk Guiné
Sociologue, angliciste, hispaniste, poète, enseignant-chercheur (Etudes de genre, Amérique Latine, conflits armés), rédactrice en chef de la Revue Epistemological Others, Languages, Literatures, Exchanges and Societies (EOLLES); Maître de conférences, Faculté des Affaires Internationales, membre du Groupe de Recherche Identités et Cultures (GRIC), Université Le Havre Normandie. Membre du Réseau Ibéroaméricain Résistance et Mémoire / Red Iberoamericana Resistencia y Memoria (RIARM).
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Protestations au Chili, octobre 2019, Plaza Baquedano, Santiago © Carlos Figueroa

Depuis le 17 octobre le Chili est secoué par un grand mouvement social et populaire, qui a commencé par le mécontentement suscité par une nouvelle augmentation du prix du métro à Santiago, un rejet qui, petit à petit, a pris le sens d’une interrogation sur les difficultés de la vie quotidienne, sur les immenses inégalités sociales et, finalement sur le « modèle » néolibéral chilien, hérité de la période de la dictature civile et militaire et qui s’est prolongé sous de nombreux aspects depuis la transition démocratique de 1990. Face à des revendications sociales et politiques massives, qui bénéficient d’un large soutien de la population chilienne, la réponse du gouvernement Sebastián Piñera a été essentiellement répressive, décrétant un état d’urgence, un couvre-feu dans plusieurs régions, et déployant les forces armées dans l’espace public, une militarisation qui ne s’était pas vue depuis les années de la dictature.

Aujourd’hui, les accusations de tortures, de détentions illégales et d’abus sexuels de la part des militaires et des policiers sont en augmentation, ces faits ont aussi été dénoncés par l’Institut national des droits de l’Homme (INDH). D’autre part, selon les données disponibles, il y aurait des centaines de blessé.e.s (certains très gravement) et plus de 2000 personnes arrêtées. Le 23 octobre, le sous-secrétaire de l’intérieur du Chili a annoncé le chiffre des morts pendant les manifestations dans le pays, il s’élève à 18. Un chiffre qui continue d’augmenter.

Nous, universitaires, chercheur.se.s latino-américanistes en France, nous souhaitons exprimer notre plus profonde inquiétude face à la situation dramatique des droits humains au Chili. Nous voulons rendre public, par le biais de cette déclaration, notre ferme rejet face à la vague de répression en cours et exprimer notre solidarité avec le peuple chilien, en particulier avec les étudiant.e.s et les jeunes, victimes de la répression.

Nous appelons de manière urgente les autorités gouvernementales chiliennes à mettre fin définitivement à l’état d’urgence et à la militarisation de l’espace public, afin que le travail d’enquêtes et de justice sur les faits de violence perpétrés par l’Etat puisse se faire. Nous sommes également inquiets que ces logiques s’étendent au reste de la région.

Nous considérons les revendications du peuple chilien pour plus de démocratie comme légitimes après 40 ans de néolibéralisme et dans un contexte où la Constitution de la période autoritaire est encore en vigueur, malgré les réformes partielles de la décennie des années 1990 et du début du XXIème siècle. Pour cette raison, nous soutenons les appels de plusieurs acteurs sociaux à une transformation radicale du modèle social chilien, une transformation qui pourrait passer, dans un premier temps, par un véritable processus d’assemblée constituante libre et souveraine, élue par l’ensemble des citoyen.ne.s.

Paris, le 26 octobre 2019.

Liste des premier.e.s signataires:

Carlos Agudelo, URMIS Université Paris VII

Mathilde Allain, Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle

Fabrice Andréani, Université Lyon 2

Michèle Arrué, Université Paris 8

Christian Azais, Cnam Paris

Cecilia Baeza, Sciences Po Paris

Pablo Barnier-Khawam, Sciences Po Paris

Dante Barrientos Tecún, Université d’Aix Marseille

Elodie Bordat-Chauvin, Université Paris 8

Gérard Borras,  Université Rennes 2

Lauriane Bouvet, Université Grenoble Alpes

Yoletty Bracho, Université Lyon 2

Andrea Cabezas Vargas, Université d'Angers

Luc Capdevila, Université Rennes 2

Raúl Caplán, Université Grenoble-Alpes

Pauline Clech, Sciences Po Paris, COES Santiago

Maya Collombon, Sciences po Lyon

Olivier Compagnon, Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle

Fernando Copello, Le Mans Université

Thérèse Courau, Université Toulouse Jean Jaurès

Stéphanie Decante, Université Paris Nanterre

Aurora Delgado Richet, Université Angers  

Benjamin Denecheau, Université Paris-Est Créteil

Jules Falquet, Université de Paris

Antoine Faure, Dr. Sciences Po Grenoble

Enrique Fernández D., Université Paris 8

Maria Ferraro, Université Grenoble Alpes

Erich Fisbach, Université de Angers

David Garibay, Université Lyon 2

Franck Gaudichaud, Université Toulouse Jean Jaurès

Isabel Georges, IRD, UMR Développement et sociétés

François Godicheau, Université Toulouse Jean Jaurès

Pilar González Bernaldo, Université de Paris - Paris 7

Anouk Guiné, Université Le Havre Normandie

Catherine Heymann, Université Paris Nanterre

Helena Hirata, CNRS, UMR CRESPPA-GTM

Mila Ivanovic, chercheuse indépendante

Nathalie Jammet-Arias, Université Paris Nanterre

Fanny Jedlicki, Université Rennes 2

Alvar de la Llosa, Université Lyon 2

Lucie Laplace, Université Lyon 2

Joëlle Le Marec, Sorbonne Université

Eric Léonard, Institut de Recherche pour le Développement

Jérôme Louis, docteur en histoire

Caroline Moine, Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Laurence Mullay, Université Bordeaux Montaigne

Alain Musset, EHESS, Paris

Marie-Agnès Palaisi, Université Toulouse Jean Jaurès

Eugénia Palieraki, Université de Cergy-Pontoise

Sebastián Pérez Sepúlveda, Université Paris Dauphine/PSL

Sebastián Pizarro Erazo, Cnam Paris 

Geoffrey Pleyers, FNRS-Université Catholique de Louvain

Irene Pochetti, Université Paris-Est Créteil

Posado, Université Paris 8

Héloïse Prévost, Université Toulouse Jean Jaurès

Claudio Pulgar-Pinaud, EHESS Paris 

Lissell Quiroz, Université de Rouen Normandie

Gilles Rivière, EHESS Paris

Daniella Rocha, Universidté de Brasilia-UnB, IRIS-EHESS

Hélène Roux, UMR Développement et sociétés, Université Paris 1

Sébastien Rozeaux, Université Toulouse Jean Jaurès

Pierre Salama, Université Paris 13

Yves Sintomer, Université de Paris 8 Saint-Denis

Michèle Soriano, Université Toulouse Jean Jaurès

Modesta Suárez, Université Toulouse Jean Jaurès

Jean Baptiste Thomas, École polytechnique, Paris 

Alexis Yannopoulos, Université Toulouse Jean Jaurès 

Pour signer : https://docs.google.com/document/d/1Yldpu-pQmkWAsBpRmPKFVmGRR5nPnDdKAdu65crgkNM/edit?fbclid=IwAR2nNY8o9SEOzsGCxQd2B0wOHX_qHS-TymRh5Bzev4fwCzdH4-ZJG6TvEcg

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