DOGMAN de Matteo Garrone

De l'art de faire du cinéma.

Une silhouette chétive face à un paysage de station balnéaire désaffectée, filmée avec un art du grand angle.

Un mouvement de caméra à l'épaule nous fait découvrir les traits de ce personnage : ce visage, on ne l'oubliera pas. Ses traits se confondent avec ceux de sa personnalité : Marcello Fonte, calabrais jusqu'à alors inconnu du grand public et prix d'interprétation à Cannes, offre un physique atypique superbement mis en valeur par Matteo Garrone qui choisit de le placer dans un décor qui épouse parfaitement sa prestance.

En effet, que l'on ne se méprenne pas : c'est bien Marcello, pauvre toiletteur pour chiens ayant le cœur sur la main qui, tout au long du film, impose sa présence visuelle face à la brute épaisse du personnage de Simoncino, pourtant tout en muscles.


On a beaucoup glosé sur la signification politique du film : Simoncino représenterait une sorte de Mussolini moderne, répondant par la force et la violence à une certaine misère sociale, quand Marcello serait une victime d'un procédé dictatorial, malmené par sa naïveté et sa candeur.


Sans doute Matteo Garrone, réalisateur de Gomorra et de Reality, nous donne quelque chose à voir et à sentir de l'Italie contemporaine. Pour autant, le véritable atout de Dogman est qu"il ne se limite pas exclusivement à son sujet. Garrone parvient à tirer tous les fils cinématographiques pour retranscrire en images un fait divers réel des années 1980, en prenant soin de construire un univers visuel maîtrisé de bout en bout. La lumière crue des néons du magasin de toilettage éclaire avec une brutalité qui rappelle celle de son bourreau, les gestes peu assurés mais remplis de sincérité de Marcello. Sa patience et son amour pour les chiens, même pour les plus hideux et les plus agressifs qui explique sa loyauté envers Simoncino, est subtilement soulignée par une lumière bleutée qui rappelle également qu'ici, le soleil du Sud ne réchauffe pas la misère ambiante.
L'utilisation du grand angle permet d'isoler Marcello, dont la grande bonté en fait une rareté, tout en laissant se déployer une plage dont l'étendue est plus angoissante que reposante. De même, la diction de Marcello, bégayante et flanquée d'un accent qui tranche la fin des mots sans concession, ajoute à la tonalité générale du film.


On pourrait ainsi multiplier les exemples. On comprend cependant aisément qu'il convient ici de saluer un réalisateur qui a su utiliser tous les ressorts du procédé cinématographique mis à sa disposition pour proposer non pas une histoire, mais bien du cinéma. Vous pouvez pousser la porte de la salle : vous êtes sûrs, pour une fois, d'y voir un film.

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