#MeToo dans la vraie vie

Dimanche 29 octobre, vers 15h à République, quelques milliers de #metoosiennes et de #metoosiens sont venus se rassembler, pacifiquement, pour dénoncer les violences sexuelles subies par nombre de femmes. D’autres points de rencontre, à Amiens, Besançon, Bordeaux, Clermont Ferrand, Marseille, Montpellier, Lille, Lyon ou encore à Toulouse étaient également prévus.

 

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C’est à Carol Galand, journaliste indépendante et rédactrice en chef de QOA magazine que l’ont doit cet appel. En quelques jours, la page Facebook de l’évènement a mobilisé des milliers d’internautes.

 

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L’évènement a été organisé “pour que la mobilisation en ligne résonne jusque dans la rue”. Preuve, s’il en est, que les combats, bien qu’ils puissent être impulsés virtuellement, ont toujours besoin d’en passer par la rue.

Autant être honnête, il n’y avait pas foule. Mais pour une habituée du pavé comme moi, ça ne m’a guère étonné. Le contraste est toujours saisissant entre les posts qui envahissent les fils d’actualité des réseaux sociaux et les personnes effectivement présentes en chair et en os sur place. Dans le virtuel, tout paraît disproportionné, les heures passées à lire les commentaires de chacun nous faisant croire que nous appartenons à un groupe qui représenterait les 2/3 de la population mondiale. Mais dans la vraie vie, force est de constater que nous sommes toujours “quelques uns”. Et toujours les mêmes de surcroît. Mais passons.

Cette fois, pourtant, la mobilisation se voulait “pacifiste, citoyenne, apartisane et ouverte à tous”. De quoi encourager même les plus allergiques du pavé.

  • “Pacifiste” = pas de démêlés avec les forces de l’ordre (alors que, c’est bien connu, n’importe quelle manifestation finit toujours en grande scène d’affrontements puisque c’est ce qu’on voit à la tévé). Les CRS n’étaient d’ailleurs qu’une petit poignée à nous encercler place de la République, et d’une discrétion irréprochable. Preuve que quand ils veulent, ils peuvent.

 

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  • “Citoyenne” : on fait appel ici au citoyen, celui qui, sans avoir un esprit aiguisé en matière de politique, peut, de temps à autres, ouvrir les yeux sur sa vie quotidienne et se rendre compte qu’effectivement, ça ne tourne pas toujours rond (et on s’en aperçoit généralement quand ce qui ne tourne pas rond nous touche justement de plein fouet).
  • “Apartisane”. Sous entendu : pas de parti politique. Ca, on y est habitué, les manifestations étant souvent l’apanage des syndicats. Mais enfait, ce qu’il faut surtout entendre c’est “pas de prise de parti politique”. Donc les associations oui, le reste, non. Pourtant, si l’on veut faire évoluer les consciences concernant le harcèlement sexuel, il faudra peut-être un jour en passer par là. Mais qu’on se rassure : place de la République, on a quand même pu croiser quelques députés insoumis, deux ou trois bon vieux militants du PC ou encore la Coordination des Groupes Anarchistes-Front antipatriarcal. Ouf, je suis dans mon élément. Toujours les mêmes on vous a dit.
  • Et enfin “ouverte à tous”. Derrière cette affirmation bienveillante se cache en réalité un débat sans fin qui a enflammé la page Facebook de l’évènement sur la question de savoir si nos amis de sexe masculin étaient encouragés à venir avec nous ou s’ils devaient, pour une fois, rester tranquillement à la maison et préparer le dîner pour ce soir (tiens, ce n’est pas une si mauvaise idée…).

 

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Dans le communiqué de presse, il a été officiellement annoncé que les hommes étaient invités à rejoindre le rassemblement “dans la plus grande discrétion et le respect aux victimes”. En gros, tu viens, tu fermes ta gueule, et si l’une d’entre nous daigne te raconter le dernier harcèlement dont elle a été victime, tu te contentes d’un air outré démontrant ta désolidarisation avec toutes ces personnes appartenant au même sexe que toi. Et si tu viens, tu restes dans ton espace, car certaines zones ont été clairement délimitées comme étant non mixtes, notamment celle du “groupe de parole” où chaque femme était invitée à partager son expérience en présence exclusivement de ses paires.

En vrai, (ouf !) ça ne s’est pas passé exactement comme ça. Certes, le groupe de paroles, délimité par des banderoles noires, n’acceptait pas la présence d’hommes. Mais partout ailleurs sur la place, ils étaient bien là. Et certains d’entre eux ont même eu l’audace de dégainer une pancarte.

 

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Parce que, le risque, dans tout ça, c’est de mettre tout le monde dans le même sac. Sur un autre sujet, par exemple lorsqu’il s’agit de défendre les travailleurs face aux patrons, tout le monde prend pourtant soin de nous alerter : “ATTENTION !!! Tous les patrons ne sont pas des voleurs, on ne peut pas comparer un patron du CAC 40 avec celui d’une petit PME” etc etc. Et bien là, c’est pareil : “ATTENTION ! Tous les individus de sexe masculin ne sont pas des violeurs en puissance ! On ne peut pas comparer Harvey Weinstein avec ton petit ami qui s’amuse de ton air affolé quand tu te rends compte que tu as oublié de t’épiler alors que lui, clairement, il n’en a rien à foutre”.

Le rassemblement se voulait tout de même être une démonstration de ce qu’on a appelé la “sororité”, terme qui revient à la mode ces temps-ci. En gros, il s’agit de regarder ta voisine non plus comme une concurrente potentielle mais comme une soeur. De (re)découvrir la solidarité féminine. Et c’est vrai que, lorsque l’on regarde toutes ces femmes brandissant leur pancarte et leur témoignage, un élan de bienveillance nous envahit. Le soir même, plusieurs d’entre nous témoignaient sur les réseaux sociaux de l’émotion qu’elles avaient ressentie face au constat qu’effectivement, elles n’étaient pas seules à subir ce qu’elles avaient subi.

 

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C’est souvent là l’effet galvanisant d’une telle initiative : pouvoir tous se retrouver, dans la vraie vie, autour d’une cause à défendre, d’une injustice subie, d’une prise de conscience vécue, et sentir que notre isolement n’est pas une fatalité et que la solidarité vaincra. Une solidarité universelle, sans considération de genre, de classe, ou pire de “race”.

Mais nous n’en sommes pas encore là.

 

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