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Billet de blog 18 nov. 2017

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Women House

L’exposition “Women House” à la Monnaie de Paris (du 20 octobre 2017 au 28 janvier 2018) donne l’occasion de réfléchir à un aspect particulier de la condition féminine : le rapport à l’espace domestique. Rappelons tout de même que, pendant longtemps, (et quelques bribes persistent de nos jours), les femmes ont été cantonnées dans un rôle de mère au foyer.

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Il s’agit, ainsi que l’expliquent les commissaires de l’exposition Camille Morineau (spécialiste de l’art contemporain et co-fondatrice de AWARE, Archives of Women Artists, Research and Exhibitions) et Lucia Pesapane (co-commissaire de l’exposition Nikki de Saint-Phalle) avec la collaboration de Mathilde de Croix, de rapprocher deux notions : “un genre -le féminin- et un espace -le domestique”. Illustrant ainsi une maxime (que l’on peut par ailleurs trouver sous forme de carnet, carte postale ou magnet au Pop store de l’expo) : “LE PRIVE EST POLITIQUE”.

Pour autant, l’exposition ne se contente pas de dénoncer purement et simplement la condition féminine, mais plutôt de montrer les manières dont les femmes ont pu s’approprier cet espace clos, pour le dévoiler, le rendre enfin public et le subvertir au profit de la construction de leur propre identité féminine. On est donc face à des actes de résistances artistiques à travers lesquels des femmes-artistes ont su exprimer une parole qu’on cherchait à faire taire. De quoi remettre au goût du jour des thématiques qui ont, malheureusement, encore beaucoup de résonance aujourd’hui (voir les débats sur la charge mentale) mais aussi de mettre en lumière un art féministe bien trop absent du paysage artistique contemporain. Une brève chronologie des dates importantes d’œuvres de femmes ouvre d’ailleurs le parcours.

L’exposition se divise en huit chapitres qui suivent les problématiques qui peuvent se poser dès lors qu’on rapproche les notions d’espace et de genre, suivant une certaine cohérence historique.

DESPERATE HOUSEWIVES

On commence aux Etats-Unis, durant les années 1970, alors que des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer la condition féminine et que de nouveaux droits sont peu à peu accordés. Durant cette période active de revendications, la maison est surtout symbolisée comme un lieu d’enfermement, un espace clos dédié à la soumission masculine.

Cindy Sherman, “Untitled Film Still #84”, 1978.

Les photographies de Cindy Sherman sont particulièrement équivoques quant à ce stéréotype de la vie bourgeoise, qui promet un mariage heureux et se conclut par une avalanche de tâches ménagères.

Helena Almeida, 1977.

L’artiste portugaise Helena Almeida témoigne également de cette époque de manière encore moins équivoque, photographiant des mains coincées derrière la porte.

LA MAISON CETTE BLESSURE

Kirsten Justesen, “Portroet I Arkiv Med Samling” (“Portrait dans une armoire avec collection), 2013.

Le rôle de mère au foyer devient peu à peu une blessure intime aux conséquences psychologiques : la maison y est une cage contre laquelle on bute, car bien trop étroite : les photographies de Kirsten Justesen symbolisent bien ce sentiment : les femmes y sont confinées dans des armoires, assumant la même fonction qu’un objet déposé là.

Comment, dès lors, s’échapper de cet espace clos ? L’artiste Lili Dujourie amorce un début de réponse en se filmant chez elle, le plus souvent nue, en plan fixe, sans coupe, sur une durée réelle : en plus de symboliser l’ennui, ces vidéos sont aussi une manière de s’exhiber, de sortir l’intime de l’espace privé.

UNE CHAMBRE A SOI

Le titre de cette section fait bien sûr référence à l’ouvrage de Virginia Woolf, publié dès 1929, dans lequel elle écrit : “Car les femmes sont restées assises à l’intérieur de leur maison pendant des millions d’années, si bien qu’à présent les murs mêmes sont imprégnés de leur force créatrice”. Soit une injonction faite au femme de s’approprier cet espace pour en faire “un lieu à soi”, c’est-à-dire un prétexte d’émancipation créatrice. En d’autres termes : laissez la vaisselle, et profitez du calme pour écrire. La maison n’est plus alors regardée comme un lieu d’enfermement mais bien comme une source potentielle d’inspiration et parfois même un refuge.

MAISON DE POUPEE

Avant Virginia Woolf, Henrik Ibsen dénonçait déjà la condition féminine à travers sa pièce Une maison de poupée écrite en 1879. Le personnage de Nora y résume parfaitement sa situation : “Mais notre maison n’a été rien d’autre qu’un espace de jeux. Ici, j’étais ton épouse de chiffon, ta poupée, comme j’étais la poupée de Papa”. Ces lignes entrent en résonance avec l’œuvre de Rachel Whitered, Jeu d’échecs moderne (2005) : il s’agit d’un jeu d’échecs classique, sauf que le roi, la dame, la tour et autres pièces ont été subtilement remplacées par une planche à repasser ou une cuisinière. Mais face à ce constat, on sent déjà la révolte qui gronde :

“Helmer : Tu es d’abord et avant tout épouse et mère.Nora : Ça, je n’y crois plus. Je crois que je suis d’abord et avant tout un être humain, au même titre que toi”.


Nous voilà arrivés à la moitié de l’exposition, et la suite semble malheureusement moins pertinente. Un moulage de matelas ou de mur, symboles de “ce qui reste”, une reproduction d’une salle à manger entourée de voiles suspendus les uns à l’intérieur des autres, un jacuzzi portatif… la création contemporaine interroge, mais les réponses ne semblent pas à la hauteur des questions. Nous retrouvons tout de même en dernière partie les oeuvres de Nikki de Saint-Phalle et Louise Bourgeois, incontournables dans ce type de problématique.


FEMMES-MAISONS

Louise Bourgeois, “Femme Maison”, 1947.

Dès 1945–1947, dans une série de peinture, Louise Bourgeois fait le rapprochement entre le corps de la femme et l’espace de la maison.

En laissant les jambes et le sexe, symbole du genre, mais en remplaçant le buste et la tête par une maison, ces dessins représentent bien une certaine idéologie liée à la pensée patriarcale : on laisse aux femmes leurs jambes et leurs mains pour assumer les tâches qui sont les leurs, leur sexe pour leur fonction de génitrice, mais on leur ôte le visage et le cerveau, remplacés par la maisonnée, seule chose à laquelle elles doivent penser.

Niki de Saint Phalle, “Hon”, 1966.

Nikki de Saint-Phalle pousse le concept encore plus loin en réalisant, en 1966, sa plus grande “Nana-maison”, “Hon” (qui signifie “Elle” en suédois), qu’elle qualifie elle-même de “plus grande putain du monde”. Non seulement la femme est elle-même devenue un espace, mais elle assouvit également un fantasme masculin, qui serait de vouloir pénétrer à l’intérieur.


L’exposition Women House a le mérite de brasser plusieurs siècles d’histoire de l’art féministe, autour d’une problématique intéressante mêlant notions architecturales et questions de genre. Les œuvres présentées, pour la plupart inconnues du grand public, permettent de révéler des personnalités jusque-là occultées et de mettre en lumière les différentes approches que les femmes ont su construire vis-à-vis de leur condition de mère au foyer. La diversité des pièces présentées (photographies, vidéos, extraits de texte, sculptures, peintures, installations…) permet de dresser un panorama assez exhaustif de la résistance artistique féminine, même si la longueur du parcours limite inévitablement les références dont on perçoit qu’elles restent nombreuses et variées.

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