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Billet de blog 2 nov. 2017

Les détestables regrets

Mémoire de novembre, bien sûr…

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Les détestables regrets

Les regrets qui font aimer encore. Détestables et douloureux regrets.

Aucune réponse à cette détestation de ce manque qui ronge, qui fait semblant de n’être pas, qui oblige à mentir, à se mentir.

Le temps qui efface sans prendre d’égards. Qui efface l’illogique incompréhension devant les non dits, les pas assez dits, les mal dits, les non entendus, les mal entendus, les attendus, les ratés. Les bouts de vie, les petits bouts, les petits pincements d’amour, de tendresse, de désir… Qui appellent, sans eux, sans vous.

Entendre, jusqu’où peut-on entendre. Entendre quoi ? Ce qui nous va, ce qui nous contente, nous séduit, nous caresse, nous apaise… Les mots. Les mots des autres, les mots de l’autre, sans l’autre. Sans l’autre, ils ne sonnent plus. Ils ne sonneront plus. Là sont les regrets. Du manque à jamais. Du manque plus fort que la mémoire.

Mémoire de novembre, bien sûr…

Terrible mois du moi qui fait mal, qui a mal. Le mois des disparus, le mois des peines. Le mois du manque.

Drôle d’anniversaire. La fête des morts. Que l’on confond avec la fête des saints. Souvent bien malmenés les saints, les saintes. La tête coupée, le corps lacéré, dévoré… Pour l’exemple ? Cruauté du monde. Cruauté des jugements. Cruauté tout simplement.

Faut-il une fête pour ne pas les oublier ces morts ?

Mort inévitable, mort d’une longue vie, mort de fatigue, mort violente, vie interrompue, mort du souvenir, mort, éteint, enseveli.

Il faut bien une journée, un temps de repos pour célébrer ce long et définitif repos. Des proches, des très proches, des lointains proches.

Anniversaire des peines. Le retour des chagrins, des larmes qui viennent à la date convenue. Point n’est besoin d’un calendrier pour s’en souvenir, des morts. Pour se souvenir du vivant, du manque de vivant. Ceux qui restent, pour qui ça n’est pas encore le temps du départ, du grand départ. Ceux-là souffrent la peine du manque. Du manque et de ses fidèles retours. Un déchirement. Jusqu’aux entrailles le vide, comme un poing qui revient sur la blessure, un gant de crin qui frotte l’intérieur du ventre, jusqu’au vif de la douleur.

Détestables ces regrets de ne plus voir, de ne plus entendre, de ne plus sentir ou de trop sentir le jamais, le toujours…

Détestables ces regrets ? Les regrets ne sont pas des remords. Ils respirent la mémoire du vivant des morts. Ils disent le sensible. Le fragile. Le mouvement, l’émouvant.

Blessants, obsédants, lancinants, têtus. Oui. Mais qui osent nous rappeler au vivant de l’humain, au tragique de notre condition, d’humain.

Et pourtant… Ce que l’on peut, que l’on se doit, qu’on leur doit, c’est de vivre, de vivre pleinement.

Et tout à coup, parce qu’une lumière d’un soleil bien pâle en cette saison, nous somme de porter le regard au loin vers l’horizon. Et que plus près des yeux, sur les arbres, les feuilles en flamboyance, les oiseaux, menus, gracieux vous surprennent à sourire… Vous oublierez le manque, vous ferez le plein de leur présence, en vous, avec vous. Ceux qui vous ont aimé et que vous aimez encore.

La mort et la vie qui vont ensemble, paisiblement. Pour que vivre fasse sens.

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