Le chagrin qui ne s’en va pas mais qui va partir…

Le Dimanche. Parce que c’est Dimanche, jour de repos, dit-on. L’envie de dire, l’envie d’écrire, souvent. De poser des mots, là où la pensée se tourmente, d’être à force, en force, de toutes les horreurs, agressée.

Le chagrin qui ne s’en va pas mais qui va partir…

 

Mais d’où vient-il ce chagrin ? Qui est-il ? Où le mettre ? Où le remettre à sa place ? Il se place pourtant, là où ça fait mal.

Il fait mal le chagrin parce que vous ne pouvez le libérer. Vous ne pouvez lui donner sa raison d’être, au chagrin. Vous ne pouvez pleurer pour l’annuler, le chagrin. Vous résistez. Il faudrait pourtant le laisser vous traverser. C’est son rôle. Vous traverser. Vous inonder de tristesse. Mais non, ce serait trop simple. Vous résistez, il vous envahit. Il tape, il cogne. A vos tempes. Il vous épuise. Il prend toute votre énergie.

Certains ont les larmes pour nettoyer le chagrin. Plein de larmes. D’autres, non. Ça coule, un peu. Pas trop. Sans soulager. Tout le poids sur la poitrine.

Pourtant, si vous le laissez faire le chagrin, il vous anéantit. Il bloque la pensée. Il bloque la vie, le chagrin. Il vous punit. Oui.

S’en faire un ami, pas un ennemi. Il est là. Il ne va pas s’en aller. Non. Alors, oubliez-le, un peu. Ne le laissez pas se nourrir de la culpabilité. D’oublier. L’insupportable partir. L’insupportable conscience du départ. Définitif.

 

Amoureux ou pas. C’est un peu de vie qui s’en va. Un peu, beaucoup.

Les morts ne parlent pas. Ne devraient pas. Que vous aimez. Que vous avez aimé. De cet amour perdu, ils vous résistent ? Non. Bien sur que non.

Vous apaiser. Oui. Puisqu’ils sont encore là, en mémoire. En vous, qui êtes en vie. Que c’est le meilleur des cadeaux, pour eux, pour vous. De vivre. Être en vie. Force de vie.

Si passagère la vie. Si imprévisible la mort ? Pas toujours. L’éternel de l’instant, avec douleur, avec bonheur, avec courage, avec lâcheté, avec… Oui, avec. Avec la rage au cœur. Torrents de larmes ou silence des larmes.

Avec la douceur sur vous, en vous, pour vous ? Insupportable pensée. Trahison. De la souffrance et du manque.

Un jour, quand vous serez prêts. Personne, non personne, ne saura, à votre place, ce qui sera, le mieux, le vrai, le juste, pour vous.

Le chagrin dit que vous avez mal. Et c’est vrai. Et c’est humain. Le manque. L’injuste manque. Dit aussi que vous êtes en vie. En vie et en souffrance de vie.

Dit que vous saurez, vous, vous seul… A nouveau respirer ce parfum de vie.

Pour tant d’injustes douleurs. Tant de morts non méritées. Intimement. Politiquement acceptées. Horriblement supportées.

Le chagrin, le lourd chagrin, qui vous prend, qui vous envahit mais qui va partir.

Si tendrement… Parce que je le sens, je le vis, je le sais, d’expérience. Humainement.

 

Ce mois de novembre qui prend aujourd’hui toutes les saisons.

D’oubli, de mort, de souffrance et de déni.

 

Terribles et néfastes mises en scènes du sacrifice humain. Honorer nos morts ? D’une Histoire qui n’en finit pas de chercher les justes réminiscences. Pour que les vivants se souviennent ? Ou pour se chercher l’improbable chemin du collectif mea culpa ?

 

Tendres, tendres pensées. A celles et ceux dont le chagrin n’est pas encore parti. Parce que je le voulais. Je le dis. Si peu de mots pour le dire...

 

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