Le seul mot qui résistera.

Le seul mot qui résistera.

Dire, tenter de dire et oublier le pourquoi du dire.

 

Terrible cette sensation de dire et de mentir. Mentir à soi-même ? A l’autre ? A l’autre qui semble ne pas comprendre, ou qui fait semblant de ne pas comprendre. Cette terrible nouvelle réalité, cette virtualité en lieu et place du vivant, du corps, du sensible, de l’émotionnel.

Cette invention qui court-circuite les distances ! Qui dit HELP ! Qui dit Je suis là. Qui dit Où t’es ? Qui dit, qui dit…Qui dit quoi ?

Terrible, cette farce contemporaine du filtre consenti de nos vies, de nos intimes pulsions, de nos envies, de nos élans. Non, plus de place pour ce face à face. Non. C’est terminé. Plus le temps, plus l’espace dit de proximité. Proximité. Vaste fumisterie, vaste duperie de l’espoir d’un mieux être, d’un tête à tête, avec l’autre, cet humain. Humain ? Que reste-t-il de l’humain ? Oui, qu’en reste-t-il ? Avancée technologique oblige, n’est-ce pas ?

Mots-textos, mots-textes blogués, messages tronqués, stéréotypés, formules galvaudées, usées, déconnectées, effacées… Lire ? Ecouter ? Plus le temps. Plus l’envie. Disparue l’envie. D’entendre, de comprendre, d’attendre… La réponse, l’attention à l’autre, l’écoute, le temps, de l’autre. Du sens, de l’intention, de la pensée, de l’intime conviction. Conviction ?

Où sont passées les convictions ? D’un prêt-à-penser, d’un prêt à envoyer, d’un prêt à consommer ? Pas le temps, plus l’envie, plus de vie. Juste le faire semblant. De quoi ? Le sait-on ? Finalement. Juste un réflexe, de politesse ou d’impolitesse. De tristesse incongrue, de colère désorientée, de coups d’épée qui s’éteignent dans le commun du vide, de tendresse évaporée, de soif de se dire et de pleurer, de chercher du sens, de perdre le sens, de…

Que dire, que dire. Comment le dire. Les riens de la pensée. Les riens qui disent en silence, en paroles étouffées. Le rien. Plus rien à dire. Se taire.

Ces silences, si nombreux, si sonores que seuls les arbres, les fleurs, le vent, la pluie, le soleil, la lune peuvent encore retenir. Retenir ce que l’humain ne sait plus dire.

Les mots passent et repassent et s’en lassent…

S’en lassent de ce vide à tromper. Ces mots qui ne disent plus, qui ne nous disent plus. Ce fatras du désordre de la pensée. Penser ? Où penser ? Quand tout, dorénavant est dicté. Dictée, la pensée. Dictée ?

Produire ce qui est entendu. Sans faute. En respect de la règle à obéissance aveuglément répétée.

Ne demeure que cet espace fragile, factice, éphémère, cruellement éphémère. Si cruellement que nos vies, nos petites vies, s’alignent en vertige du vide. Tout s’efface et tout recommence. Eternité du devenir. D’un monde en fusion. Pas en effusion. Où est passé ce mot. Si fort, si vivant, si vigoureux, si amoureux de notre condition, d’humain ? L’effusion.

Il est, bien sûr. Il est. Il sera. Quoi qu’on en dise, avec ou sans technologie. Le seul mot qui résistera ? S’il en est un seul…

 

Le seul mot qui résistera.

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