Chaque fois, je me dis. Parce que c’est Dimanche…

La nuit s’éteint lorsque le soleil se lève. Ne laissons pas la nuit nous endormir. Nous dormirons assez tôt de cette longue nuit inconnue.

Chaque fois, je me dis. Parce que c’est Dimanche…

Et que même le mistral a cédé la place au calme dominical.

L’air est frais, certes. Automnal, ma foi. Mais les promeneurs, sur le pont, devant mes yeux, de sombre vêtus – changement de saison oblige- gardent ce pas lent, d’un rituel hors du temps. Parfois, certains se jouent la blanche tenue de l’été. Shorts sur mollet d’une pâleur incongrue. Une note discordante, ça et là. Sel de la vie ?

Les mouettes sont absentes. Où sont-elles allées ? Je l’ignore. Les pigeons traversent calmement le fleuve. Rien à craindre. Nuages joliment festonnés sur un ciel bleu délavé de gris. C’est Dimanche.

Toutes ces turbulences pourtant. News incessantes. News oppressantes. News de région, de villes, de frontières, de guerres, de mots, d’armes létales, de combats de coqs aux ergots de griffes aiguisées. Ne sont pas inventées. Au repos, elles aussi ? De la langue. Peut-être.

Je dessine, j’aquarelle. Je cherche le lien pour dire ce qui me retient, me protège, parfois, des violences de l’humain. Les oliviers, d’une douceur argentée me calment. Oui. Je les trouve apaisants. Torturés sur leur tronc, ils se déploient en une ombelle harmonieuse, d’une multitude de pétales en feuilles à double versant. L’un prend la lumière, l’autre prend l’ombre. Pépites vert de gris. Qui frétillent au gré du vent.

Nos yeux, nos regards, notre peau, pour surprendre la discrète magie des arbres. Ceux qui donnent leur fruit, sauvagement, généreusement. Ouvrir les yeux. Sentir. Respirer. Jouir de ce spectacle sans cesse en mouvement, en recommencement, pour nous, avec nous, sans nous.

Si fragiles ces instants. Si forts pourtant. Si pleins. Si éphémères. Si fragile notre résist-instance.

Si solides, ces centenaires ou ces jeunes pousses. Oliviers, platanes, peupliers, tilleuls, chênes. Si solidaires, si solennels ! En dessins d’ombres délicieuses. Partage du sol.

Trop sans doute. Qu’il faut savoir éliminer, déraciner, abattre quand d’édiles en édiles, ce choix de bétonner, de satisfaire les urgences égotiques et politiques. Projets coûteux. Caprices et délires. Jouets saccageurs d’humaine déraison.

Si fragile la confiance. Inéquitable la résistance à la souffrance du corps, de l’esprit.

Si tentant de se résigner à l’impuissance.

Si tentant la renonciation.

Offerte, à grand bruit. La renonciation.

Odorant, ce bruit. Insalubre. Comme un cauchemar. Un sombre, sombre cauchemar.

Non, d’un cauchemar, l’on peut, l’on doit se réveiller. Résister.

Sortons de l’enfance. Si l’on est adulte.

Sortons de cette impuissance.

La nuit s’éteint lorsque le soleil se lève.

Ne laissons pas la nuit nous endormir.

Nous dormirons assez tôt de cette longue nuit inconnue.

 

Que la délicatesse et la force apaisantes des oliviers…

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