Le grand nettoyage !

Parce que le printemps nous réveille, nous appelle, et souvent nous malmène. Saison des vents contraires et contrariés. Qui dépoussière et libère. Des peines, des pensées maussades, des colères non dites. Impuissante révolte. Les mots, couleur du vivant, de leur musique rebelle ou piquante, peuvent encore, en humaine dignité, nous toucher, nous apaiser.

 

Le grand nettoyage

 

 

 

Oui, je rêve d’un grand nettoyage. De printemps.

 

 

 

Vous savez ce grand chambardement dans les maisons. Quand on ouvre toutes les fenêtres, que les draps prennent l’air, pour se libérer de tous les plis et replis de l’hiver. Quand on ouvre les placards, qu’on lessive les étagères, qu’on soulage les armoires d’inconfortables lourdeurs et pesanteurs. Manteaux à poils ras ou touffus, pullovers improbables en lainages et tricotteries. Qu’on accorde un peu d’indulgence aux  doudouneries   calées au fond des tiroirs, pour garder la douceur. De l’espoir et des consolations. Mais qu’on retire, sans état d’âme, les piles de tissus, ingrates pelures d’oignon à  bas prix. Qui ont piqué, irrité la peau pour fabriquer du chaud.

 

Quand on ouvre les fenêtres qui s’appellent et s’interpellent. Des courants d’air. Des courants d’une fraîcheur qui respire, qui purifie et qui réveille.

 

 

 

Oui, je rêve d’un grand nettoyage. De printemps.

 

 

 

Vous savez, ce grand chambardement des énergies. Pour vaincre les vieilles peaux meurtries. Celles des insultes, des éraflures, des boursoufflures faites aux corps, dans la douleur et, trop souvent, la peur et la rancoeur. Pour vaincre les rectitudes et blessantes fortitudes. Oui. Les fortitudes de ces  têtes dépourvues d’esprit. Celles des puissants mal pensants, au ventre garni, débordant de fatuité et d’insalubrité.

 

Mais, de cet hiver là, il faudrait s’éloigner ou le piétiner.

 

Un courant d’air, chantant et vivifiant. Un souffle purificateur. Qui balaiera toutes les forfaitures, sot-titudes, platitudes, ingratitudes, incertitudes.

 

Qui effacera la fausse candeur des blablateurs en costumes engoncés, ankylosés. Qui gommera les sourires enjôleurs des canailleries patentées.

 

 

 

Oui, je rêve d’un grand nettoyage. De printemps.

 

 

 

Vous savez, cette lame de fond, cet ouragan d’humeur tapi au fond des océans, au fond des mers où se sont endormis, pêle-mêle, les milliers de corps, les milliers de vies. Chutes vertigineuses de l’oubli.

 

Cette lame de fond qui soulèvera devant nous, pauvres humains, pauvres diables, abasourdis. Devant eux, les ignares, les trouillards, les lâches, ahuris. Devant eux. Oui. Des montagnes d’écume gonflées de squelettes par les algues habillés, décomposés. Toute l’horreur venue du vivant, du souffrant, du  naissant, du vieillissant. Devant eux oui. L’écume de la honte. A jamais envahissante.

 

Et la vague se retire. Et recouvre et découvre l’ahurissant témoignage du désastre, du naufrage, humain. Et le temps respire, délesté des faux semblants institutionnalisés en postures hypocrites. Lâchetés cruelles, arguties  immondes, chiffrées, codées, conceptualisées. Et le temps respire quand tout est nettoyé, moralement, fondamentalement, courageusement.

 

 

 

Oui, je rêve de ce grand nettoyage. De printemps.

 

Vous savez, ce grand renversement. De la terre et du ciel. De la mer et du soleil. Ce grand renversement de nos valeurs en perdition. Pour  réveiller, clarifier, assainir les consciences et soutenir les vaillances.

 

Que le vent bienfaisant sème la tempête, qu’il transporte les semences et le pollen venus des fleurs, des arbres, des champs. Qu’un souffle apaisant envahisse la planète. Qu’il vienne assouvir la faim, qu’il vienne embaumer les blessures, qu’il vienne parfumer les défunts, adoucir les vivants et porter les survivants.  Oui, les survivants, ceux de la guerre, des armes, du pillage,  du tri, humain. Des ordures, des tortures, des larmes et du sang.

 

Qu’il vienne, oui, qu’il vienne.

 

Effacer les brouillards de nos nuits, éclairer les horizons, ouvrir les esprits, les libérer du poids des tourments. Qu’il vienne allumer les feux de la poésie, insuffler dans nos regards une brillance de fierté, de noblesse et de dignité.  

 

 

 

Que s’éteigne enfin la folle épidémie égotique et meurtrière de ces temps maudits.

 

 

 

Oui, je rêve. Je rêve de ce grand nettoyage. De Printemps.

 

 

 

 

 

 

 

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