Attendre, en coulisses… Pour mieux apparaître, en scène !

Attendre pour voir… Comme au théâtre. Se faire haïr, se faire désirer.

Attendre pour voir… Comme au théâtre.

Se faire haïr, se faire désirer.

Attendre. Les laisser s’époumoner, s’agiter, s’épuiser même. Se faire bousculer, prendre peur, à en perdre la raison… Attendre, en impatience et patience calculées, maîtrisées. Comment mieux se faire désirer. Comme au théâtre, moi, le personnage central, sur scène, au divin moment, j’apparaîtrai.

Je parlerai, je serai la voix. La voix de la compassion et celle de la guerre. J’aurai le vibrato qu’il faut, j’aurai la puissance, j’aurai la larme, j’aurai les armes.

Allez, l’écrivain, faites-moi un superbe « en même temps », faites-moi un texte de roi. Qui marquera l’Histoire.

Ces mots venus des grands maîtres du monde, ceux qui portent l’humanité, la puissance et la gloire. Je serai littéraire, je serai poète, je serai musicien. Faites-moi vibrer, faites-moi honneur, faites-moi jouir…

Ces mots d’humilité, de patience, de confiance, je vous les donnerai. Je serai la réponse aux souffrances. Car moi, je souffre à vous voir, je souffre à vous entendre, je souffre de votre ingratitude et votre lassitude. Mais je vous comprends.

Je vous comprends et vous devez, vous aussi, comprendre, entendre.

Oui, je me suis donné, corps et âme, pour faire briller notre nation, notre pays. J’ai donné sans compter, ni de mon temps, ni de mon intelligence, de mes compétences, de mes forces… Pour vous, pour vous faire entrer dans le nouveau monde. Ce monde qui nous attend ? Vous ne le voyez pas encore mais il est là. J’y travaille, nous y travaillons, ensemble. Parce que nous devons le conquérir, toutes et tous.

Oui, nous montrons le chemin, celui des gagnants, celui qui vous redonnera la fierté d’avoir porté, ensemble, notre projet de réussite. D’une société en équilibre. D’une société plus juste. Par une lutte incessante contre nos ennemis, les extrémistes. De tous bords. Oui. Cette haine qui nous empêche. D’avancer, d’oser entreprendre, d’oser une vie meilleure. Saluons ce courage, cette ferveur, cet enthousiasme pour contrer les pessimismes ambiants.

Et en même temps, oui, en même temps, je comprends. Oui. Peut-être ne l’ai-je pas assez dit ou maladroitement parfois. Combien de courage, de renoncement il nous faut, pour accepter le changement. Combien de frustration, d’hésitation, de peines à ne pas recevoir si tôt annoncé, le prix du sacrifice.

Je comprends cet agacement devant notre « en même temps » si dévalué par les sombres esprits en quête d’un pouvoir néfaste et mensonger. Vous le savez pourtant, il me faut, par mes responsabilités de chef, aux multiples enjeux et fonctions, côtoyer le pire et le meilleur. Il me faut porter l’équilibre, si fragile, de la cohésion, de l’entente, de la maîtrise des extrêmes.

Oui, j’ai besoin de votre confiance pour qu’ensemble nous quittions ces vieux oripeaux d’un monde enfermé dans son Histoire. La mémoire du passé est à respecter. Mais la respecter ne doit en aucun cas nous priver d’un avenir d’ouverture, d’optimisme, de lumière plus que d’obscurité. Ouvrons les yeux vers la lumière.

Oui, mettez-moi en lumière.

Faites-moi ça. Faites-moi le texte, l’écrivain.

Donnez-moi les mots de l’acteur au sommet.

Je veux le rôle, ce sera celui de ma vie.

Alléluia. Ainsi soit-il.

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