Tous les printemps du monde,

Les âges de la vie… Non, la vie, quel que soit l’âge.

Tous les printemps du monde,

Les âges de la vie… Non, la vie, quel que soit l’âge.

Entre la vieillesse oubliée et l’enfance ravagée, quelle place faut-il préserver ou réserver sur la ligne du temps ? A quand l’investissement pour une longueur de vie, garantie. A quand le distributeur de tickets pour s’acheter une prolongation, un sursis ?

Quand la non assistance à personne en danger révèle l’insupportable mépris de l’autre et de la vie. Les enfants… Au cœur de l’insoutenable mépris. Les enfants de la guerre. Vos yeux dans les leurs, cher(s) président(s).

Affronter le réel. Défaire le déni. Cet odieux et cruel irrespect. De la vie. De l’autre.

N’avaient qu’à naître au bon endroit, au bon moment… Comme vous. Comme tant d’autres vous. Dans un bunker d’inconscience. Totale. Totalement enfermée, la conscience.

Vos yeux dans les leurs, cher président, chers gouvernants.

J’aimerais. Oui, j’aimerais vous y forcer.

Vous et vos Je veux. Vous et vos silences. Vous et vos doubles Je.

J’aimerais… Un conditionnel, comme un souhait. Tellement.

Que votre sourire de contentement, grimace de communicant, puisse se figer, se pétrifier et s’éteindre. Puisse s’éteindre et laisser place à un éclair de lucidité.

Oui, que s’effacent ces sourires, aiguisés comme des insultes. Devant ces enfants.

Devant ? Oh ! Soyez rassurés. Ils vous ignorent, là où ils sont.

Comme vous ignorez qui ils sont. Ces enfants.

Cet immonde pouvoir de suspendre, sur leur tête, l’épée de Damoclès.

Droit de vie, droit de mort. Mauvaise engeance. Finalement.

Criminels en puissance. De souffrance. De maltraitance ?

Se laver les mains. Propres les mains.

Qui ne touchent pas. Qui ne sentent rien. De ces petits bouts de riens.

 

La ville. Grande ou petite, au calme. Au calme d’un Dimanche.

Dimanche. Une eau étale, des arbres immobiles. Pas un souffle de vent. Pas encore. Pas au présent, de l’instant.

Un cordon turquoise soutenant la masse compacte des blancs nuages. Rien de ce quotidien ne laisse entrevoir les violences faites à l’humain.

Paysage de confort et de paix.

Ce calme qui ne dit rien des tempêtes en cours et à venir, là-bas où nous ne sommes pas…

Promeneurs du Dimanche. Lenteur des pas. Qui ne pensent pas.

 

Ici, ailleurs. Si loin, cet ailleurs. Qu’il faut oublier. Soi-même, s’oublier ?

Le peut-on ? Le pouvons-nous ? Oublier.

Nous, en vie, pour nous. Pour leur vie. Qui n’est déjà plus.

Ces petits bouts de vie, de riens, qui ne servent à rien. Leur mort ? Non plus.

En guerre, la vie. En guerre, l’on ne compte plus, ni mort, ni vivant.

 

Vivant le fleuve, qui scintille. Qui se met en mouvement. Vers la mer. Impassiblement.

Paresseusement. Sur les ondes bien serrées, les mouettes. Au-dessus, dessus.

A planer, se laisser bercer. Voyageuses insolentes.

Imperturbables, les mouettes. Juste un lever de plume au rapide passage des péniches marchandes.

Sombres silhouettes humaines, sur les quais. Des solitaires. Sûrement. Marchent, marchent... En pensant ?

Ignorer les sombres nuages. S’attarder sur le turquoise du ciel, coupé à l’horizon par les cimes bien taillées. Dentelle élimée d’un hiver finissant.

Ne plus penser. Penser.

Si fragiles, nos consciences ? Si fragile ce paisible Dimanche ?

Pas si loin pourtant. Ce rugissement de la foule. Jaune de printemps. Multicolore.

Résistance. Endurance. Besoin d’une délivrance.

Besoin de crier, d’alerter, de dénoncer.

Besoin de crier, de défier ce mur trop visible d’un entêtement meurtrier.

Besoin de crier la vie,

Quel que soit l’âge…

Tous les printemps du monde méritent nos regards, humains.

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