Les mots, quoi qu'on en dise...

Les mots, encore des mots, toujours des mots...

Les mots, encore des mots, toujours des mots…

 

Cette fois, ils ont pris possession de l’Histoire, les mots. Ils font illusion, les mots. Qui nous invitent à croire ce qui n’est pas. L’histoire d’une vie qui ne nous ressemble pas. Les mots. Qui disent un monde en droit, à l’envers, en droiture sur la couture, en in-rupture sur les formes, avec justice et précipice, en équilibre et déséquilibre, à plus d’un titre. Qui disent, qui disent…

Les mots, toujours les mots.

Que l’on va changer le monde, en faire un monde propre où personne ne traînera plus dans les rues. Où il n’y aurait plus de misère. Où la misère sera interdite. Interdite d’être vue. Où tous devront travailler. Pour ne pas être des riens. Pour devenir des personnes. Des personnes avec du bien. A distribuer à ceux qui n’en n’ont déjà plus besoin.

Personne ? Mon nom est personne. Ah non, c’est un film. Ah ? Les pauvres alors ? Non. Les SDF, les sans toits ? Les sans toit ni loi. Encore un film. Non. Sans domicile fixe ? Encore un film. Au secours. Ah bon ? Ils ont un domicile alors ? Pas fixe, c’est tout. Les sans toits ni loi, ce ne serait pas les migrants ? Ah ! Non. Pas les migrants. Les réfugiés. Ceux qui ont le droit et ceux qui ne l’ont pas. Les migrants vont où ils peuvent. Des SD. Des sans domicile quoi. Ils vont où alors ?

Ils migrent, d’un trottoir à l’autre, d’un pont à l’autre. C’est pour cette raison qu’on les nomme migrants. C’est simple. Ils migrent et ils attendent. Ils attendent d’être triés. Triés ? Pourquoi ? Les SP ? Les sans papiers ? Non. Les bons papiers et les sans papiers. Ah ! Le bon et le truand ? Non, le bon, la brute et le truand. Mince, encore un film !

Alors, elle est où la réalité du monde à changer ? Les Roms aussi alors ? Il faut les effacer ? Sont pas SDF, si ? Non. Ils sont nomades. Ils ne savent pas s’adapter. Des NML. Des No Man’s Land. Ah ! Toujours des films. C’est que du cinéma alors ? On les chasse, ils reviennent. Ils mendient aussi. Sivouplééé ? Encore un film ? Non. Ce n’est pas le bon titre. Ils ont changé le titre, mais c’est le même film. Le pire des films. Non ? Ah ben si alors. Mais ça, ce sont des mots tordus, méprisants, terribles… Où sont les mots ?

Il faut changer les films alors ? Ah! ben, si l’on pouvait changer le regard, au moins… Parce que le monde des mots que l’on nous donne, ça c’est du mauvais cinéma. Le vrai monde ? Il attend encore les bons mots pour le dire, le construire, l’aimer quoi. Enfin, les mots qu’on n’entend pas encore. Pas assez. Comme chez les humains. Il y a de la diversité, de la richesse, de la complexité, de la nuance qu’il faut apprendre et respecter. Ils sont là, les mots.

Mais qu’est-ce qu’on doit croire alors ? Que c’est une guerre des mots ?

Qui sait ? Mais, derrière les mots, il y a des humains. Ceux qui préfèrent les mots du faux parce que ça fait du bien et ceux qui préfèrent les mots du vrai, qui font mal mais qui espèrent faire entendre les mots d’un futur bien.

Mais comment peut-on gagner la guerre des mots ?

On va les trier les mots, on va les pousser à dire le vrai. On va les distribuer, on va les faire gagner en humanité. Les mots.

Et on en fera du cinéma ?

Eh bien, ça, je ne sais pas encore. Je ne sais pas. J’aimerais que l’on respecte les mots. Les mots, les images, les mots, les images…

 

Les mots, quoi qu’on en dise…

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