Comme si le monde…

Jubilation meurtrière des « premiers de cordée » !

Comme si le monde…

 

Comme si le monde ne volait pas assez vite en éclats !

 

Non, pas l’éclat du monde qui se ternit de guerre en guerre, de tromperie magistrale en tromperie infernale

Non, pas l’éclat du monde qui tente désespérément de soutenir la lumière des sages, des généreux, des courageux

Non, pas l’éclat du monde qui tente désespérément d’ouvrir un chemin d’apaisement,

 

Mais les éclats, les éclats d’égotisme meurtriers, plus rapides que les bombes

Les bombes qui tombent, les bombes qui tuent, détruisent, humilient

Tandis que les dégâts collatéraux ne sont plus que broutilles, souvenirs dérisoires du passé guerrier

 

Ah ! Non, il faut dorénavant cibler, mieux cibler, sans voir, sans prévoir, sans savoir

Ce qui, après le tumulte de la déraison, ouvrira ce monde au chaos, à l’ultime destruction

 

Ah ! Le pouvoir, la jubilation mortifère des premiers de cordée !

Premier de cordée, film de Louis Daquin, 1944 !

Sur quelle paroi se tenir ?

Celle du courage, celle de la résistance, celle du danger qui nous guette ?

Référence cinématographique jamais sollicitée au regard des nouveaux premiers de cordée ?

 

Ah ! Le pouvoir de tromper, de manipuler, de jouer, déjouer, flatter, flagorner

Jouissance suprême aux précipices du délire d’invulnérabilité fantasmée

Vertige, oh ! Divin vertige des affres du pouvoir !

 

Oubliés les révoltes, les sauve-qui-peut, les désespoirs en furie de survie

Oubliés les naufragés dans l’océan des mers, des misères, des souffrances, des maltraitances

Oubliés les élans d’ouverture, de l’esprit, du cœur, de l’espérance, d’une croyance en l’humanité

Oubliés les savoirs, les volontés d’asseoir une juste réhabilitation des mémoires

 

Des mémoires qui s’oublient en soumission à la reconstruction inique et despotique des récits historiques

Oublier ce que nous sommes, ce que nous étions, ce que nous devenons

 

Perversité des discours, perversité du sens, perversité des valeurs, perversité galopante, en tous lieux !

La ligne rouge ?

 

Rouge de sang, rouge de honte, rouge de terreur, rouge de violence, rouge !

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

 

Comme si le monde…

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