Le silence, le silence qui tait son nom

Le silence des justes pour que se taisent les silences des coupables lâchetés.

Le silence, le silence qui tait son nom

 

Sous les yeux, le drame, devant soi, pas à côté, sous le soleil, exactement…

 

Pas moi, l’autre, pas moi, non, pas vus, pas entendus… Ne sont que des nombres, calcul, stock en barques, stock humain. Humain ? Non, ils ne sont pas humains. Trop sombres, trop en nombre. Trop. Pas moi, l’autre.

Le silence. Pour que d’autres agissent. Pour voir qui sera le premier à refuser. C’est fait. Attendons que l’orage s’éloigne. Les coupables sont désignés. La loi. Pas responsables. Pas bouger. Pas dire. Pas bouger sur le bateau. Sur les eaux. Pas bouger. Pas dire. Silence. Taisez-vous. Mourrez en silence.

Le silence qui dit. Qui dit la lâcheté. Qui dit, enfin. Qui dit la vérité de la lâcheté, de l’ignominie. Laissons dire. Laissons faire. Les langues se délient. Les plus viles, les plus féroces.

Personne n’en veut. Discutons. Pourcentage. Quotas. Qui n’en veut. Qui n’en veut pas. Six cents. Vont envahir. Vont salir. Vont pourrir.

Soyons humains. Achevons-les. Coulé. Jeu de fous. Diagonale du fou, des fous.

Silence de la honte.

N’avaient qu’à rester chez eux. Vite une loi, plus forte, plus féroce. Les renvoyer à l’enfer ? Non. Au néant. A l’absurde. A l’inconcevable ?

Non. Là. Sous les yeux du monde. Où la brume s’est levée. Ils sont là. Devant soi. Pas à côté. Sous le soleil, exactement.

 

Le silence. Celui des courageux. Ce silence des larmes et de l’impuissance. Ce silence du dégoût de tant d’inhumanité.

Le silence qui dit trop. Qui dit et ne peut plus dire. Le silence devant l’inacceptable. Du déni de nous-mêmes.

Le trouble indécent des silences qui ne peuvent se réconcilier.

Celui des justes ne fait pas de bruit. Non. Il tient encore ce qui se défait, notre lien au monde. Il tient les mots, les mots d’humanité et dignité. Les mots, pour ne pas les trahir, pour ne pas les salir, pour en préserver le sens.

Le silence des justes, de ceux qui résistent, qui accueillent, qui se battent.

 

Le silence des justes pour que se taisent les silences des coupables lâchetés.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.