A nos petits Mozart ? Pauvres de nous.

La pauvreté, les pauvres, les enfants. Mais oui, il est temps, il est grand temps de penser à leur estomac. Trop souvent vide, nous a-t-on dit. Mais attention, je te donne, tu me dois. Obéissance et devoir. Toi le parent pauvre. Et redevable tu seras. Pour que ton enfant devienne, grâce à moi, grâce à l’Etat, ce que jamais tu ne seras. Un petit Mozart ? Sait-on jamais. Jamais. Jamais. Jamais ?

A nos petits Mozart ? Pauvres de nous.

Ces petits Mozart que l’on a oublié de nourrir…

Mais oui, mais c’est bien sûr. Pauvres de vous qui ignorez combien vous êtes responsables de n’avoir pu nourrir ce don de Dieu ? Mais Dieu y pourvoira. Soyez sans crainte. Laissez venir à lui, laissez venir à nous les petits prodiges. Le messie du XXIème siècle est sur terre descendu. C’est le miracle répondant aux oracles.

Laissez-nous cet enfant. Laissez-nous le choyer. Vous qui ne savez pas, qui ne comprenez pas le trésor que, par votre pauvreté, vous anéantissez. Faites-nous confiance. Pour vous, nous savons. Oui. Nous savons, nous pouvons, nous protégerons votre engeance. Trop de manque en vous. Trop d’ignorance. Trop d’insouciance et d’irresponsabilité. Vous n’y pouvez rien. Vous n’en n’avez pas les moyens. Mais Dieu vous pardonnera si vous y consentez. De nous laisser nous en occuper.

La musique adoucit les mœurs. Le savez-vous ? La science, la culture, la connaissance… Oui. De l’enfant sauvage, un être exceptionnel nous façonnerons, nous ferons.

Ô Mozart ! Que de Mozart en attente d’être, par nous révélés ! Merci Ô seigneur. Par vous, le pain s’est démultiplié. Oui. Merci monseigneur.

Le vin, le pain. Nous avions oublié. En démocratie, que votre volonté soit faite. Vous êtes venu. Les enfants, grâce à vous, le petit ventre repu. En ruissellement, votre générosité enfin récompensée. Ils vous ont entendu, ils vous ont écoutés.

Ecoutés ? Mais oui ! Sous les ors de la République, les enfants, enfin nourris.

Mais tous ne seront pas choisis. Non. Cela, nous ne pouvons. Mais, de notre entière compétence, à vérifier, à contrôler, à valoriser, à investir, nous allons sélectionner.

Oui, Dieu le veut, certains seront élus, d’autres seront ... Mais, n’ayez crainte, tous les petits ventres seront repus.

Mais non. Au nom de quoi, de qui, de Dieu ou de qui voudra, nos enfants seraient-ils par vous sélectionnés ?

Mais non. Pour qui vous prenez-vous pour décider de qui, de quoi, l’avenir pour eux sera réussi, accompli ?

Mais non. De nous les enfants sont nés. De nous, les valeurs humaines, de partage et de dignité, par nous seront données.

Mais non. A vouloir, à trop vouloir, à trop décider, pour nous, en notre nom, notre dignité, notre destinée, vous ne pourrez vendre ou acheter.

Ce que vous oubliez, ce que vous niez, c’est votre responsabilité. De tenir l’arrogance des biens nés, de tenir la corde des bien et trop rémunérés, de tenir la bourse des fiscalement protégés, de tenir la corde des encordés.

Non, nos enfants ne sont pas vos enfants. Non. Vous ne pouvez, en énarque assermenté, de votre hauteur aux privilèges accordés, d’un zeste de condescendance, à coups de dés, de pauvres et menus prébendes, nous contenter.

Non, nous sommes, que vous le vouliez ou non, que vous le pensiez ou non, des humains. De respectables humains. Nos enfants, pour qu’ils soient dignes d’exister, ont besoin de notre dignité. Un Mozart, sans dignité, ne sera jamais Mozart.

Mais, au fait, savez-vous, au moins, ce que dignité signifie. Le savez-vous ?

Tant d’estomacs vides, pour ne plus savoir ce qu’être humain veut dire… Et pourtant.

Le savez-vous ? Non. Bien sûr que non. Alors, ne nous parlez pas de Mozart. S’il vous plaît. S’il existe – et il existera, sans aucun doute- il ne vous reviendra pas, il ne vous appartiendra pas. Non. Assurément.

Oh ! Pour finir. Les pauvres, les démunis, les sans rien, parfois, sont et deviennent des artistes, en musique, en peinture, en littérature, en théâtre… Oui. Étrange.

Étrange ? Comment font-ils ? Le ventre vide ? Oui, comment font-ils ?

Une énigme pour les nantis ? Une question philosophique ?

Assurément. Assurément.

Votre majesté devrait lire ou relire Le prince et le pauvre, de Mark Twain. Mais, c’est une peu tard, n’est-ce pas ? Le XIXème siècle ? Ah bon ?

Nous avons changé d’époque, enfin ! Vraiment ?

Assurément. Assurément.

A nos petits Mozart ?

Gloire à eux et fiers de nous.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.